Le terrible destin d'Emilie : partie 14

 14) Dernier repas avant l'arrivée du terrible dragon

Je me souvins à cet instant des provisions que j'avais emportées du palais. Je m'adressai alors à mes compagnons :

"Mes serviteurs, croyant que je prendrais aujourd'hui mon dernier repas, m'ont donnée des mets fort savoureux, et je me propose de vous en faire profiter. 

- Nous sommes très touchés par votre attention, répondit Viviane, mais nous avons nous mêmes apporté nos plats et nous ne voudrions pas abuser. 

- Eh bien, partageons tout ensemble"

Je me levai et me dirigeai vers ma jument et récupérai un sac qui avait été fixé à sa selle. Je rejoignis ensuite la table, et en vidai le contenu devant les convives. J'avais vraiment été gâtée : j'avais reçu du pain blanc frais, de beaux morceaux de viande et de charcuterie, et, en guise de dessert, des pâtisseries.

Viviane s'exclama : 

"Oh, mais vous nous présentez un véritable festin. Je vous avoue que nous n'avons pas l'habitude de mets aussi riches. Nos cuisiniers étant d'origine paysanne, nous mangeons habituellement des plats bien plus simples. J'ai presque honte de vous les offrir. Néanmoins, grâce à Zogshu, nous pourrons au moins vous servir un repas chaud.

- Ne vous souciez pas de cela. Je vous remercie d'avance pour tout ce que vous me proposerez"

Et quelques minutes plus tard, les soldats squelettes commencèrent à servir le repas. Et, en effet, je compris un peu mieux l'embarras de mes hôtes, dont les habitudes alimentaires paraissaient plus proches de celles des paysans plutôt que celles de souverains. Nous commençâmes ainsi par des oeufs que nous dégustâmes avec du pain noir suivis d'un plat de légumes cuisinés avec un peu de lard, de feuilles de laitue assaisonnée au vinaigre et de fruits frais en guise de dessert. Ces mets fort simples se révélèrent, à ma grande surprise, fort savoureux. De toute évidence, les cuisiniers du seigneur Roderick savaient utiliser avec talent les ingrédients à leur disposition. De leur côté, mes compagnons apprécièrent beaucoup les provisions que j'avais apportées et qui complétèrent fort agréablement notre repas. Tandis que nous mangions, je constatai avec surprise l'absence du chevalier Roland à nos côtés. J'en fis part à la princesse Lisa.

" Oui, j'ai ordonné à Roland de se retirer peu après notre arrivée dans la clairière. En effet, je crains que la présence d'un preux chevalier à nos côtés soit considérée par le seigneur Hydras comme un manque total de courtoisie de notre part."

Cette remarque ne manqua pas de me faire sourire.

"En effet, au vu des circonstances, je comprends qu'il vaille mieux éviter tout incident diplomatique fâcheux. D'ailleurs, à propos de courtoisie, ne dois-je pas bientôt me soumettre à un protocole semblable à celui que vous suivez avec le seigneur Zogshu?

- En effet, répondit Viviane, mais nous avons encore du temps. Comme je devine que cette expérience se révèlera fort inconfortable pour vous,  vous n'aurez à vous y préparer qu'au court du quart d'heure qui précèdera l'arrivée du seigneur Hydras. Nous vous avons apporté le nécessaire dont vous aurez besoin pour l'occasion. D'ailleurs, consentez vous à ce que je vous assiste dans cette tâche? J'imagine que vous serez plus à l'aise avec une femme.

- Oui, madame Viviane, et je vous en remercie.

- De plus, déclara Lisa, si Zogshu me donne son accord, je me propose d'être attachée à vos côtés, afin de vous apporter le réconfort et les encouragements dont vous aurez besoin pour affronter cette épreuve."

Le dragon, qui paraissait ne rien refuser à sa princesse captive, d'autant que celle-ci ne cessait de lui prodiguer des caresses depuis leurs retrouvailles, approuva cette suggestion. J'étais profondément touchée par la sollicitude de mes compagnons. Ainsi, le repas se déroula dans une ambiance fort agréable et conviviale. 

Mais, après une brève sieste digestive, l'heure était enfin venue. Je reçus une robe blanche semblable à celle que portait Lisa, et je me retirai à l'écart pour me changer et me déchausser. A mon retour, la princesse était déjà liée à un chêne auquel Viviane m'attacha à mon tour. Je dois admettre que je me sentis à cet instant extrêmement vulnérable, ce qui ne manqua pas de m'intimider, surtout que bientôt, l'ennemi redouté allait apparaître. Je comprenais pourquoi Lisa avait souhaité rester à mes côtés, car sa présence m'apportait en effet de la force pour affronter ma peur. Ainsi, j'attendis avec fébrilité l'arrivée du seigneur Hydras.


 




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