Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 21
21) Chant 2 : le combat épique du preux chevalier contre l’abominable dragon
(Roland est le narrateur)
Le lendemain, dès l’aube, je quittai le village en compagnie du père de Madelon afin de rejoindre le lieu du sinistre rendez vous. Grâce aux indications du malheureux berger, je parvins aisément à trouver mon chemin, et, à peine une demi-heure après notre départ, nous arrivâmes en vue de la grotte fatidique. J’ordonnai alors à mon compagnon de descendre de cheval et de ne pas s’approcher davantage, car je ne voulais pas qu’il devienne à son tour la victime des ignobles monstres que j’allais bientôt combattre. Après quelques protestations initiales, que je pouvais comprendre, car je devinai qu’il voulait savoir plus que tout voir sa fille et la réconforter, le brave homme consentit à suivre mes instructions. Alors que je m’avançais vers l’entrée de la grotte, j’entendis soudain une voix féminine qui criait d’un ton suppliant :
« Au secours! A l’aide! Par pitié, y aura-t-il quelqu’un pour me sauver?»
Je levai alors la tête. Au dessus de l’entrée de la grotte, je vis une ravissante jeune fille aux cheveux bruns qui était solidement attachée à un arbre. Voici donc la manière dont ces monstres traitaient la pauvre Madelon! Tout en appelant en secours, la malheureuse tentait désespérément de se libérer, mais en vain. Je parlai alors d’un voix forte et assurée :
« Jeune demoiselle, sachez que vous n’avez plus rien à craindre. Moi, le chevalier Roland, je suis venu pour vous délivrer, et croyez bien que rien ni personne ne m’en empêchera.
- Est-ce donc vrai? répliqua Madelon. Mes prières auraient enfin été entendues? Venez vite, je vous en supplie, j’ai tellement peur. »
Mais alors que je m’avançais vers la paroi rocheuse, je vis soudain sortir de la grotte la créature la plus abominable que j’avais jamais vue de ma vie. Ce monstre mesurait près de dix mètres de long. Son corps était entièrement couvert d’écailles vertes, de vastes ailes semblables à celles des chauves souris se déployaient au dessus de son dos. Son corps volumineux était prolongé par une queue massive, et chacune de ses pattes se terminait par des griffes acérées. Dès qu’il m’aperçut, le dragon tendit son cou dans ma direction et bientôt son horrible tête fit face à la mienne. Le monstre m’observa de ses yeux perçants emplis de malice et poussa un sifflement aigu, en révélant ses crocs pointus et sa langue fourchue. Je dois admettre que l’aspect du monstre ne manqua pas de m’impressionner. Malgré moi, je sentis la peur monter dans mon âme. Mais la vie d’une jeune femme innocente était en jeu et je ne pouvais me permettre de reculer. D’autant que j’entendis alors une voix que je ne connaissais que trop bien qui s’adressait à moi d’un ton plein de moquerie et d’arrogance :
« Pas si vite, chevalier Roland. En voulant délivrer cette jeune fille, tu es tombé dans mon piège. A présent tu dois faire face à mon plus puissant serviteur, le terrible Drakenfer, qui ne manquera pas de te mettre en pièces pour mon plus grand plaisir. Et quand je serai enfin débarrassé de toi, il pourra déguster cette jolie bergère comme récompense. »
Je vis alors l’abominable sorcier Roderick au sommet de la paroi rocheuse qui proférait ces immondes paroles en m’adressant un sourire mauvais. Par pure cruauté, il avait choisi de se placer près de la pauvre jeune fille afin qu’elle puisse connaître l’horrible sort qu’il lui réservait. Mais son ignominie ne parvint qu’à renforcer ma détermination et à raviver mon courage. Je lui répondis d’une voix pleine de colère:
« Tu te trompes, sorcier. Tu croyais m’effrayer, mais, comme d’habitude, tu oublies que ceux qui combattent au nom de la justice ne reculent jamais devant le danger pour sauver des vies innocentes. Je saurai bien terrasser ce monstre avant qu’il ne pose une seule griffe sur cette malheureuse jeune fille. Le Mal ne triomphera jamais face au Bien.
- C’est ce que nous verrons chevalier. Allez, Drakenfer, tue-le sur le champ »
Et je vis alors le monstre ouvrir à nouveau sa gueule. Instinctivement , je me protégeai de mon bouclier tandis que le dragon m’envoyait un jet de flammes. J’engageai alors un combat sans merci avec l’horrible bête. Celle-ci m’attaquait sans relâche, tentant de me déchirer de ses crocs et de ses griffes, lançant sa queue massive dans sa direction afin de m’assommer. Mais je parvenais à esquiver ses attaques sans subir de sérieuses blessures, tandis que je lui lançais des coups d’épée en direction de sa tête ou de son ventre. A plusieurs reprises, je parvins même à blesser le monstre, qui continuait néanmoins le combat. Je menais en ce moment la bataille la plus difficile de ma vie. Mais ma motivation était plus vive que jamais, d’autant que j’entendais les encouragements que la jeune Madelon m’envoyait depuis l’arbre auquel elle était liée :
« Allez y, brave chevalier. Je sais que vous arriverez à me délivrer. Ce monstre n’a aucune chance face à vous »
Cette demoiselle comptait sur moi et je ne pouvais me permettre de la décevoir. Aussi, je continuai à me jeter à coeur perdu dans le combat.
