Le terrible destin d'Emilie : partie 3
3) Un triste anniversaire et des jours difficiles.
Si l'apparition du monstre nous avait déjà plongés, ma famille mes sujets et moi-même dans la stupeur et l'effroi, nous fûmes bien plus horrifiés par l'atroce ultimatum qu'il venait de nous imposer. Pendant quelques instants, nous tentâmes de nous persuader que les évènements de ces dernières minutes n'avaient été qu'un mauvais rêve, mais rapidement nous fûmes forcés d'admettre la triste réalité. Bien évidemment nous étions tous profondément affligés par cette situation que nous n'aurions jamais pu imaginer dans nos pires cauchemars. Pourquoi une telle catastrophe frappait-elle si aussi cruellement notre royaume? Et qu'avais-je fait pour que ce monstre veuille s'en prendre à moi? Devais-je donc mourir si jeune, avant même d'avoir réellement connu la vie, car je ne doutais pas que le dragon allait me dévorer, car tel était le destin que ces créatures réservent aux jeunes filles, en particulier aux princesses, dans les légendes? Etais-ce donc le prix que le destin réclamait pour m'avoir offert autant de bonheur pendant vingt ans? Bientôt, je ne pus contenir plus longtemps mes émotions, et je sentis mes larmes couler sur mes joues. Ma famille était tout aussi affligée que moi, car nous éclatâmes tous en sanglots.
Bien évidemment, toutes les festivités qui avaient été prévues pour célébrer mon anniversaire furent annulées. Tous les représentants de royaumes étrangers que nous avions reçus à cette occasion annoncèrent leur départ dans l'heure qui suivit l'apparition du monstre. De plus, si ma famille et moi-même reçûmes de nombreux témoignages de sympathie de la part de nos sujets, ceux-ci quittèrent aussi le palais royal. Nous ne leur tînmes pas rigueur : de toute façon, nous ne souhaitions pas particulièrement leur imposer notre peine. Ma "fête d'anniversaire" se réduisit ainsi à un repas de famille dans une ambiance funèbre, au cours duquel nous avions peine à avaler quelques bouchées des plats savoureux que les cuisiniers royaux avaient pourtant préparés avec talent. Les décorations qui ornaient le palais nous paraissaient à présent comme un insupportable rappel de notre bonheur perdu, au point que mon père finit par les détruire avec la rage du désespoir. Je consentis néanmoins à recevoir mes cadeaux, et à remercier ceux qui me les avaient offerts, même si je ne pourrais en profiter que bien peu de temps. Cette nuit là, personne dans le palais ne parvint à trouver le sommeil.
Les jours suivants se révélèrent tout aussi tristes. Mon père tenta de solliciter de l'aide de la part des souverains des pays voisins, mais tous déclinèrent sa demande, en expliquant qu'ils n'avaient aucune compétence pour affronter des dragons. Nous soupçonnâmes qu'ils n'avaient guère le désir d'entretenir leur alliance avec un royaume qui paraissait voué à sa perte, et qui donc, ne constituait plus un partenaire qui pouvait servir leur intérêts. Nous nous sentions à la fois trahis et abandonnés par des gens que nous considérions auparavant comme des amis. Hélas, nous constations avec amertume à quel point l'adversité peut révéler la véritable nature de gens que nous croyions connaître. Nous étions à présent seuls à devoir affronter notre terrible situation, et je ne savais que trop bien que je n'avais d'autre choix que de me sacrifier afin de sauver mon royaume et mes sujets. Car je ne pouvais accepter que des innocents périssent afin de me permettre de rester en vie. Et cela d'autant que je n'avais aucune garantie que le dragon ne m'épargne lorsqu'il attaquerait mon royaume.
Nous dûmes attendre une semaine pour recevoir un léger rayon de soleil dans les ténèbres qui avaient envahi notre royaume. L'ambassadeur d'une contrée lointaine nous annonça qu'une représentante de la famille royale de son pays souhaitait nous rendre visite afin de nous apporter son soutien dans la terrible épreuve que nous traversions. Nous étions fort surpris, car nous n'avions que des relations fort limitées avec ce royaume, du fait de son éloignement. Néanmoins, notre malheur était tel que nous étions touchés par toutes les marques de sympathie que nous pouvions recevoir. Aussi, nous informâmes l'ambassadeur que nous consentions à recevoir la délégation de son pays avec tous les égards dûs à des invités de marque.
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