les exploits heroïques du preux chevalier Roland : partie 32

 32) Un chevalier en mal d'exploits : partie 5 : le combat contre les brigands

(Roland est le narrateur)

Six mois après mon entretien avec le roi, alors que je commençais à perdre espoir, l'occasion que j'attendais tant finit par se présenter. Un jour Guillaume vint m'annoncer qu'une bande de brigands sévissait depuis plusieurs jours à l'ouest du royaume. L'officier en charge de cette région luttait autant que possible contre les bandits, mais ne disposait pas de troupes suffisantes pour les mettre hors d'état de nuire, et s'était rendu dans la cité royale afin de demander des renforts. Or, cet homme se révélait être un camarade de promotion de mon lieutenant, et il avait profité de son voyage pour lui rendre visite. Sachant qu'il était venu chercher du secours, Guillaume s'était proposé comme volontaire tout en insistant pour que je l'accompagne, en vantant auprès de son ami mes qualités de guerrier. Celui-ci avait fini par accepter, mais à condition que je reste sous le commandement de mon lieutenant, qui devait assumer la responsabilité de mes actions. Même si j'étais quelque peu vexé de cette exigence, qui témoignait d'une certaine méfiance à mon égard, j'étais bien trop reconnaissant de recevoir enfin une mission aussi excitante pour m'en plaindre, d'autant que j'étais profondément touché de l'initiative de Guillaume qui témoignait de son amitié envers moi. 

Ainsi, dès le lendemain, je partis en compagnie de mon lieutenant et nous rejoignîmes son ami officier qui répondait au nom d'Olivier. Celui-ci avait réussi à mobiliser un important contingent de soldats de la cité royale. Au bout de deux jours, nous arrivâmes à la forteresse occidentale du royaume, qui nous servirait de quartier générale afin de préparer l'assaut contre les brigands. Je ressentis un réel bonheur pendant le voyage, tandis que je chevauchais mon fidèle destrier, armé de mon épée Duranlibur et de ma brillante armure. Pour la première fois depuis la trêve avec la forêt interdite, je retrouvais la joie que j'éprouvais lorsque je partais en mission contre les terribles sorciers. Certes, je perçus bien que plusieurs de mes compagnons de route me traitaient avec une certaine défiance, mais Guillaume m'assura que le moment venu, ils découvriraient enfin le héros que j'étais.

Dès notre arrivée, Olivier nous réunit tous pour nous présenter son plan de campagne. Après une longue enquête, il avait fini par découvrir l'emplacement du repaire des brigands, et, après avoir étudié soigneusement le terrain, nous présenta son plan pour l'assaut. Nous devions agir en pleine nuit, en profitant du sommeil de nos ennemis. Notre stratégie consistait à encercler le repaire puis de lancer une attaque surprise. J'aurais bien souhaité intervenir afin de proposer des suggestions pour cette opération, mais Guillaume m'en dissuada, en utilisant comme argument ma méconnaissance du terrain. 

Dès le coucher du soleil, nous partîmes dans la grande forêt dans laquelle se cachaient les bandits. Nous n'avions pas emporté nos montures, et nous n'avions pris qu'un équipement fort léger, afin d'éviter autant que possible d'attirer l'attention. J'avais été ainsi contraint de me séparer de ma belle armure. Nous devions nous presser afin d'arriver près du repaire avant que la nuit ne fût complètement tombée. Olivier avait envoyé des éclaireurs au devant du gros des troupes et les avait chargés de surveiller la situation dans la cachette des brigands, afin de nous éviter de nous faire repérer prématurément. A leur retour, notre commandant divisa ses soldats en quatre groupes qui furent chacun chargés de couvrir une section de la forêt qui entourait le repaire, afin de pouvoir efficacement l'encercler. Guillaume et moi fûmes affectés à la section chargée du secteur ouest. Guidés par l'éclaireur, nous approchâmes progressivement de la cabane des bandits. Nous devions rester le plus discrets possible, au point que  nous dûmes terminer le trajet en rampant sur le sol. A notre arrivée le repaire était encore éclairé. Nous fûmes ainsi contraints d'attendre allongés sur le sol, sans bouger, jusqu'à ce que les bandits se décidâmes enfin à trouver le sommeil. Malgré l'inconfort évident de ma position, j'étais bien trop heureux d'être associé à cette attaque pour m'en plaindre. J'aurais même souhaité attaquer sur-le-champ les bandits, mais je savais qu'une telle initiative ferait du tort à mon ami Guillaume, aussi, je me résignai à attendre. Nous restâmes ainsi couchés sur l'herbe froide pendant des heures et, à mesure que le temps passait, l'excitation montait dans mon âme.  Enfin, la lumière finit par s'éteindre dans la cabane. Néanmoins, l'officier qui nous dirigeait nous donna comme instruction d'attendre encore une demi-heure avant de lancer l'attaque afin que nous soyons assurés que les brigands étaient tous endormis. Au terme de ce délai, nous nous levâmes enfin, et, profitant du clair de lune, nous approchâmes lentement du repaire. Enfin, nous reçûmes le signal de lancer l'attaque, et, dès que les éclaireurs allumèrent leurs torches, nous prîmes d'assaut la cabane. Plusieurs brigands, pris par surprise, furent neutralisés avant même d'avoir eu le temps de se réveiller. Néanmoins, d'autres avaient réussi à s'emparer de leurs armes, et tentèrent de répliquer à notre attaque. Ceux-ci se révélèrent souvent être de rudes adversaires. Mais, armé de ma fidèle Duranlibur, je me lançai à corps perdu dans le combat. Je réussis ainsi à tuer ou à blesser une demi-douzaine de brigands, tandis que d'autres semblaient fuir en me voyant. Mes camarades, et en particulier le commandant Guillaume, combattirent avec tout autant de bravoure, et, au bout d'une demi-heure, l'assaut avait été achevé avec succès. La moitié des brigands avaient été tués, y compris leur chef, tandis que nous ramenions les survivants solidement enchaînés vers la forteresse où ils furent enfermés dans de sombres cachots. Olivier nous félicita tous pour cette opération brillamment menée. Même si je n'avais participé à cet assaut qu'en tant que soldat, et non comme commandant je ressentais une immense joie. En effet, pour la première fois depuis la trêve avec la forêt interdite, j'avais pu combattre afin de protéger les sujets de mon roi, et je recevais enfin les éloges dignes du héros que j'étais. Cela dit, je devais admettre que tous mes camarades, et notamment mon ami Guillaume, méritaient ce titre autant que moi, car ils ne s'étaient pas battus avec moins de bravoure. Mais je n'en pris pas ombrage, car un héros ne peut que se féliciter d'être aussi bien entouré.

(Guillaume est le narrateur)

Quelle belle revanche pour Roland! Même si j'avais été contraint de strictement l'encadrer, afin d'éviter qu'il ne fasse rater l'opération par maladresse, il avait pu enfin montrer sa valeur. Je voyais bien que sa réputation de héros n'était pas usurpée. Il s'était battu avec la fureur d'un lion, au point de susciter la terreur chez les brigands. Même si je dois admettre que dans son regard semblait transparaître une folie qui m'effrayait moi-même aussi quelque peu. Mais je ne regrettais pas de l'avoir emmené avec moi, d'autant qu'il est venu à plusieurs reprises à mon secours lors du combat. Nous avions tous contribué à mettre ces bandits hors d'état de nuire, et j'étais tout aussi fier que mon camarade.

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