(Madelon est la narratrice)
C’était aujourd’hui le grand jour. Le soleil n’était pas encore levé lorsque le seigneur Roderick, Zogshu et moi arrivâmes devant la grotte. Le sorcier me conduisit à un arbre situé au dessus de l’entrée de la caverne et m’y attacha avec des cordes. Notre projet initial consistait à m’enchaîner à un rocher mais, tant pour mon confort que pour épargner du matériel précieux, nous avions fini par choisir cette option. Roderick lança ensuite le sortilège protecteur sur Zogshu. Le mage avait imaginé de créer une copie du dragon. Celle-ci ressemblait à s’y méprendre à Zogshu à l’exception de sa couleur, qui était verte et non rouge. Non seulement, ce double imitait les faits et gestes de mon ami, mais en plus, il lui servait de bouclier protecteur, bloquant toutes les armes qui pourraient le toucher. Enfin, il permettait à Zogshu de devenir invisible. Je comprenais facilement pourquoi ce sortilège avait demandé tant de temps et d’efforts pour sa mise au point; réussir tous ces charmes en même temps devait être fort difficile. Le sorcier lança aussi un sort sur moi afin de me permettre de voir mon ami dragon, ce qui me permettait d’observer le combat tel qu’il se passerait réellement.
A présent, nous étions fins prêts. Il ne nous restait plus qu’à attendre l’arrivée du chevalier. Attachée à mon arbre, je criais au secours, me plaignais sur mon sort, jouant du mieux que je pouvais mon rôle de demoiselle en détresse. Je dois admettre que je m’amusais beaucoup. Et une demi-heure après le lever du jour, le héros arriva, monté sur son beau cheval, vêtu de son armure étincelante. Je dois admettre que cet homme ne manquait pas de charme. Mais je fus surtout charmée par la profonde authenticité de ses sentiments. Même si ses paroles étaient parfois un peu ridicules, son dévouement envers moi et son désir de me sauver étaient sincères. Cela dit, je dus me retenir pour ne pas éclater de rire lorsque Roderick fit son numéro de méchant sorcier. Lui aussi semblait bien s’amuser. Le nom qu'il avait choisi pour "Zogshu" me plaisait aussi: il était bien adapté pour un tel affrontement. Par contre, je dois admettre que je ressentais une certaine appréhension lorsque le combat commença. Est ce que le sort protègerait bien Zogshu? N’y avait-il pas un risque d’accident? Sans compter que je savais que mon ami était assez fatigué. Sa mue était pratiquement terminée, mais il avait passé toute la semaine précédente à se reposer. De plus, son ancienne peau le gênait dans ses mouvements surtout qu’il devait la garder pendant tout le combat. Heureusement, le sortilège marcha comme prévu. Le chevalier combattait avec bravoure le double de Zogshu. Si son épée parvint à atteindre à plusieurs reprises le dragon vert, elle ne s’approchait jamais de mon ami, ce qui me rassurait. Ainsi, je pouvais encourager sans crainte le héros qui était venu me sauver. D’ailleurs, Zogshu faisait de mon mieux pour offrir au chevalier un beau combat, tout en veillant à éviter de le blesser sérieusement. Et au vu des qualités guerrières du seigneur Roland, cela lui demandait beaucoup d’efforts. En tout cas l'affrontement du chevalier et du dragon se révélait un spectacle impressionnant, que j'avais beaucoup de plaisir à admirer.
J’étais si heureuse. Je vivais pleinement mon rêve. Tout se passait exactement comme je l’avais espéré. Le seigneur Roderick et Zogshu donnaient vraiment le meilleur d’eux-mêmes pour jouer les méchants, tout en prenant bien soin de moi. Quant au chevalier Roland, j’étais tellement touchée de le voir se battre avec autant de dévouement pour me sauver, d’autant qu’il ignorait que le combat était faux. Je me devais de lui exprimer la même gratitude que j’aurais eue envers lui s’il m’avait réellement délivrée des monstres. Il était vraiment le héros qui me faisait rêver lorsque j’étais enfant. Quelle demoiselle ne voudrait pas se retrouver en détresse pour le plaisir d’être sauvée par lui?
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