Les exploits heroïques du preux chevalier Roland : partie 23
23) Chant 3 : trève entre le royaume de A... et la forêt interdite : entretien avec la princesse
(Lisa est la narratrice)
En ce moment, j'aurais bien besoin d'un preux chevalier pour venir à mon secours! Ce matin, alors que je me promenais tranquillement dans les bois sur ma fidèle jument Anna, j'ai été capturée par la terrifiante armée squelettique de la forêt interdite. Et à présent, me voilà enfermée dans un sinistre cachot, poignets et chevilles enchaînées, sous la garde d'un troll hideux. De plus, je sais que les sorciers de la forêt interdite ont un mystérieux projet à mon intention dont j'ignore encore tout. Que veulent-ils de moi?
Heureusement, mes ravisseurs ne sont pas si méchants. Connaissant mon goût pour la lecture, ils ont déposé dans ma cellule une demi-douzaine de livres, dont certains de mes ouvrages préférés. De plus, ayant conscience qu'un enlèvement peut se révéler fatiguant, ils m'ont apporté un savoureux repas, et me laissent un peu de temps pour me remettre de mes émotions. Comme j'étais un peu lasse, j'ai choisi de faire une bonne sieste.
Une heure et demie après mon arrivée au château, alors que je commençais à me réveiller, je vis Harald, mon fidèle gardien, ouvrir la porte de mon cachot. A ma grande surprise, il y déposa une magnifique robe bleue, ainsi que de beaux souliers. Je reconnus immédiatement ma tenue de princesse invitée. Pourtant, l'heure du souper était encore bien lointaine! Tandis qu'il me retirait mes fers, Harald s'adressa à moi:
"Princesse, j'espère que vous avez bien dormi.
- Oui, très bien, je te remercie Harald. Mais je dois admettre que je suis étonnée de te voir m'apporter ces beaux atours de si bonne heure.
- Votre Majesté, je ne fais qu'obéir à mes maîtres. Ils m'ont aussi ordonné de vous dire qu'ils souhaitaient que vous les rejoigniez dans la salle de réunion du château après que vous vous soyez changée. Ils vous y attendent avec madame Francine."
Je n'en revenais pas! J'étais conviée au conseil royal! Et je devinais à mon changement de tenue que je ne m'y rendais pas en tant que princesse captive. L'affaire était donc si sérieuse?
Harald se retira en laissant la porte de mon cachot grande ouverte. J'enfilai mes beaux vêtements, puis quittai ma cellule pour rejoindre la salle de réunion. Lorsque je frappai à la porte pour signaler mon arrivée ma curiosité était à son comble.
"Entre, Lisa" répondit la voix du seigneur Roderick
Je pénétrai alors dans la salle. J'y reconnus les quatre membres du conseil royal qui étaient installés en arc de cercle autour de la table : le mage, madame Francine, ainsi que Viviane et sa mère Gertrude. A leur invitation, je m'assis face à eux. Roderick prit alors la parole :
"Lisa, bienvenue au conseil royal. Tu es la première dignitaire étrangère à y être conviée et c'est un grand privilège pour nous de te recevoir.
- Oh c'est plutôt à moi de vous remercier de m'avoir invitée. Mais qu'est ce qui me vaut un tel honneur?
- Lisa, nous avons souhaité nous entretenir avec toi en tant que représentante du royaume de A..., répondit Viviane. En effet, nous avons un projet important à te communiquer. Après de longues années de guerre, nous désirons proposer officiellement une trêve à ton père, le roi.
- Une trêve? m'exclamai-je.
J'étais fort surprise, car tant les membres du conseil que moi-même connaissions le caractère factice de la "guerre" que menait la forêt interdite contre mon royaume.
- Oui, Lisa, confirma Roderick. Nous avons décidé à l'unanimité de cesser officiellement nos assauts contre les villages frontaliers. Et nous sollicitons ton aide afin de persuader ton père de consentir à nous rencontrer afin d'obtenir son accord pour une trève entre nos deux royaumes.
- Croyez bien que je ne peux que me réjouir d'une telle réconciliation. Mais quelle est sa nécessité réelle? Certes, au début, lorsque vous "attaquiez" notre royaume, mon père fut fort effrayé de voir des créatures aussi terrifiantes s'en prendre à ses sujets. J'ai même eu des difficultés à le persuader que le chevalier Roland était l'homme de la situation pour répondre à vos assauts, car il a bien conscience de sa folie. Mais, au fil du temps, il a compris que vous ne représentiez pas une menace sérieuse sur notre royaume. D'une part, à sa grande surprise, le chevalier sortait vainqueur de tous ses combats contre vos troupes, et surtout d'autre part, il a remarqué qu'il n'avait à déplorer aucun mort, ni même de blessé sérieux parmi ses sujets même après des années de guerre. Tout souverain rêverait d'avoir un ennemi tel que vous.
- Certes, Lisa, continua Gertrude, mais tu sais comme nous que l'unique but de nos attaques consiste à faire intervenir le chevalier Roland afin qu'il "sauve" tes sujets, pour leur plus grand plaisir, et, pendant un temps, du nôtre. Or, nous en avons assez de manipuler ce pauvre homme, en nous servant de lui tel un pantin. C'est pourquoi nous souhaitons une trêve avec ton père, afin de mettre fin à des jeux que nous jugeons bien trop cruels.
