Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 40
40) Chant 5 : un chevalier en détresse : partie 7 : les vertus du pardon et la vraie signification du métier de chevalier.
Quelques minutes plus tard, Viviane et moi-même entrâmes dans la salle du conseil. Nous nous installâmes chacun côte à côte sur des chaises situées face à l'estrade dans laquelle siégeait Alain, la princesse Lisa assise à ses côtés en tant que représentante du roi. De leur côté, la majorité des villageois se massaient derrière nous. Après avoir demandé le silence, le chef du village déclara :
"Chevalier Roland, l'heure est venue. J'appelle Paul, le fils du meunier, ainsi que son épouse Anne, fille du forgeron."
Quelques instants plus tard, un jeune homme et une jeune femme sortirent de la foule et se placèrent face à nous. Blaise s'adressa au couple :
"Je vous invite à prendre la parole et livrer votre témoignage.
- Je vous remercie, déclara Anne. Ce jour là devait être le plus beau jour de notre vie à mon époux et moi-même puisque nous célébrions nos noces. Mais, le soir même de notre mariage, pendant le grand bal, nous fûmes attaquée par l'enchanteresse Viviane et sa monstrueuse armée. Mes invités, mon mari et moi-même fûmes traquée tels du gibier, capturés, enchaînés, enfermés dans des cages, et nous dûmes subir les menaces et les moqueries de la sorcière tandis que ses monstres nous terrorisaient. Nous fûmes emmenés dans son sinistre château puis enfermés dans des cachots. A cause de cette femme, ce merveilleux jour était devenu un véritable cauchemar.
- Et pourtant, continua Paul, lorsque, près d'un an plus tard, Viviane se présenta devant nous pour assumer les conséquences du crime qu'elle avait commis envers nous et nos invités nous avons décidé à l'unanimité de lui accorder notre pardon. Trois éléments importants ont motivé ce choix.
- En premier lieu, si terrible que fût son crime, Viviane bénéficiait déjà de circonstances atténuantes, reprit Anne. D'abord, notre village n'a déploré aucun mort ni aucun blessé suite à cette attaque et nous savons qu'il n' s'agissait pas d'un heureux concours de circonstances, mais d'un choix délibéré de sa part. De plus elle ne s'en est pas un instant pris aux enfants.
- De plus, poursuivit Paul, lors de son jugement, Viviane avait déjà prouvé de manière incontestable qu'elle regrettait ses actions passées et qu'elle souhaitait devenir une meilleure personne. En effet, dix mois auparavant, elle avait décidé de mettre fin à ses attaques par la signature d'une trêve avec notre souverain, et, depuis cette date, aucun nouvel incident n'a été signalé, ce qui prouvait la sincérité de sa démarche. Elle avait aussi choisi, sans contrainte de la part de qui que ce soit, de se présenter devant nous afin d'assumer son crime. Or, nous avons tous estimé que notre devoir consistait à accompagner et à encourager une personne sur la voie du repentir, et non de l'accabler.
- Enfin, continua Anne, seigneur Roland, vous êtes vous-même la troisième raison pour laquelle nous avons choisi l'indulgence."
En entendant mentionner mon nom, je ne pus réprimer ma stupéfaction
"En effet, continua la jeune femme, pendant toute notre captivité, nous n'avons jamais douté un instant que vous viendriez nous sauver. Et cet espoir nous donnait le courage d'affronter la présence des monstres qui nous retenaient prisonniers. Et lorsque nous vous avons vu arriver sur votre magnifique cheval et portant votre brillante armure, nous avons ressenti l'une des plus grandes joies que nous avions éprouvées de notre vie. Et celle-ci ne fit que croître lorsque nous vous vîmes affronter victorieusement l'armée de Viviane, en mettant en pièces vos adversaires à coups d'épée. Nous savions que notre délivrance était proche, et, lorsque vous avez mis en fuite la terrible sorcière et que vous avez ouvert nos cages, notre bonheur était à son comble. Comment ne pas être heureux en voyant un preux chevalier comme vous combattre avec tant d'acharnement et de détermination pour nous? Mais aurions nous pu éprouver un tel bonheur si Viviane ne nous avait pas au préalable capturés? Dans un sens, elle avait aussi joué son rôle pour nous apporter cette joie, et faire de ce mariage une expérience bien plus inoubliable que si elle n'était pas intervenue. Dans de telles circonstances, comment ne pas accorder notre pardon? "
A cet instant, la douce Lisa s'adressa directement à moi :
"A présent, mon cher Roland, vous ne pouvez plus douter que grâce à votre vocation de chevalier, vous avez semé le bonheur autour de vous."
Je devais bien me rendre à l'évidence : ma princesse avait raison. De plus, je dois admettre que j'avais été impressionné par la magnanimité de ces villageois envers leur ancien bourreau. Ces braves gens venaient de me donner une impressionnante leçon de chevalerie. Je réalisai que j'avais été bien trop cruel envers l'enchanteresse, alors que j'aurais dû me rendre compte bien plus tôt que son repentir était sincère. De plus je réalisai qu'à la demande de ma princesse, elle s'était spécialement déplacée pour me venir en aide, et qu'en récompense, je lui avais fait subir bien des humiliations. Aussi, je me levai immédiatement, lui ôtai ses liens et son collier et lui demandai pardon pour la manière dont je l'avais traitée. A ma grande surprise, elle me remercia de lui avoir offert cette opportunité d'expier ses mauvaises actions envers moi. Décidément, Viviane avait une âme bien plus noble que je ne l'imaginais. Je comprenais mieux à présent pourquoi ces villageois avaient fait preuve de miséricorde envers elle, et je ne pouvais que faire de même. Enfin, je me devais aussi de me pardonner à moi-même.
Mais surtout, je comprenais enfin la réelle raison pour laquelle j'avais voulu devenir un chevalier depuis ma plus tendre enfance. Certes, j'avais été impressionné par les combats épiques contre les monstres et les armées ennemies, mais je réalisai que je tirais mon bonheur de la joie que j'inspirais chez les personnes à qui je portais secours. C'est leur sourire, leur gratitude et le sentiment de leur avoir fait du bien qui me motivait à combattre, et non la gloire d'avoir pourfendu des dragons et autres terrifiantes créatures. Et je savais qu'il n'y avait nul besoin de grandes batailles pour apporter du bonheur à autrui. Je pensais entre autres à ces infirmières, ou à mon ami Guillaume qui m'avaient apporté du réconfort et des soins pendant ma maladie. Aussi, je décidai qu'à partir de ce jour, mettre à profit mes modestes talents afin d'apporter autant de joie que possible aux sujets de mon bon souverain constituerait ma grande mission en tant que chevalier.
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