Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 35

 35) Chant 5 : un chevalier en détresse partie 2 : une princesse à la rescousse

(Lisa est la narratrice)

Je ressentis une immense peine lorsque Guillaume m'annonça la maladie de Roland et m'en décrivit son déclenchement et sa triste évolution. De plus le pauvre homme éprouvait une immense culpabilité car il croyait être responsable du mal qui touchait notre ami. Mais je le réconfortai, l'assurant que les souffrances du chevalier avaient des causes bien plus profondes qu'une simple conversation. Néanmoins, je n'avais pas un instant à perdre. Aussi, je me rendis immédiatement à l'infirmerie, le lieutenant m'emboîtant le pas. A mon arrivée, je demandai à rendre visite à Roland, et une infirmière entra dans sa chambre l'informer de ma présence. Quelques instants plus tard, celle-ci revint et me dit : 

"Le chevalier ne souhaite pas que vous veniez le voir. Il m'a dit, selon ses propres termes "Je ne suis pas digne de recevoir la visite d'une dame aussi noble que la princesse."

Les paroles de la brave femme me brisèrent le coeur. Qu'était il arrivé à mon ami pour qu'il parle de lui-même en des termes si méprisables? Surtout à peine quelques jours après avoir combattu héroïquement les brigands qui avaient attaqué notre royaume? J'expliquai à l'infirmière que, pour le bien de son patient, je devais absolument passer outre son refus, et, bien qu'une telle démarche me répugnât, je fis valoir mon statut de princesse royale. J'exigeai aussi de rester seule avec le malade. Elle finit par me laisse entrer. Lorsque je vis le chevalier, je ne pus retenir mes larmes. Le pauvre homme avait  bien maigri, ses traits étaient tirés, et surtout, son regard, d'ordinaire si vif, paraissait complètement vide. Pendant quelques instants, nous nous observâmes en silence. Enfin, je me décidai à prendre le parole : 

"Bonjour, chevalier Roland. Je suis bien affligée de vous voir en si triste état. 

- Vous êtes bien bonne, ô ma princesse, de vous préoccuper d'un misérable tel que moi. 

- Vous, un misérable, chevalier? Vous, qui avez maintes fois prouvé votre courage et votre dévouement aux sujets de votre roi? Pourquoi vous dénigrez vous ainsi, mon ami? 

- Ne parlez pas de mon courage, princesse, répondit le chevalier en pleurant. En réalité, je suis le pire des lâches, et le plus ignoble des hommes. Vous avez face à vous un misérable qui s'afflige lorsque les sujets de son suzerain vivent dans la paix et la prospérité, et qui se réjouit lorsqu'ils subissent les attaques de leurs ennemis, puisque ces derniers lui offrent l'opportunité de se battre et ainsi de se donner l'apparence d'un héros. Pendant longtemps, j'ai cru que j'étais un homme de bien, mais à présent, je sais que c'est un mensonge. Car le bonheur des autres devraient compter bien plus que la satisfaction de sa propre vanité. Vous comprenez bien à présent pourquoi je ne mérite pas que vous vous souciez de mon sort. 

Pauvre Roland! Je commençai à présent à mieux comprendre les causes de sa détresse. Hélas, je constatai les conséquences inattendues de la trêve avec la forêt interdite. Viviane, Roderick et moi-même avions souhaité confronter le chevalier à la vie réelle en espérant qu'il parvienne à s'y adapter plutôt que de persister à le maintenir dans la douce illusion de ses fantaisies, mais je n'aurais jamais cru que nous en arriverions à ce triste résultat. Je répliquai à mon ami : 

"Roland, vous vous jugez bien trop durement. Je vous connais bien, brave chevalier, et sais que vous êtes un homme vertueux. D'ailleurs, vos souffrances actuelles ne le prouvent que trop bien. Est ce qu'un authentique misérable se définirait il comme tel? Non, il aurait une opinion bien plus haute de lui-même, et serait incapable d'éprouver un quelconque sentiment de culpabilité. 

-Vous êtes bien bonne, princesse, mais je connaît la face sombre de mon âme, et je ne peux me mentir à moi-même. 

- Mon ami, ce que vous dites ne prouve qu'une chose : c'est que vous êtes un être humain tout à fait normal. Chacun de nous peut éprouver de mauvaises pensées, ou subir la tentation de vouloir porter préjudice à autrui pour son intérêt personnel. Mais un homme ou une femme sera jugé.e sur ses actions : ce sont elles qui différencient la personne de bien du criminel. Et je puis vous assurer que de ce point de vue, vous êtes absolument irréprochable. 

- Dans ce cas, pourquoi ai-je choisi de devenir un chevalier? Pourquoi fallait il que les sujets de mon suzerain subissent des souffrances pour que je puisse ressentir les plus grandes joies de ma vie? 

- Peut être n'en aviez vous pas alors conscience lorsque vous avez choisi une telle carrière. Vous ne pensiez alors qu'à la joie que vous apporteriez à ceux que vous sauveriez des monstres et des sorciers. Car reconnaissez le, c'est leur sourire, leur gratitude qui vous rendaient heureux, et non leurs souffrances, n'est ce pas? 

- Certes, certes. Mais ils auraient été certainement plus heureux s'ils n'avaient jamais été attaqués, et je ne le sais que trop bien. 

- Tout ce que vous dites ne fait néanmoins pas de vous un criminel, et loin s'en faut. Vous êtes un homme de bien, Roland, je vous l'affirme et suis prête à le soutenir devant le monde entier. Aussi, je vous en prie, rétablissez vous au plus vite. N'oubliez pas que vous avez des amis qui sont à vos côtés pour vous soutenir, tel que moi ou le lieutenant Guillaume. Et je suis certaine que vos élèves sont impatients de vous revoir. 

A cet instant Roland fondit en larmes. Il parvint à balbutier entre deux sanglots 

- Je vous remercie, princesse. Je ne mérite pas une amie aussi douce que vous. Mais puisque cela vous est agréable, je vais essayer de ne pas mourir."

J'étais tellement affligée en voyant l'état pitoyable de mon ami que je dus mobiliser toutes mes forces pour ne pas éclater en sanglots moi-même. Mais il me fallait garder le contrôle sur moi-même, car je ne voulais pas que ma peine fasse davantage encore souffrir le pauvre Roland. Aussi, je me décidai à quitter la chambre, et ordonna au personnel infirmier de veiller attentivement sur lui. 

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