- Et même si au village, on avait bien du plaisir à nous amuser avec le chevalier, lorsque Viviane nous a dit que ce n'était pas bien d'agir ainsi et que nous devions arrêter, nous l'avons accepté, compléta Francine.
"Nous en arrivions enfin au vif du sujet" pensais-je, lorsque je compris le véritable motif de cette décision inattendue. Je ne pouvais que comprendre les sentiments de mes amis de la forêt interdite. J'avais moi-même un peu honte de manipuler ainsi ce brave Roland. Mais je le considérais comme un moindre mal, car je voyais à quel point ses exploits le rendaient heureux. Si les troupes de la forêt interdite n'avaient pas attaqué mon royaume comment aurait-il pu devenir le chevalier qu'il rêvait d'être?
- Donc, les combats héroïques du chevalier Roland contre les monstres de la forêt interdite seraient donc terminés?
- Oui, Lisa, confirma Roderick, et nous souhaitons utiliser comme prétexte officiel à notre trêve notre lassitude d'être constamment tenus en échec par le chevalier Roland. Ainsi celui-ci pourra la considérer comme sa grande victoire face à nous.
- Je comprends, déclarai-je. Mais je dois vous avouer que vos attaques constituaient le motif idéal pour permettre d'occuper le chevalier. Car, une fois la trêve signée, il nous faudra lui trouver de nouvelles tâches, et je crains qu'elles ne se révèlent pas aussi valorisantes pour lui.
- J'en conviens, Lisa, répondit Viviane mais Roland est votre sujet, ainsi que le vassal de ton père. Aussi, il est de votre responsabilité de le prendre en charge. Vous ne pouvez pas vous reposer constamment sur nous.
- Bien sûr, concédai-je. Mais n'est ce pas aussi cruel de le priver de l'opportunité de vivre son rêve de chevalier, même si ce n'est qu'une illusion?
- Pour que nous puissions poursuivre nos jeux avec lui sans ressentir de honte, il serait nécessaire qu'il y participe en connaissant la vérité, continua Roderick. Or je crains qu'il ne soit encore plus cruel de lui révéler que tous les combats qu'il a menés étaient factices, même si nous avons veillé autant que nous pouvions à les rendre aussi réalistes que possible. Nous ne pouvons maintenir cet homme dans une illusion, même si elle est lui est agréable. Notre trêve nous paraît le moyen le moins brutal de le ramener à la réalité.
- Je comprends. Roland va devoir découvrir comment un chevalier doit mener sa vie en l'absence d'ennemis à combattre. Puisque tel est votre désir, je consens à soutenir votre projet, d'autant que je ferai de mon mieux pour l'aider à trouver sa voie. Mais je m'interroge. Pourquoi ne pas signer un traité de paix avec mon père? Pourquoi seulement une trêve?
- Lisa, tu sais que nous souhaitons plus que tout protéger notre royaume et ses sujets, répondis Gertrude. Or, pour cela, nous préférons que la forêt interdite soit considéré comme un territoire hostile, afin de dissuader autant que possible des étrangers d'y entrer, afin que seules des personnes ayant acquis notre confiance, telles que toi, entrent en contact avec nos sujets. De plus, nous savons que nos pouvoirs magiques et les puissantes créatures qui vivent dans notre contrée pourraient susciter la convoitise de souverains qui pourraient chercher une alliance avec nous afin que nous l'aidions à assouvir des ambitions que nous ne cautionnons pas.
- En effet, approuvai-je. Mais comment allez vous communiquer votre projet de trêve à mon père?
- De la même manière que nous l'informions de nos attaques, répondit Viviane : par un message magique que nous lui transmettrons par l'intermédiaire d'un des habitants d'un village que nous avons "attaqué" par le passé.
- Et vous souhaitez que je le persuade d'accepter votre offre, n'est ce pas? Sachez que vous pouvez compter sur moi.
- Merci du fond du coeur, Lisa, déclara Roderick. Nous sommes heureux et reconnaissants d'avoir une amie aussi fidèle et loyale que toi.
- Une amie que vous gardez enfermée dans un cachot, plaisantai-je. D'ailleurs, à ce propos, si l'entretien officiel avec la représentante du royaume de A... est terminé, il est peut être temps que je redevienne la princesse captive de la forêt interdite?
- Oui, après cette réunion au cours de laquelle nous avons abordé des sujets aussi graves, tu as bien mérité de te détendre, approuva Viviane. J'ai fait apporter ta robe de prisonnière dans mon bureau; tu pourras t'y changer tranquillement.
- Merci Viviane. A présent, permettez moi de me retirer, je vous prie.
- Nous te l'accordons, approuva Roderick. De toute façon, je déclare aussi la fin du conseil.
Je quittai la salle de réunion afin de rejoindre le bureau de Viviane dans lequel je revêtis à nouveau ma tenue de captive. A ma sortie, le mage et la sorcière m'attendaient en compagnie d'une demi-douzaine de soldats squelettes.
"Gardes, déclara Roderick, il est temps que la prisonnière soit livrée au dragon"
Tandis que Jacques et ses hommes m'enchaînaient, Viviane me glissa avec un grand sourire:
"Amuse toi bien, Lisa."
Après lui avoir souri à mon tour, je me laissai emmener par les gardes, impatiente de retrouver mon ami Zogshu.
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