Ls exploits heroïques du preux chevalier Roland : partie 15
15) Chant 2 : le sauvetage de l’innocente bergère des griffes du cruel dragon : la terrifiante confrontation
Dès qu’il réalisa ma présence, l’homme vêtu de noir s’avança vers moi. J’étais bien trop effrayée pour faire le moindre mouvement. L’homme percevant ma peur, tenta de me rassurer en me souriant, mais cette tentative se révéla vaine. Lorsque nous ne fûmes plus qu’à un pas l’un de l’autre, il s’adressa à moi d’une voix fort affable :
« Bonjour madame. Je devine à vos habits que vous êtes bergère. Seriez vous la propriétaire de cette brebis? »
Je restai pendant quelques instants muette, n’osant proférer le moindre mot. Enfin, je pris mon courage à deux mains et lui répondis :
« Ou … oui, monsieur. C’est bien elle. Je m’étais mise à sa recherche dès que j’ai constaté son absence. Mais .. mais comment se fait il que je la retrouve ici? Qui êtes vous, et comment se fait il que vous ayez des compagnons aussi … spéciaux?
- Oh, pardonnez moi, madame, j’aurais dû d’abord me présenter. Je m’appelle Roderick, et je suis le souverain du royaume voisin du vôtre. Cette forêt fait partie de mon domaine. »
Je ne parvenais pas à y croire! Je venais de rencontrer le roi de la forêt interdite? D’un autre côté, quel autre homme pouvait s’entourer sans crainte de telles créatures? Ne voulant pas offenser un tel personnage, je me présentai à mon tour :
« En.. Enchanté, Votre Majesté. Je m’appelle Madeleine.
- Mes hommages, madame, répliqua le seigneur Roderick. Veuillez me suivre, afin que je vous présente à mes compagnons. »
Malgré ma peur, je n’osai refuser d’obéir à cet homme, d’autant qu’il se comportait avec moi avec une extrême politesse.
« Voici mon fidèle ami Zogshu me dit il me désignant le dragon »
Je ne pus m’empêcher d’exprimer ma surprise, en découvrant que cette terrifiante créature portait ce nom fort… étrange. Lisant dans mes pensées, le seigneur Roderick ajouta:
« Oui, je sais, mais c’est lui qui a choisi ce nom. Zogshu ne parle pas le langage humain mais il le comprend très bien. Il appréciera beaucoup si vous vous adressez à lui directement. »
Je dus mobiliser toute mes forces pour tourner mes yeux vers ceux de cette créature. Quelques instants plus tard, je parvins à prononcer d’une voix faible ces mots:
« Bonjour, messire Zogshu. Je m’appelle Madeleine, et je suis heureuse de faire votre connaissance »
Je vis alors la formidable bête incliner la tête vers moi, comme pour me saluer. J’imaginai que ce geste constituait un acte de politesse de la part du dragon. Peu après le squelette s’approcha à son tour, ma brebis à ses côtés.
« Bonjour madame Madeleine. Je me nomme Pierre, et je fais partie de la garde du seigneur Roderick. Mais tout le monde m’appelle Pierrot. »
Malgré ma peur, je ne puis m’empêcher de sourire, car un de mes amis au village s’appelait aussi Pierrot. De plus, j’étais touchée par la tendresse qu’il semblait témoigner envers ma brebis. Je percevais chez ce garde squelettique une belle âme derrière sa terrifiante apparence. Quelques instants plus tard, il me rendit ma brebis.
« Je vous remercie beaucoup, monsieur Pierrot.
- Oh, appelez moi simplement Pierrot, madame Madeleine répondit le squelette.
- D’accord, mais dans ce cas, sachez que tous mes amis m’appellent Madelon, et non madame Madeleine.
- Compris … Madelon.»
Malgré moi, je fus quelque peu amusée par la réplique de Pierrot. Notre volonté commune d’être appelés par nos diminutifs ne manqua pas de me rapprocher de lui. A présent, mes peurs s’étaient presque complètement dissipées, et la curiosité s’insinua dans mon esprit. Je me tournai vers le roi:
« Majesté, ne voyez dans ma question aucun offense de ma part, mais pour quelle raison êtes vous venu dans une zone aussi reculée de votre royaume, si près de mon village? De plus, comment ma brebis s’est retrouvée à vos côtés?
