Le terrible destin d'Emilie : partie 4

4) Visite royale et redoublement de l'horreur

Une semaine après l'annonce de l'ambassadeur, nous reçûmes notre invitée inattendue, qui n'était autre que la princesse de ce lointain pays. Nouus fûmes surpris de constater qu'elle était venue presque seule, sans la suite qui accompagne habituellement les visiteurs royaux ; sa garde se résumait en un unique homme en armes qui conduisait un chariot contenant les bagages des voyageurs. La princesse nous expliqua qu'elle avait fait le voyage incognito, afin d'éviter d'attirer l'attention d'éventuels ennemis. Elle nous assura néanmoins que cette discrétion n'avait aucun rapport avec notre situation, et qu'elle était fière de venir nous soutenir. Nous fîmes conduire nos invités dans les appartements les plus confortables du palais, destinés aux souverains étrangers en visite officielle. La princesse exprima le désir de prendre un peu de repos pour se remettre de son long voyage. Nous consentîmes volontiers à sa requête, et lui proposâmes de nous rejoindre pour le dîner qui constituerait l'occasion optimale de faire plus ample connaissance. Notre invitée accepta avec plaisir notre offre.

Deux heures plus tard, la princesse, accompagnée de son garde qui lui servait aussi de valet, nous rejoignit dans la grande salle à manger du palais. Tandis que nous mangions, la jeune femme nous parla de son royaume et de sa famille, mais surtout de la raison pour laquelle elle avait effectué un si long voyage pour venir nous rendre visite. La nouvelle de notre malheur s'était rapidement répandue au point d'atteindre sa contrée lointaine. Or, en tant que princesse, elle ressentait une profonde empathie pour moi, en particulier lorsqu'elle avait appris à quel point nous avions été abandonnés par nos alliés. Elle avait ainsi souhaité nous apporter ce dont elle aurait eu besoin si elle-même avait été frappée par une telle tragédie. J'étais profondément touchée par la gentillesse de notre invitée : sa visite constituerait sans aucun doute l'un des moments les plus doux des dernières semaines qui me restaient à vivre. 

Soudain, alors que nous terminions notre dîner, un des gardes du palais entra dans la salle à manger. Son visage exprimait une profonde terreur qui me rappella celle qui nous avait tous frappés lors de la funeste journée au cours de laquelle le dragon avait envahi notre royaume. J'avais un terrible pressentiment, qui se révéla malheureusement confirmé lorsque le pauvre homme s'exprima : 

"Votre Majesté, notre royaume est attaqué. Un terrible dragon approche du palais. 

- Un dragon? répondit mon père stupéfait. Mais je n'y comprends rien. Notre ennemi nous avait fixé un délai d'un mois avant de mettre à exécution sa menace. Or quinze jours seulement sont passés depuis qu'il nous a lancé son ultimatum. Serait il encore plus immonde que nous le pensions au point de venir me prendre ma fille avant le délai imparti? 

- Votre Majesté, il semble que les monstres les plus atroces semblent s'acharner sur notre royaume. Car c'est un nouveau dragon qui nous menace, encore plus grand et encore plus terrifiant que le précédent, si une telle chose soit possible. De plus, des témoins qui ont réussi à lui échapper sont parvenus à distinguer que la terrible bête portait un cavalier qui inspirait autant de terreur que sa monture, car celui-ci serait un guerrier squelette. A croire que ces créatures semblent sortir directement de l'enfer pour semer la désolation dans notre royaume."

Nous étions tous assommés par cette terrible nouvelle. Un nouvel ennemi nous menaçait, vraisemblablement encore plus cruel que celui qui nous avait frappé quinze jours auparavant, et de surcroît, il arrivait le jour même pendant lequel nous recevions cette aimable princesse qui avait fait un si long voyage pour nous soutenir. Ma mère pleurait, mon père hurlait et maudissait le sort qui nous frappait ainsi. Mais nos cris et nos pleurs ne pouvaient changer la situation, et une heure plus tard, les monstres étaient arrivés aux portes du palais. Lorsque nous nous confrontâmes à eux, une vision d'horreur nous attendait. Conformément aux témoignages rapportés par le garde, un immense dragon rouge se plaça face à nous, semblable à celui qui nous avait menacé deux semaines auparavant, mais plus grand encore et d'une couleur rouge sombre se dressait devant nous. Mais son cavalier se révéla encore plus épouvantable : un squelette arborant armure et casque et brandissant une lance. Ce guerrier infernal nous fixa de ses orbites vides, et, pointant sa pique dans notre direction, parla d'une voie menaçante : 

"Roi et reine du royaume de H..., je suis venu vous annoncer que votre pays est voué à la destruction, car tel est notre bon plaisir. Nous détruirons tout sur notre passage, et il ne restera plus qu'un amoncellement de cendres. Vous n'avez qu'un seul moyen d'échapper à un tel destin : en nous livrant votre fille, ainsi que la princesse qui est présente ici à vos côtés. Vous avez jusqu'à demain midi pour nous les amener à la lisière de la grande forêt à l'est de la cité royale. Sinon, nous mettrons nos menaces à execution". 

Et, sur ces paroles, les deux terribles créatures quittèrent la cité royale. 

Nous étions tous catastrophés. Alors que nous n'aurions jamais pu imaginer que notre situation aurait pu encore empirer, les évènements venaient de nous donner tristement tort. A présent, non seulement j'étais la cible de deux dragons mais en plus notre charmante invitée était ciblée à son tour. Ma famille et moi étions confrontés à une situation impossible, car nous ne pouvions satisfaire les deux monstres : même si j'étais livrée à un des dragons, l'autre détruirait inévitablement notre royaume. Et puis, nous ne pouvions envoyer une princesse qui était si gentiment venue nous apporter notre soutien à la mort. Mais dans ce cas, dès demain, tous nos sujets seraient condamnés. Ma mère et mon père pleuraient et gémissaient, en répétant :

"Mon Dieu.  Nous sommes perdus. Qu'allons nous faire? Qu'allons nous faire? "

Je me tournai vers notre invitée, et à ma grande surprise, je ne lus sur son visage ni terreur , ni tristesse, mais une profonde détermination. La princesse Lisa s'adressa à nous d'une voix grave: 

"Ce que nous allons faire? Votre Majesté, il est temps à présent que j'aie une conversation privée avec votre fille, et cela de toute urgence. Nous devons disposer de la plus grande confidentialité, car nos vies en dépendent."

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