Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 27
27) Chant 4: un chevalier en mal d'exploits : partie 1 : une nouvelle affectation
(Roland est le narrateur)
J'étais certain que cette trêve ne durerait pas, et qu'à la première occasion, les sorciers lanceraient une attaque encore plus violente que tout ce qu'ils nous avaient fait subir auparavant, en profitant de l'effet de surprise. Aussi, dès mon retour, je repris l'entraînement avec d'autant plus d'intensité afin d'être prêt à toute éventualité. Les semaines s'écoulèrent sans qu'aucun incident impliquant les sinistres mages n'ait été signalé dans le royaume. Enfin, trois mois après la signature de la trêve, un garde m'informa que le roi me faisait appeler dans la salle d'audience. Je me hâtai de rejoindre mon souverain, devinant d'avance la raison de ma convocation. Mais lorsque j'arrivai, je constatai avec surprise que mon roi n'était accompagné que du seigneur Harold, le capitaine de la garde royale. Or, lorsque les sorciers attaquaient, ils nous envoyaient toujours une de leurs victimes afin de nous informer de leur sinistre exploit et j'imaginais difficilement un brave soldat tel que le chevalier Harold dans ce rôle. Qu'est ce que cela signifiait?
Dès qu'il me vit, mon suzerain m'adressa la parole :
"Bienvenue seigneur, Roland. Veuillez approcher je vous prie.
Bien évidemment, j'obéis sur le champ. Mon maître me fit ensuite installer sur un siège, et, un instant plus tard, le seigneur Harold s'assit à son tour. Je me décidai à rompre le silence:
"Votre Majesté, je suis toujours profondément honoré lorsque vous faites appel à mes humbles services. Si vous m'avez fait venir, je devine que nos ennemis de la forêt interdite ont à nouveau attaqué notre royaume en dépit de leurs belles promesses n'est ce pas?
- Non, pas du tout seigneur Roland, me répondit le roi. La trêve n'a pas été rompue, rassurez vous. Et c'est justement la raison pour laquelle je vous ai convoqué. Il y a près de cinq ans, vous êtes arrivé au palais royal afin de nous proposer vos services en tant que chevalier. Depuis, vous nous avez prouvé maintes fois votre valeur en repoussant à vous seul les attaques des troupes de la forêt interdite et en sauvant les malheureux qui tombaient entre leurs mains. Impressionné par vos remarquables exploits, j'ai non seulement décidé de vous offrir personnellement vos quartiers au palais, mais je vous ai accordé une totale autonomie, afin que vous bénéficiez des meilleurs conditions pour vous préparer dans la perspective d'un nouvel assaut de nos terrifiants adversaires. Or, comme vous le savez, nous avons signé il y a trois mois une trêve avec le seigneur Roderick, et, depuis, aucun incident pouvant lui être attribué n'a été signalé. Cela confirme de manière certaine la sincérité de son désir de cesser les hostilités. Dans ces conditions, je ne puis me permettre de gâcher vos talents en vous abandonnant dans vos quartiers afin de vous entraîner pour un combat qui n'arrivera jamais. C'est pourquoi, j'ai décidé de vous affecter officiellement à la garde royale, sur qui repose la lourde charge de veiller à la sécurité de nos sujets dans notre royaume. J'en ai discuté avec le seigneur Harold qui m'a donné son accord pour vous intégrer parmi ses troupes."
J'avoue que j'étais fort surpris par les propos de mon souverain. Il semblait vraiment croire à la pérennité de cette soi-disant trêve. De plus, je ne comprenais pas pourquoi je devais rejoindre la garde royale. J'étais un chevalier et non un simple soldat. Néanmoins, en tant que vassal, je ne pouvais discuter les ordres de mon suzerain.
"Votre Majesté je suis fort honoré de la faveur que vous m'accordez en me confiant une aussi lourde responsabilité. Je ferai de mon mieux pour vous accorder satisfaction, d'autant qu'ayant à plusieurs reprises sauvé notre royaume de nos ennemis, je pourrai faire bénéficier de mon expérience les gardes que j'aurai sous mon commandement."
A cet instant, j'observai sur le visage de mon souverain une expression de profonde gêne. De plus, lorsque je tournai mon regard vers le seigneur Harold, celui-ci semblait lever les yeux vers le ciel, comme si j'avais proféré un propos insensé. Je dus admettre que cela troubla quelque peu mon âme. Après un silence qui avait semblé duré une éternité, mon roi repris la parole:
"Seigneur Roland, personne ici ne doute de vos prouesses au combat. Néanmoins, vous êtes habitué à combattre les créatures monstrueuses de la forêt interdite. Or, dans notre royaume, nos troupes sont confrontés à des adversaires plus ... ordinaires. En d'autres termes des humains comme vous et moi. Vous conviendrez certainement que votre expérience à affronter de tels adversaire se révèle bien plus limitée. Dans ces conditions, il me parait difficile de vous offrir d'emblée une position d'officier. Vous intégrerez donc la garde royale en tant que recrue, et vous devrez obéir aux ordres du seigneur Harold, ainsi qu'à tous les officiers à qui il vous confiera. N'oubliez pas que si vous enfreignez leurs ordres, c'est aussi à moi à qui vous ferez preuve de désobéissance"
Je fus complètement mortifié par les propos de mon roi. Autant je pouvais accepter son choix de m'intégrer à la garde royale, autant sa décision de m'y donner un grade aussi bas me paraissait incompréhensible. Comment pouvait il douter ainsi de moi, qui ai pourtant sauvé maintes fois nos sujets de la plus terrible menace que l'on puisse imaginer? Moi, le plus grand héros du royaume, je n'étais digne de devenir qu'une simple recrue? Mon suzerain constata immédiatement mon affliction et s'adressa à moi d'un ton qui se voulait le plus bienveillant possible :
'Seigneur Roland, je comprends votre déception, mais sachez qu'il n'y a aucune honte à commencer à l'échelon le plus bas. N'oubliez pas que vous allez pouvoir acquérir de nouvelles compétences, et que je ne doute pas que vous monterez rapidement en grade. D'autant que je suis persuadé que mes officiers sauront reconnaître vos talents et en tenir compte dans leur appréciation."
Mais ces propos consolateurs ne parvinrent pas à atténuer la profonde humiliation que je ressentais. Néanmoins, en tant que chevalier, je me devais d'obéir scrupuleusement à mon souverain, et, réfrénant autant que possible mes émotions, je le remerciai de la "faveur" qu'il m'accordait. Lorsque l'entretien fut terminé, je quittai la salle d'audience, et suivis le seigneur Harold à qui mon souverain m'avait confié.
(Le seigneur Harold est le narrateur)
Je ne comprends pas pourquoi mon souverain a été soudain pris de la fantaisie de placer cet extravagant sous ma responsabilité. Je ne puis nier qu'il doit être habile au combat, puisqu'il a réussi à sortir victorieux de combats contre des ennemis qui avaient suscité la crainte auprès de gardes qui ne les avaient même pas affrontés. Néanmoins, cela ne change pas le fait que cet homme a perdu la raison, au point de croire qu'on puisse lui accorder d'emblée une position d'officier. D'ailleurs, je n'ai accepté de l'intégrer à la garde royale qu'à la stricte condition qu'il y entre avec le grade le plus bas. J'ai toujours été stupéfait de constater à quel point mon roi avait confié la sécurité de nos sujets à un tel fou. Et à présent, je dois m'occuper de cet homme! Que vais-je pouvoir faire de lui?
Commentaires
Enregistrer un commentaire