Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 42

 42) Chant final : le destin d'un chevalier : partie 2 : la vérité révélée

Bien évidemment, tant la douce Lisa, mes adversaires de la forêt interdite que moi-même savions que cet affrontement épique n'avait été qu'une immense séance d'entraînement pour les combattants en présence et un grand divertissement pour tous, en particulier pour la princesse. 

En effet, depuis que j'avais réalisé que Viviane était une bien meilleure personne que je ne l'imaginais, puisqu'elle m'avait apporté son aide lorsque j'en avais le plus besoin, j'avais désiré faire plus ample connaissance avec elle, ainsi qu'avec le seigneur Roderick. Les mages de la forêt interdite me proposèrent de m'inviter dans leur demeure de la forêt interdite, et je découvris avec surprise qu'ils n'habitaient point dans la forteresse des ténèbres, mais dans un château qui, quoique hanté, se révéla bien plus hospitalier. Mes hôtes me marquèrent par leur vive intelligence, leur grande sensibilité, mais, et cela me surprit, leur bienveillance. Au cours des semaines qui suivirent, je leur rendis ainsi visite à plusieurs reprises. A mesure que j'apprenais à les connaître, je ne parvenais pas à comprendre pourquoi ces monarques éclairés avaient mené aussi longtemps une guerre pour un conflit de territoire aussi futile. Mais surtout, leur choix de s'attaquer délibérément à des civils innocents me semblait en complète contradiction avec leur véritable personnalité. Un jour que j'étais convié chez eux, je me décidai à leur faire part de ma perplexité. Ils finirent par m'avouer la vérité: que toutes leurs attaques contre les villageois de mon royaume avaient été en réalité factices et organisées avec leur totale coopération, et qu'elles n'avaient eu comme objectif que de donner à leurs sujets le plaisir de m'affronter, et aux "prisonniers", celui de me voir combattre mes monstrueux adversaires et les "délivrer" de leurs griffes. Même si cette révélation ne me surprit pas autant que je m'y attendais, j'étais néanmoins sous le choc. Cela signifiait que pendant des années, j'avais été la cible de mensonges et d'une manipulation éhontée, non seulement de leur part, mais aussi de gens pour lesquels je m'étais maintes fois battu avec le plus grand dévouement. J'avais des raisons légitimes d'être absolument furieux. Mais, à cet instant, je réalisai que derrière le faux procès que le couple marié avait fait à Viviane se dissimulait, celui, bien plus authentique, dont j'aurais pu être le plaignant. Je compris que la décision des sorciers de la forêt interdite de conclure une trêve avec mon roi était la conséquence de leur remords de leurs mauvaises actions envers moi, et leur volonté sincère d'y mettre fin et de réparer leur faute. Néanmoins, je déclarai d'une voix non dénuée d'amertume : 

"Vous avez dû me considérer comme bien fou.

- Par honnêteté, nous ne pouvons le nier, seigneur Roland répondit Viviane. Mais votre folie nous inspirait beaucoup d'affection et de sympathie, car elle était portée par des idéaux admirables. C'est peut être pour cette raison que tant de personnes, y compris nous mêmes avons eu longtemps le désir de la partager avec vous. 

- Peut être. Mais vous vous êtes certainement tous bien moqués de moi. 

- Oh non, seigneur Roland, déclara Roderick. Ou si, un jour, nous l'avons fait, nous le regrettons amèrement, et nous vous en demandons pardon. D'ailleurs, nous posions comme conditions absolues à toutes nos "victimes" de ne jamais se moquer de vous. Car il est ignoble de traiter ainsi une personne innocente et avec un si bon coeur, et encore plus si celle-ci a perdu la raison. Au contraire, nous avons toujours voulu leur rappeler vos grandes vertus et votre dévouement envers elles, car, vu que vous ignoriez la vérité, vous combattiez contre nos troupes avec le même courage que si les affrontements avaient été authentiques. C'est d'ailleurs pourquoi tous les villageois que nous avons capturés vous considèrent sincèrement comme leur héros, et cela même s'ils n'ont jamais été en danger. 

- Il n'empêche que vous vous êtes servi de moi pour vous amuser à mes dépens.

- Hélas oui, seigneur Roland, concéda Viviane et croyez bien que nous en avons bien du remords. 

