Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 43

 43) Chant final : le destin d'un chevalier : partie 3 : enquête sur une tromperie

(Roland est le narrateur)

Le lendemain matin, je quittai le château et me rendis dans le village dans lequel Viviane avait reçu son faux jugement. Je décidai de me rendre chez Anne et Paul, le couple qui avait été "attaqué" le jour de leurs noces. Les deux jeunes gens semblaient heureux de me revoir, et me demandèrent ce qui leur valait le plaisir de ma visite : 

"Voilà, commençai-je d'une voix calme. Le seigneur Roderick et Viviane m'ont révélé la vérité sur les attaques qu'ils ont commises sur vous et leurs autres victimes. Je sais à présent que vous n'avez jamais été en danger. 

A cet instant, je vis le sourire de mes hôtes s'évanouir, et je perçus dans leur expression un certain embarras : 

- Je vois, répondit Anne. Je suppose que vous devez beaucoup nous en vouloir de nous être ainsi servi de vous pour agrémenter nos noces.

- Pour vous dire la vérité, je ne sais pas encore. C'est pourquoi je vais vous demander de me raconter en détail l'"attaque" de votre mariage telle qu'elle s'est réellement déroulée afin que je puisse mieux comprendre ce qui vous a motivé à agir ainsi.

- Bien évidemment, répondit Paul. Après tout, nous vous devons bien cela après tout ce que vous avez fait pour nous. 

Et les deux amoureux me racontèrent la préparation de l'assaut des monstres de la forêt interdite qu'ils avaient planifié avec Viviane, leur capture, ainsi que celle de leurs invités, puis leur séjour dans le château hanté et enfin, les préparatifs de leur libération au cours de laquelle j'avais joué le rôle de leur sauveur. En les écoutant, je découvris les immenses qualités de coeur de mes nouveaux amis de la forêt interdite, qui, non seulement avaient consenti à jouer le rôle des méchants sorciers avec l'intention d'apporter le plus de plaisir à leurs "captifs" mais qui n'avaient cessé de veiller à tout instant à leur bien-être. Je compris aussi que la première intention de ces jeunes gens n'avait jamais été de se moquer de moi, mais de revivre pendant leurs noces les contes qui avaient bercé leur enfance, en se faisant peur en toute sécurité. Je ressentis à ce moment de l'empathie pour ce couple, car ce sont ces mêmes histoires qui m'avaient inspiré ma vocation de chevalier. Je réalisai alors qu'en jouant le rôle du héros qui les délivrait des monstres j'avais apporté ma contribution à la réalisation de leur rêve, et cela d'autant plus, qu'ignorant alors la vérité, mon courage et mon dévouement à les sauver avait été authentique, et ils éprouvaient envers moi une profonde reconnaissance. Je leur demandai s'ils auraient eu autant de plaisir si j'avais su dès le début qu'il ne s'agissait que d'un jeu. Ils m'affirmèrent que oui, car dans ce cas, ils auraient eu la même gratitude envers moi que celle qu'ils avaient éprouvée envers Viviane et les habitants de la forêt interdite qui, eux connaissaient la vérité.

"Mais dans ce cas, pourquoi n'avoir pas demandé à une personne au courant de la supercherie de jouer le rôle de votre sauveur? leur demandai-je.

- Nous y avons effectivement pensé. Mais nous étions aussi au courant de votre ambition de devenir le preux chevalier qui combattait au service des opprimés. Et nous avions envie de vous offrir cette occasion de réaliser votre rêve en nous sauvant, car nous savions que cela vous apporterait beaucoup de joie. D'autant que qui mieux que vous pouvait incarner ce rôle? Et nous n'avons pas osé vous avouer la vérité, de peur de vous briser le coeur."

Leur raisonnement se tenait, d'autant qu'il était cohérent avec le discours que Viviane et Roderick m'avaient tenu la veille. De plus, je savais à quel point j'avais ressenti un réel bonheur lorsque j'avais vaincu l'armée de Viviane et que je leur avais rendu leur liberté. Ces gens avaient été si heureux et éprouvé tant de reconnaissance envers moi. Et je réalisai maintenant que ces sentiments avaient été authentiques, même si le véritable motif était quelque peu différent de celui que j'imaginais alors. 

