Les exploits heroïques du preux chevalier Roland : partie 22

22) Chant 2 : le sauvetage de l’innocente bergère des griffes du cruel dragon: la victoire du héros

(Roland est le narrateur)

Cela faisait près d’une heure que je résistais aux assauts du dragon sans pour autant parvenir à prendre l’avantage. La bataille était rude et je commençais à ressentir la fatigue. Il me fallait absolument l’emporter au plus vite avant de céder à l’épuisement. Soudain, l’occasion que je guettais depuis plusieurs minutes se présenta enfin. Pendant quelques instants, le monstre laissa son ventre à découvert. Je courus alors vers lui et lui enfonça de toutes mes forces mon épée le plus profond possible dans sa chair, en direction du coeur. Aussitôt, le dragon poussa un terrible hurlement de douleur, tandis qu’un sang noir s’écoulait de sa plaie. Il s’effondra alors au sol, tandis que je m’éloignais au plus vite afin d’éviter un ultime coup de queue ou de patte que l’horrible créature aurait pu m’envoyer afin de m’entraîner avec lui dans la mort. Après quelques derniers tressaillements, le monstre s’immobilisa. Soudain, je vis son corps s’enflammer dans un immense brasier. Je devinai bien que le feu que le dragon avait formé avant de périr, au lieu de m’atteindre brûlait de l’intérieur le cadavre de son créateur. Quel destin ironique pour ce monstre!
En voyant son ignoble serviteur terrassé, le sorcier s’exclama d’une voix dans laquelle la rage se mêlait à la stupeur :
« Impossible! Drakenfer vaincu par un simple mortel? Sois maudit, misérable chevalier. Comment une vermine telle que toi a pu venir à bout du monstre le plus puissant que l’enfer ait jamais crée?
- Immonde sorcier, comment as tu pu croire un instant qu’une créature aussi maléfique puisse gagner contre un guerrier au service de la justice? Sa défaite était inévitable, car le Bien l’emporte toujours. A présent, c’est à ton tour de me faire face, et je pourrai enfin mettre fin à tes méfaits. »
Le mage noir, conscient qu’il n’avait aucune chance de remporter le combat contre moi, s’enfuit sans demander son reste, tout en m’envoyant quelques ultimes imprécations :
« Profites bien de ta victoire, chevalier Roland, car la prochaine fois, je gagnerai, m’entends tu? Et je donnerai ton cadavre en pâture aux monstres de mon château. Ne l’oublie pas! »
A présent, le dragon s’était complètement consumé. Il n’en restait plus que la peau, telle une enveloppe vidée de son contenu. J’en tranchai alors la tête que je garderai comme trophée en souvenir de ce mémorable combat. Ensuite, je gravis la paroi rocheuse afin de délivrer la jeune Madelon.

(Madelon est la narratrice)

Quel magnifique combat! Pendant près d’une heure, les deux adversaires s’étaient battus avec acharnement sans parvenir à prendre l’avantage l’un sur l’autre. Soudain, profitant d’une ouverture, le chevalier Roland parvint à pourfendre le double de mon cher Zogshu. Ce dernier attendait cet instant afin de se délester enfin de sa mue. Les mouvements qu’il exécuta pour se débarrasser de sa peau morte imitèrent à merveille les tressaillements de l’agonie. Lorsqu’il fut enfin délivré de son fardeau, le dragon prit son envol et s’éloigna du champ de bataille tandis que son double se « consumait », comme me l’avait décrit le seigneur Roderick lorsqu’il m’avait expliqué tous les détails du sortilège protecteur de mon ami. Bientôt, la mue de Zogshu redevint visible, tandis que le mage s’enfuyait à son tour. C’est alors que le chevalier Roland accourut vers moi et, de son épée aiguisée, trancha mes liens. J’étais si émue! Le valeureux héros m’avait délivrée! A peine avais-je été détachée de mon arbre que je me jetai dans les bras de mon libérateur :
« Merci, oh, merci, courageux chevalier! Comment pourrais-je vous remercier de m’avoir sauvé la vie? Sans vous, j’aurais été certainement dévorée par cet horrible monstre!
- Ne vous inquiétez pas, demoiselle Madelon, ce dragon ne pourra plus jamais vous faire de mal. Maintenant que je suis là, vous n’avez plus rien à craindre. A présent, je vais vous ramener chez vous!
- Comment pourrais-je avoir peur en compagnie d’un héros tel que vous? Mais partons tout de suite, je ne peux supporter de rester plus longtemps ici. Ma famille doit être tellement inquiète! Peut être me croit on morte au village!
- Vous avez raison, ne nous attardons pas. Vos proches doivent savoir au plus vite que vous êtes saine et sauve.
- Et tout cela grâce à vous! »
J’arrivais sans peine à faire passer la gratitude que j’éprouvais pour le merveilleux moment que j’avais vécu pour celle qu’une demoiselle en détresse ressent pour le héros qui lui a sauvé la vie. D’autant que j’avais fini par réellement vivre mon rôle de bergère prisonnière des monstres grâce à la remarquable mise en scène de mes amis de la forêt interdite.
Quelques instants plus tard, je retrouvai mon père, qui nous avait rejoint dès qu’il avait réalisé que la bataille était terminée. Il me prit dans ses bras, et remercia à son tour le chevalier Roland pour m’avoir sauvée.
« Brave homme répondit ce dernier, je n’ai fait que mon devoir »
Le héros nous fit monter devant sur son magnifique cheval, et nous prîmes ensemble le chemin qui menait vers mon village. Alors que nous avancions, je levai un instant les yeux au ciel et vis mon cher Zogshu qui volait dans les airs avec le seigneur Roderick assis sur son dos. Tous deux m’adressèrent un salut amical, avant de s’éloigner dans la direction opposée à la nôtre. Lorsque je tournai mon regard vers le chevalier, je constatai sans peine à quel point il était heureux et fier de son remarquable exploit, même s’il s’en défendait. En voyant le bonheur qui se lisait sur son visage, je réalisai à quel point les efforts que tous avaient fournis pour réaliser mon rêve en avaient valu la peine, car je n’étais pas la seule à en profiter. Même si au plus profond de moi même, je savais que la morale nous imposait de cesser de manipuler ce brave homme pour notre plaisir, je me réjouissais de lui avoir offert une si belle conclusion à sa carrière de héros.

(Roland est le narrateur)

La matinée n’était pas encore achevée lorsque je fus de retour au village en compagnie de Madelon et de son père. A notre arrivée, tous les habitants me firent fête, heureux de retrouver la jeune bergère saine et sauve. Ils insistèrent pour me convier à un banquet en mon honneur. Comme souvent, j’étais toujours un peu embarrassé par de telles festivités, mais je n’avais pas le coeur de refuser, car cela aurait fait de la peine à ces braves gens. En voyant les délicieuses victuailles sur la table, je devinai que mes hôtes m’offraient les plats qu’ils réservaient pour les grandes occasions. Aussi, je ne pris qu’une faible portion des mets les plus savoureux, afin que tous puissent en profiter. Néanmoins, la fête se révéla fort agréable. J’étais heureux de voir les villageois s’amuser et exprimer avec autant de ferveur leur joie, car cela représentait la plus belle récompense que je pouvais recevoir pour toutes les peines que j’avais endurées. Tel est en effet l’authentique salaire du chevalier. Les festivités se poursuivirent pendant plusieurs heures avant que je prenne enfin congé de mes hôtes afin de regagner le palais de mon roi. Mon devoir était en effet accompli.  

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