Le terrible destin d'Emilie : partie 19
19) Emilie captive
(Emilie est la narratrice)
Voilà deux semaines que je suis retenue prisonnière par le seigneur Hydras. Je suis presque surprise de constater que le temps soit passé aussi rapidement. Il est vrai que le dragon me traite bien plus comme une invitée que comme une otage. De plus, à la différence de la majorité des captives, je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de m’ennuyer. Si j’ai consacré la fin de ma première journée dans la forêt au repos, afin me remettre des émotions causées par tous les évènements récents, dès le jour suivant, mon agenda se révéla fort chargé. Le lendemain de mon arrivée, je reçus la visite de Lisa et de Zogshu qui m’apportèrent les affaires que je leur avais demandées. Nous passâmes la matinée ensemble, et la princesse m’aida à ranger mes affaires dans ma tente. Après leur départ, le seigneur Hydras me fit visiter la forêt, et m’en fit découvrir les sites les plus splendides. De plus il m’apprit à reconnaître les fruits les herbes et les champignons propres à la consommation humaine. Ainsi, par ma cueillette, je pus participer à la préparation de mes repas, que le dragon complétait par le produit de sa chasse qu’il partageait avec moi. Je dois admettre que je n’avais jamais été une grande amatrice du gibier que rapportait mon père lors des repas royaux et j’en mangeais le moins possible. Mais à présent, je ne pouvais me permettre de faire la difficile, et je prenais de bonne grâce la viande que m’apportait le dragon. D’autant que je savais qu’à la différence de mon père, il ne pratiquait la chasse que pour assurer notre subsistance, et non pour son plaisir et celui de ses amis. Or, plus que le goût c’était la manière par lequel il était obtenu qui me rebutait dans le gibier. Je parvins même à créer des plats fort intéressants avec les denrées dont je disposais. Quant à ma tente, elle se révéla fort confortable, et elle résistait bien aux intempéries. Pendant mon séjour, je reçus quelques visites des habitants de la forêt interdite. Le seigneur Roderick et Viviane vinrent me rendre visite une semaine après le début de ma captivité pour prendre de mes nouvelles et faire le point avec moi. De plus, j’eus aussi le plaisir de revoir Lisa et Zogshu à deux reprises après qu’ils m’aient apporté mes affaires.
Mais je consacrai surtout l’essentiel de mon temps à venir à la rencontre de ces habitants de la forêt que le seigneur Hydras souhaitait à tel point protéger qu’il n’avait pas hésité à m’enlever. Je fis ainsi connaissance avec des familles de fées des bois, des créatures aussi gracieuses qu’intelligentes. Malgré ma nature humaine, elles me traitèrent avec beaucoup de cordialité. Et pourtant, elles avaient bien des raisons d’éprouver du ressentiment envers les humains. Car les récits qu’elles me rapportèrent ne corroboraient que trop bien ceux du seigneur Hydras. Ces malheureuses avaient dû fuir à plusieurs reprises les arbres qu’elles habitaient parce que ceux-ci avaient été ciblés par des bûcherons. Je fis aisément le parallèle avec des humains qui avaient dû abandonner des villages dévastées lors des guerres relatées dans mes livres d’histoire. Au cours des soirées, je rencontrai aussi des gnomes, qui eux aussi contribuèrent à me faire découvrir les secrets de la forêt, notamment en élargissant mes connaissances sur les plantes comestibles dont je pouvais disposer. De plus, leurs compétences dans l’artisanat, entre autres dans la menuiserie, la poterie et le textile dépassaient largement celles de mes sujets. Hélas, eux aussi avaient souffert à cause des activités humaines. Une famille me rapporta qu’un de leurs amis avait été tué écrasé par un arbre qui s’était abattu sur le sol. J’étais d’autant plus touchée par l’amabilité dont ils faisaient preuve à mon égard. De leur côté, eux aussi admettaient devant moi que je remettais en cause leurs préjugés négatifs envers les humains. Je rencontrai aussi les lutins, qui habitaient les montagnes dans lesquelles elles extrayaient le minerai, les esprits de la forêt, créatures facétieuses mais dénuées de malice, les fées des eaux, y compris celles qui habitaient le lac près duquel était installée ma tente et qui se révélèrent d’excellentes voisines. Au fil des jours, je réalisai à quel point ma captivité, en mettant fin aux activités humaines dans la forêt, avait permis d’améliorer leur quotidien, en leur apportant la tranquillité dont elles n’avaient plus profité depuis bien longtemps. Inutile de préciser qu’à peine quelques jours après mon arrivée dans la forêt, je m’étais complètement ralliée à la cause du seigneur Hydras, souhaitant autant que lui assurer la protection de ces créatures auxquelles je m’étais à présent attachée.
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