- Madelon, croyez bien que je comprends votre curiosité et je vous dois en effet quelques explications. En ce qui concerne ma présence en ces lieux, vous la devez à Zogshu. En effet, sachez qu’il aime beaucoup se promener dans les montagnes de mon royaume, mais qu’il ne peut en profiter pleinement s’il part seul. Or, je suis l’un de ses meilleurs amis, aussi il est tout naturel que j’ai accepté de l’accompagner, d’autant que cela me permet pendant un moment d’oublier mes lourdes responsabilités. Pierrot s’est porté volontaire pour me servir d’escorte, et cela d’autant que cela lui permet de passer du temps avec Zogshu. Aujourd’hui, notre périple nous a conduit près de la frontière de votre royaume. Afin d’éviter de susciter la terreur, nous gardions volontairement nos distances dans les airs et nous profitions autant que possible du couvert des forêts. Nous prenions un peu de repos dans cette clairière avant de retourner au château lorsque soudain nous vîmes une brebis qui courait en tous sens, semblant prise de panique. De toute évidence le pauvre animal s’était égaré. Conscient du danger qu’elle courait, je priai Zogshu de l’attraper afin de me l’amener, car nous devinions qu’elle ne pourrait survivre dans la forêt sauvage et qu’elle devait être restituée à son propriétaire. En quelques instants, mon ami avait pris son envol et saisi dans ses pattes votre brebis. Mais vous devinez aisément que ce malheureux animal était plus paniqué que jamais, car, malheureusement, l’apparence de Zogshu n’est guère rassurante. Je me félicitai que Pierrot soit venu avec nous car je connaissais son immense talent pour mettre à l’aise les animaux. Ainsi, il sut trouver les bons gestes pour rassurer la pauvre bête, qui, rapidement, cessa de s’agiter et se blottit dans ses bras. A présent que la brebis s’était calmée se posait la question de retrouver son propriétaire pour la lui restituer. Je savais que seul Pierrot pouvait se charger de cette tâche, car l’animal n’osait s’éloigner de lui. J’étais en train de préparer un charme pour lui donner une apparence humaine, afin de lui permettre de se rendre dans les villages au delà de la frontière lorsque vous êtes arrivée et que vous nous avez épargné cette quête quelque peu ardue.
- Votre Majesté, je tiens à vous remercier d’avoir sauvé ma brebis.
- C’est surtout à Zogshu et à Pierrot que vous devez exprimer votre reconnaissance, car je n’aurais rien pu faire sans eux. »
Je me tournai vers le garde squelette :
« Merci beaucoup, Pierrot
- Je vous en prie, Madelon », me répondit-il d’une voix aimable.
Je savais que je devais aussi exprimer ma gratitude envers le dragon, mais je restais encore un peu intimidée par lui. Le seigneur Roderick, qui avait anticipé mon appréhension, me proposa de m’accompagner vers l’immense créature. Prenant mon courage à deux mains, je regardai la formidable créature dans les yeux, et lui dit d’une voix aimable :
« Zogshu, je tiens à vous remercier d’avoir secouru ma brebis. »
C’est alors que le roi me prit un instant à part
« Vous savez, si vous voulez exprimer votre reconnaissance envers mon ami dragon, il existe un moyen qui touchera bien plus son coeur que de simples paroles.
- Ah? m’étonnai-je. Et que puis- je donc faire qui lui plairait tant?
- Zogshu adore les caresses. Alors, si vous consentiez à lui en donner, cela lui ferait très plaisir. »
Pendant un instant, je fus épouvantée par une telle suggestion. Moi, toucher une telle créature? Mais depuis ma rencontre avec ces étranges personnages, j’avais compris que derrière une terrifiante apparence pouvait se cacher un coeur bon et sensible. Ce dragon aurait pu dévorer ma brebis, mais au lieu de cela, il avait choisi de la sauver. Je ne pouvais continuer à considérer cet animal comme un monstre. Alors, non sans quelque appréhension, j’approchai ma main du museau de Zogshu, et je la posai sur sa peau écailleuse. A ma grande surprise, celle-ci se révéla très douce. Pendant quelques instants, je promenai ma paume sur l’immense tête du dragon. A la manière dont il accompagnait les mouvements de ma main, je devinais qu’il appréciait beaucoup mes câlins. Je m’enhardis alors à m’avancer vers son cou pour le caresser, et, en le voyant se laisser faire, je compris que Zogshu approuvait mon initiative. Je ne pus manquer d’être amusée de voir une créature d’apparence aussi effrayante se laisser dorloter ainsi, et cela me rappeler les moments de tendresse que je partageais avec ma chienne. Soudain, je me rappelai que celle-ci s’était aussi enfuie, et que je devais me mettre à sa recherche. Aussi, après quelques ultimes caresse, je pris poliment congé du dragon et rejoignis ma brebis.
« Votre Majesté, je vous prie de m’excuser, mais je dois retourner dans mon village, d’autant que la nuit ne va pas tarder à tomber. Je tiens encore à vous remercier tous pour votre aide.
- Je vous en prie Madelon, répondit le seigneur Roderick. J’ai été ravi de faire votre connaissance.
- Moi aussi, répondis-je. D’autant que grâce à vous tous, j’ai compris que je ne dois pas juger les gens et les créatures sur leur apparence et que derrière un aspect effrayant peut se cacher une belle âme.
- Merci beaucoup pour votre gentillesse, Madelon répliqua Pierrot d’une voix émue. »
En tournant ma tête vers le dragon, je compris que lui aussi avait été touchée par mes propos. Après l’avoir salué une dernière fois, je quittai la clairière avec ma brebis. Lorsque j’arrivai à la lisière de la forêt, j’eus l’heureuse surprise de retrouver ma chienne qui semblait m’attendre. Apparemment, même si elle n’avait pas osé s’approcher des « monstres », elle n’avait pas eu le coeur de complètement m’abandonner. Nous reprîmes ensemble le chemin qui menait au village, et la nuit était déjà tombée lorsque j’arrivai à la bergerie.
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