les exploits heroïques du preux chevalier Roland : partie 30

 30) Chant 4 : un chevalier en mal d'exploits : les difficultés d'une reconversion

Au cours des semaines qui suivirent, je continuai d'assister le lieutenant Guillaume dans sa formation des futurs gardes royaux. Au début, ce travail, bien qu'il s'avérât épuisant, ne me déplut pas. J'appréciais de pouvoir transmettre mes compétences guerrières à  la prochaine génération sur laquelle pèserait la lourde responsabilité de protéger notre royaume contre ses ennemis. De plus, j'éprouvais de la sympathie pour mes jeunes élèves et ce sentiment paraissait réciproque, car bien d'entre eux venaient spontanément vers moi pour travailler leur technique de combat, alors que je n'étais pas moins exigeant que Guillaume. Mes rapports avec le lieutenant étaient tout aussi excellents, car il se révéla un grand soutien lorsque j'éprouvais des difficultés à accomplir ma tâche. Nous n'avions qu'un motif de discorde: nos élèves, sachant qu'ils étaient formés par le chevalier Roland, le grand héros du royaume, me demandaient souvent de leur raconter certaines de mes aventures. Or, bien que je fusse tout à fait disposé à la faire, Guillaume s'y opposait totalement. Il m'expliquait qu'il ne souhaitait pas que nos élèves ne soient distraits de leur travail par le récit de mes exploits, et qu'ils devaient autant possible oublier en moi le héros et voir l'enseignant. Même si l'intransigeance du lieutenant sur ce sujet ne manquait pas de me frustrer, il se comportait par ailleurs avec une telle bienveillance envers moi que je ne pouvais pas lui en tenir rigueur. Ainsi, à peine un mois après mon arrivée à la caserne, il me donna le grade de caporal instructeur, ce qui m'apportait officiellement une position d'autorité sur les recrues. En outre, je m'accommodais relativement aisément des rigueurs de la vie militaire, car elles s'accordaient bien avec la discipline que doit s'imposer un chevalier. Enfin,  j'avais le bonheur de recevoir de temps à autre la visite de la merveilleuse princesse Lisa qui venait prendre de mes nouvelles, et tant sa beauté que sa gentillesse constituaient un éternel enchantement pour moi. 

Mais, au bout de trois mois, je commençai à me lasser de ma situation. J'étais un chevalier, et à ce titre, ma vocation consistait à combattre l'ennemi sur le champ de bataille, et non à rester à l'arrière en tant que soutien. Je supportais de moins en moins de passer toutes mes journées et mes nuits dans cette caserne. Même si je n'avais pas perdu le plaisir d'enseigner, je ne souhaitais pas y consacrer toute ma vie. D'autant que je n'avais ni l'envie, ni la force d'assumer la pleine responsabilité de la formation des recrues, comme le lieutenant Guillaume. Je voulais aussi protéger plus directement les sujets de mon noble souverain, et pour cela, recevoir des missions qui me permettraient de sortir de la caserne. J'en discutai à plusieurs reprises au lieutenant qui finit par me promettre de transmettre ma requête à ses collègues officiers. Mais, au cours des jours qui suivirent cette promesse, je ne reçus aucune nouvelle, et quand je cherchais à en parler avec le lieutenant, je sentais qu'il voulait éluder le sujet. Enfin, à force d'insistance de ma part, il finit par m'avouer qu'il avait informé ses supérieurs de ma demande d'être affecté à l'extérieur, mais qu'il s'était heurté à un refus catégorique de leur part. Le seigneur Harold s'était révélé particulièrement intransigeant : "Hors de question que votre caporal Roland sorte d'ici : il est très bien là où il est" ; telles furent les propos qu'il tint à mon sujet. En entendant la réponse de Guillaume, j'eus l'impression que la foudre était directement tombée sur ma tête. Je n'aurais imaginé qu'un héros tel que moi puisse faire l'objet d'un tel mépris de la part des plus hauts serviteurs du royaume. A présent, je réalisai qu'ils avaient fait de cette caserne une prison dans laquelle ils voulaient me garder enfermé, et que le travail d'assistant que j'accomplissais auprès du lieutenant correspondait à une occupation pour me distraire de cette réalité. J'étais assommé, autant affligé que furieux. J'allai même jusqu'à accuser Guillaume d'être leur complice, mais celui-ci s'en défendit et m'assura que son affection pour moi était sincère. De plus, il s'était bien rendu compte que je souffrais de plus en plus de ma réclusion, et qu'il n'était pas dans son intérêt de perpétuer cette situation, car je ne pourrais alors dans ces conditions l'assister efficacement dans sa tâche. Et même si j'avais tendance à le croire, j'étais tellement outragé par cette injustice que je le quittai immédiatement et me retirai dans mes quartiers, dont je ne ressortis plus pour le reste de la journée. Le lendemain, je refusai d'assurer les cours, et si je finis par consentir à retrouver mes élèves le jour suivant, je n'adressai pas la parole au lieutenant, sauf pour le travail, pendant une semaine. Je réalisai bien que celui-ci était fort affligé de la détérioration de nos rapports, et je dois reconnaître que cette situation me faisait aussi de la peine. Néanmoins, je ne rompis mon silence que pour lui annoncer mon projet de rencontrer mon souverain, afin de me plaindre de la manière ignominieuse dont j'étais traité et de réclamer justice. Je ne pouvais accepter, alors que j'avais maintes fois risqué ma vie pour protéger ses sujets d'être enfermé tel un criminel, ou pire, un fou. Le lieutenant me répondit qu'il se proposait de m'accompagner afin de soutenir ma démarche, car il avait bien conscience de ma valeur. Profondément touché par cette initiative qui révélait l'affection sincère que me portait Guillaume, je me réconciliai avec lui.

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