Les exploits heroïques du preux chevalier Roland : partie 17

17) Chant 2 : le sauvetage de l’innocente bergère des griffes du cruel dragon : retrouvailles avec Zogshu et discussion avec Viviane

Le jour du rendez vous, je me rendis à l'heure prévue à la clairière et y retrouvai Zogshu, qui étai accompagné d'une dame aux cheveux noirs élégamment habillée.  Celle-ci s'adressa à moi d'une voix aimable : 

"Bonjour. Je présume que vous êtes Madelon, n'est ce pas? 

- Oui madame répondis-je d'un ton un peu intimidé.

- Enchantée de vous connaître. Je me nomme Viviane et suis la cousine du seigneur Roderick, Je me suis proposée d'accompagner Zogshu, d'une part afin de permettre à mon cousin d'assurer ses responsabilités de souverain, et d'autre part, pour avoir le plaisir de vous rencontrer. 

- J'en suis très honorée, merci. Bonjour Zogshu. J'espère que vous allez bien. 

Le dragon poussa un doux grognements que je compris comme un "oui". Je m'approchai de lui et commençai à le caresser. Tandis que je promenais mes mains sur la tête et le cou de Zogshu, je m'adressai à Viviane: 

"Madame, je dois admettre que j'ai été surprise d'avoir reçu le message du seigneur Roderick des mains d'une servante du palais royal, et surtout d'apprendre que Zogshu était un ami de notre princesse. 

- Je comprends votre surprise. Mais sachez que nous connaissons Lisa depuis des années. En tant que souverains de la forêt interdite, nous recherchions des alliés au sein des familles royales voisines. Nous avons choisi votre princesse, du fait de sa réputation de gentillesse, modestie et ouverture d'esprit et je puis vous assurer que nous n'avons jamais regretté notre décision. Lisa est très appréciée dans notre royaume, en particulier par Zogshu, qui a considère comme une de ses meilleures amies, et ces sentiments sont réciproques.

Tandis que je m'occupais du ventre du dragon, je lui dis d'un ton affectueux

- Alors Zogshu vous aimez donc bien notre princesse, n'est ce pas? 

Le dragon répondit à nouveau par son doux grognement. 

Puis je me tournai vers Viviane : 

"Comment se fait il qu'ils soient si proches? 

- La raison est fort simple : Lisa lui offre le plus beau cadeau qu'un dragon puisse espérer : la résurrection de l'ancienne tradition. Vous connaissez certainement les vieux contes qui relatent que des rois étaient contraints de livrer leurs filles à des dragons. Or, à chacune de ses visites, Lisa consent à être livrée à Zogshu, ce qui le remplit de joie et de fierté. De plus vous savez qu'il adore les câlins et la princesse ne se fait pas prier pour lui en donner. De son côté Zogshu lui permet de monter sur son dos, ce qui constitue un immense honneur pour une humaine, et lui offre de grandes promenades dans la forêt interdite dont tous deux raffolent. Vous pouvez comprendre aisément la complicité qu'ils partagent.

- J'ai cru deviner que Zogshu était joueur, mais je n'aurais jamais imaginé une telle attitude de la part de Son Altesse royale.

- On peut très bien être une princesse et aimer s'amuser. D'ailleurs, elle ne se contente pas de jouer uniquement avec Zogshu, mais aussi avec nous et nos sujets. Sachez qu'au lieu de l'inviter formellement, nous envoyons nos soldats la capturer, et son départ consiste à s'échapper de notre château. Et je dois admettre qu'elle se prête complètement au jeu, ce qui nous réjouit, d'autant que cela renforce notre rapprochement avec la future souveraine de votre royaume"

Les propos de Viviane ne manquaient pas de me surprendre mais cela me rendait ma princesse encore plus sympathique. Tandis que je caressais les ailes du dragon, une idée soudain me vint à l'esprit : 

"Messire Zogshu, je souhaiterais vous poser une question. Si vous avez tant eu envie de me revoir, est ce que ce ne serait pas parce que je vous rappelle un peu la princesse? 

A cet instant, le dragon détourna la tête, comme s'il était un peu embarrassé, et je devinai que j'avais visé juste. Viviane éclata de rire. Je continuai

"Je dois admettre que j'ai écouté ces fameux contes lorsque j'étais enfant. Mais à ce moment, je dois reconnaître que c'était plutôt le courageux héros qui sauvait la princesse en tuant le dragon qui me faisait rêver. Je voyais alors les dragons comme d'horribles monstres. Je vous prie de m'excuser, Zogshu, mais je ne vous connaissais pas encore à ce moment là. 