"Bien, conclus-je. Il est temps pour moi de vous quitter. Je vous remercie de m'avoir fourni les explications que je vous demandais et d'avoir répondu à mes questions avec franchise. 

- Au revoir seigneur Roland. Et si nous vous avons fait de la peine, nous vous prions d'accepter nos excuses. 

- J'en prends acte et vous souhaite une bonne journée"

Au cours des jours qui suivirent je rendis ainsi visite à plusieurs autres "victimes" des sorciers de la forêt interdite, qui me tinrent toutes un discours analogue. Je réalisai alors à quel point j'avais apporté du rêve et de l'enchantement à tous ces gens grâce à ma vocation de chevalier et que l'unique motivation de tous ces jeux avait été d'apporter de la joie à tous les participants, y compris moi-même. Aussi je pris une grande décision et je me rendis au château de Viviane et Roderick, car je souhaitais qu'ils en soient les premiers informés. 

"Bonjour, Roland. Qu'est ce qui nous vaut le plaisir de votre visite?

- Seigneur Roderick, dame Viviane, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec certains des villageois que vous avez "capturés". Après avoir bien réfléchi, j'ai réalisé le caractère bien innocent du plaisir que vous avez tous ressenti lors de vos jeux, même si vous m'y aviez associé quelque peu malgré moi. Or, en tant que chevalier, je souhaite plus que tout apporter de la joie aux sujets de mon souverain. C'est pourquoi, je vous propose de participer à nouveau à de telles festivités, en incarnant le rôle du héros sans peur et sans reproche, mais cette fois-ci en parfaite connaissance de cause, si bien sûr vous consentez vous aussi à jouer les sorciers maléfiques."

Je ne pus m'empêcher de sourire en voyant le visage de mes amis s'illuminer lorsque je leur fis cette offre. Je devinai que ces jeux leur avaient beaucoup manqué depuis qu'ils avaient pris la décision de cesser officiellement les hostilités contre mon royaume, et qu'à présent, je les autorisais enfin à s'amuser de nouveau sans que leur conscience en soit tourmentée. Nous décidâmes néanmoins d'un commun accord de maintenir officiellement la trêve entre nos deux pays car il me paraissait inutile de mêler mon noble souverain à ces enfantillages. Bien évidemment, lorsque nous annonçâmes la nouvelle aux villageois, leur enthousiasme fut à son comble. Mais la plus heureuse se révéla incontestablement la douce Lisa, qui m'avoua alors qu'elle rêvait depuis longtemps de jouer le rôle de la princesse capturée par les maléfiques sorciers et de me voir moi, le preux chevalier, accourir pour la délivrer en combattant les terribles monstres qui la retenaient prisonnière. Mais elle n'avait pas osé franchir le pas, car elle craignait que son enlèvement, même factice, représente une attaque si cruelle contre son père qu'elle aurait été à l'origine d'une guerre qui aurait entraîné beaucoup de souffrances pour les deux camps. Je reconnaissais bien la sollicitude et la noblesse d'âme de ma maîtresse. Nous nous accordâmes avec Roderick et Viviane pour que la princesse devienne leur première "victime", afin de réaliser au plus tôt son rêve. Et c'est ainsi que tant moi-même que mes adversaires donnâmes le meilleur de nous-mêmes pour offrir un moment inoubliable à la merveilleuse Lisa. En particulier l'immense dragon rouge, dont j'appris qu'il était l'un des meilleurs amis de ma princesse, et qui joua avec jubilation le rôle du monstre terrassé par le valeureux héros, même si je le surpris, non sans amusement, à ouvrir discrètement un oeil alors qu'il était censé être mort. La principale difficulté à laquelle nous fûmes confrontés consista à éviter d'éclater de rire tandis que nous interprétions nos personnages en poussant le plus loin possible la caricature. Avais je vraiment été aussi ridicule que cela? soupirai-je.  Quoi qu'il en soit, à présent que je m'adonnai volontairement à ces jeux, je comprenais mieux le plaisir qu'en tiraient tous ceux qui y participaient, et cela quel que soit le rôle qu'ils incarnaient. Cette première expérience me persuada de continuer l'aventure. Dans un sens, je ne me contentais pas de jouer le rôle du chevalier, mais je le vivais réellement, mais d'une manière différente qu'auparavant.

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