- Je le sais, admis-je. D'où votre décision de cette trêve. 

- Mais nous devons admettre que nous avons longtemps hésité, continua Roderick.  Car, même si nous vous avons en effet manipulé, nous savions néanmoins que vos "exploits" vous apportaient beaucoup de joie à vous aussi, car ils vous permettaient de réaliser votre rêve de chevalier comme vous l'imaginiez. Est ce que je me trompe?

Malgré moi, je devais reconnaître qu'ils avaient parfaitement raison. Mes triomphes contre les monstres de la forêt interdite avaient en effet représenté parmi les meilleurs moments de ma vie. 

- Il aurait été bien plus facile pour nous de continuer de vous laisser vivre dans le bonheur de vos illusions, continua Viviane. Mais, moralement, nous ne pouvions tolérer plus longtemps une telle situation, et nous avons fini par faire le choix de vous amener à vous confronter au monde tel qu'il est réellement, même si nous prenions le risque de vous exposer à bien des souffrances. Et hélas, nos inquiétudes se sont révélées parfaitement justifiées. 

Je me remémorai alors toutes les épreuves que j'avais endurées depuis la signature de la trêve, en particulier mon accès de mélancolie qui avait failli me coûter la vie, et à présent, je compris mieux pourquoi Viviane et Roderick avaient aussi longtemps continué à me jouer leur comédie. 

- Et ... à part vous, vos troupes et les habitants des villages que vous attaquiez, qui était au courant? 

- La princesse Lisa, avec qui nous entretenons une relation d'amitié qui date de bien avant la trêve. Mais croyez bien que cela ne change absolument pas le fait qu'elle éprouve beaucoup d'affection envers vous, bien au contraire. Elle a toujours cherché à vous protéger ; vous avez pu vous en rendre compte lors de votre accès de mélancolie. D'ailleurs, elle était présente lorsque nous avons pris la décision de cette trêve et elle a joué un rôle essentiel pour amener son père à la conclure avec nous.

- Je vois. Je vous prie de me laisser me retirer un moment. J'ai besoin d'être seul pour réfléchir à tout ce que vous venez de me révéler. 

- Je comprends, seigneur Roland. Nous vous retrouverons pour le souper."

Je me retirai dans les appartements dans lesquels mes hôtes m'avaient installés pour mon séjour et réfléchis longtemps à la conversation que j'avais eu avec eux. J'avais été profondément ébranlé par tout ce que je venais d'apprendre. Mais je ne pouvais douter un instant des bonnes intentions du seigneur Roderick et de Viviane, d'autant que je réalisai rapidement qu'ils étaient profondément soulagés de pouvoir enfin me révéler la vérité. De plus, j'avais bien conscience que je les avais amenés à faire des choix difficiles, et, qu'à leur manière, ils avaient veillé sur moi pendant toutes ces années. Aussi, je savais que j'allais leur accorder mon pardon sans hésiter. Je ne doutais pas non plus de l'affection que la princesse Lisa éprouvait envers moi, comme l'avait démontré de manière incontestable tout ce qu'elle avait fait pour me sauver la vie pendant ma maladie. En revanche,  je n'étais pas encore certain de ma décision en ce qui concernait les villageois. Il me fallait d'abord aller à leur rencontre et les confronter à la vérité.

Lors du souper, je déclarai à mes hôtes : 

"Seigneur Roderick, madame Viviane, pendant longtemps je vous ai considérés comme des sorciers maléfiques qui prenaient du plaisir à s'en prendre à des innocents. A présent je sais que vous n'avez fait qu'une seule victime : moi-même. Et là encore, je me dois de nuancer mon propos. Car j'ai bien conscience que vous ne m'aviez menti et manipulé que parce que vous aviez la conviction que vous me protégiez en agissant ainsi. Et je sais que vous m'avez révélé aujourd'hui la vérité parce que vous étiez convaincus que j'avais la force émotionnelle de pouvoir l'accepter. Je peux vous affirmer que vous avez eu raison et c'est pourquoi je vous accorde mon pardon et vous offre mon amitié. Car, et vous me l'avez bien montré, un chevalier doit faire preuve de magnanimité"

Je vis alors le visage de mes hôtes s'illuminer.

"Nous vous remercions de tout coeur, seigneur Roland, et nous vous assurons aussi de toute notre amitié"


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