Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 18
18) Chant 2 : le sauvetage de l’innocente bergère des griffes du cruel dragon : un jeu impossible?
Depuis cette deuxième rencontre, je pris l'habitude de retrouver Zogshu une fois par mois dans la clairière. Il ne venait que rarement seul. Pierrot l'accompagnait à presque chaque visite, et il amenait le plus souvent avec lui d'autres habitants de la forêt interdite avec lesquels je fis connaissance. Ainsi je fis la rencontre de Jacques, son officier, ainsi qu'avec d'autres gardes squelettes. Une fois, il amena même Francine, la cheffe de l'unique village de la forêt interdite, qui était aussi une louve-garou. A cet occasion, j'eus la surprise d'apprendre qu'une de mes amies d'enfance, qui était partie il y a bien des années, s'était mariée avec un cousin du forgeron de son village. Mais la plus charmante des rencontres fut celle avec Lucia et Phoebé, les fées lumineuses, des créatures aussi adorables que gracieuses, dont je découvris qu'elles étaient aussi de grandes amies de la princesse.
Au début, ma principale activité avec Zogshu consistait à le caresser. Par la suite, après avoir reçu l'accord de mon ami dragon, Pierrot m'apprit à monter sur son dos. Ainsi, je découvris avec émerveillement les promenades dans les airs. Quel enchantement de s'envoler tel un oiseau! Même si nous ne nous éloignions pas trop de la clairière, j'eus ainsi l'occasion de découvrir des montagnes, des forêts et mêmes des lacs du pays de mes nouveaux amis.
Mais je pensais souvent à ce chevalier Roland. Même si je savais qu’il était fou, je ne pouvais m’empêcher d’être touchée par cet homme qui voulait devenir le héros des contes qui, moi aussi, m’avaient fait rêver pendant mon enfance. Et après avoir écouté les récits de mes amis, j’avais très envie d’être sauvée des terribles monstres par un beau et courageux chevalier. J’en avais parlé à Zogshu, et à ma grande surprise, il m’avait fait comprendre qu’il serait ravi de jouer le rôle du méchant dragon qui menace la pauvre demoiselle en détresse. De plus, j’étais sûre que cet homme serait très heureux de combattre le dragon pour venir au secours d’une jeune bergère comme moi. Quel plus bel exploit pour un chevalier? Malheureusement, nous savions Zogshu et moi, que ce rêve était impossible. D’abord, pour que le héros vienne à mon secours, il faudrait qu’il sache que je suis en danger. Et pour cela, il faudrait que le dragon m’attaque en présence d’habitants de mon village. Or, je n’avais osé parlé à personne de mes nouveaux amis de la forêt interdite, sauf à ma mère. Dans ces conditions, l’apparition du dragon provoquerait une terrible panique avec le risque que des gens et des brebis puissent être blessés, ou peut être même tués. Sans compter que je savais que ma famille, mes amis, et les villageois seraient angoissés de me savoir entre les mains d’un monstre aussi terrifiant et s’inquiéteraient pour moi. Et tout cela pourquoi? Pour un jeu? Non, je ne pouvais pas faire une telle chose à des gens qui m’aimaient bien. Ce serait impardonnable de ma part. Sans compter qu’il y avait un autre problème : comment faire pour que le chevalier puisse vaincre le dragon sans que mon brave Zogshu ne soit blessé? Même si je le regrettais, je savais que je ne pourrais jamais être sauvée par le courageux chevalier. Mais je ne pouvais m’empêcher de ressentir un profonde frustration et, un jour que le seigneur Roderick avait accompagné Zogshu lors d’une de ses visites, je me décidai à lui en parler.
« Madelon, me dit-il, je comprends très bien ce que tu ressens, et tu décris avec une grande lucidité les difficultés qui se poseraient si tu voulais réaliser ton rêve. Mais ton projet n’est pas aussi irréalisable que tu ne le penses. D’abord, parce que, contrairement à ce que tu crois, ta mère n’est pas la seule à connaître ton secret. N’oublie pas que tu habites près de la frontière avec mon royaume. Aussi, Viviane et moi sommes amenés à maintenir un contact régulier avec le conseil de ton village afin de les assurer de nos intentions pacifiques. Oh, ces rencontres restent rares : nous ne sommes conviés qu’une fois par an tout au plus. Néanmoins, lorsque j’ai compris que tu allais entretenir des relations régulières avec mes sujets, je me devais d’en informer les membres du conseil, qui connaissent donc ton secret. Aussi, si tu avais envie de réaliser ton rêve d’être sauvée par le chevalier Roland, je pense que je pourrais les persuader de participer à ce projet. Je pourrais mettre en avant qu’un tel évènement pourrait rompre la monotonie de la vie quotidienne en amenant un peu d’animation, et pourrait aussi attirer l’attention sur le village. De plus, l’organisation ne présenterait pas tant de difficultés que tu ne le crois. Le principal danger, comme tu l’as fort judicieusement observé est lié au risque de panique. Or, si le conseil veille à informer les villageois de l’ »attaque » du dragon, ils pourraient se préparer en avance. Les animaux seraient mis à l’abri, et la fuite face au terrible monstre serait soigneusement mise en scène afin d’éviter tout risque de blessure. Quant à la question du combat contre le dragon, je travaillais déjà sur ce problème avant de te connaître car Zogshu a lui aussi très envie de jouer avec le chevalier. Je suis en train de préparer un sortilège qui pourrait protéger mon ami tout en lui permettant d’affronter son adversaire et je te tiendrai au courant quand il sera mis au point. Néanmoins, avant toute démarche de ma part, je pose une condition importante : tu dois d’abord révéler ton secret à tous les membres de ta famille, car il est préférable qu’il l’apprennent par toi plutôt que par le conseil. »
Je n’arrivais pas à y croire! Mon rêve que je croyais impossible était finalement réalisable! Peut être pas encore tout de suite, mais je pouvais garder un espoir. De plus, à présent que je savais que ma mère et moi n’étions pas les seules à connaître mon secret, il me paraissait bien plus facile d’en parler au reste de ma famille, comme l’exigeait le seigneur Roderick et cela, même avant que son sortilège ne soit prêt.
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