Viviane me répondit en riant : 

"Ne vous inquiétez pas, vous ne l'avez pas vexé. Zogshu connaît aussi ces histoires, qui sont basées sur d'anciens évènements qui impliquaient des dragons particulièrement cruels. D'ailleurs Lisa et lui font revivre ces combats dans le cadre de l'entraînement des soldats du château. 

- Je dois aussi vous avouer que souvent, j'imaginais que c'était moi que le brave chevalier venait délivrer, et qu'il me ramenait dans son château pour que je sois sa reine. Même maintenant, en repensant à ces histoires, je me dis parfois "et si c'était moi la princesse?"

Viviane rit de bon coeur en écoutant mes paroles : 

"Vous me rappelez les habitants des villages du sud de votre royaume: eux aussi aiment l'idée d'être sauvés par un preux chevalier. Mais dans ce cas, l'ennemi n'est pas un dragon mais de maléfiques sorciers. Et ils viennent souvent me demander de réaliser ce rêve, car ils savent qu'en tant qu'enchanteurs, Roderick et moi pouvons jouer ce rôle. 

- Et vous acceptez? demandai-je. Et si oui, comment trouvez vous quelqu'un pour jouer le héros? 

- Oui, il m'arrive de donner mon accord, entre autres parce que ces jeux fournissent une occasion à ces villageois de retrouver des proches habitant dans la forêt interdite. Mais je dois reconnaître que cela me pose un dilemme moral. En effet, le héros en question est un noble du nom de Roland, qui, comme vous aimait les récits que l'on raconte aux enfants. Cependant il a été tellement fasciné par ces histoires qu'il a voulu devenir le courageux chevalier qu'il admirait même une fois devenu adulte. Mais vous savez comme moi que le monde réel ne correspond pas à celui des contes de fées. Vous pouvez aisément deviner que son obsession lui a fait perdre la raison.

- Oh, je ne sais pas. Depuis que j'ai rencontré Zogshu et le seigneur Roderick j'ai l'impression d'être replongé dans cet univers. Je n'aurais jamais imaginé il y a à peine deux mois, que je caresserais aujourd'hui un dragon et que je discuterais avec une enchanteresse. 

- Certes, mais même dans ce cas, vous n'allez pas construire votre vie entière dans le but de devenir une héroïne de contes de fées. Alors que Roland a réellement comme unique objectif d'être un chevalier pourfendeur de monstres et de sorciers, alors qu'il vit dans un monde dans lequel un tel projet se révèle complètement insensé. Et maintenant vous pouvez comprendre mon dilemme. D'un côté j'ai l'impression de manipuler un fou pour mon amusement, celui de mes sujets et des villageois. Mais de l'autre, j'offre à cet homme l'occasion de vivre son rêve, et je sais à quel point ses victoires, même si j'en connaît le caractère factice, le rendent heureux. Néanmoins, j'ai fixé comme règle, tant pour moi que pour les autres participants à ces jeux de ne jamais nous moquer de cet homme, si fou soit il. D'abord parce que son courage et son dévouement aux autres sont réels et qu'ils doivent être reconnus comme tels. Et ensuite parce qu'un homme, même s'il a perdu la raison, doit être traité avec respect et compassion et non avec mépris. 

- Oh, je n'aurais pas envie de me moquer de cet homme. Je le trouve même plutôt touchant. Et vous, qu'en pensez vous Zogshu? Ne trouvez vous pas ce garçon plutôt sympathique? 

Le dragon inclina la tête, ce que j'interprétais comme un "oui". 

Je restai encore deux heures à câliner Zogshu et à discuter avec Viviane et lui. L'enchanteresse me parla de son royaume, de ses sujets, et me raconta aussi certaines de ses aventures avec le chevalier. Cette deuxième rencontre avec des habitants de la forêt interdite m'apporta beaucoup de plaisir, car elle réveillait mon âme d'enfant. Cela fut un déchirement de me séparer d'eux et retourner à la bergerie, mais je ne voulais pas abuser de la gentillesse de mes parents, ni abandonner trop longtemps ma tâche. Pendant le chemin du retour, je repensai à ce chevalier Roland qui continuait à vivre dans son univers d'enfance, et,  sans le vouloir, je me mis à l'envier un peu.

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