Les exploits heroïques du preux chevalier Roland : partie 13
13) Chant 2 : le sauvetage de l’innocente bergère des griffes du cruel dragon : l’enlèvement de la jeune fille
(Roland est le narrateur)
Dès mon arrivée au palais après mon sauvetage des mariés et de leurs amis, je me
remis à l’entraînement. En effet, je ne doutais pas que les sorciers ne tarderaient
pas à se venger de l’humiliante défaite que je leur avais fait subir. Aussi, je me
devais de rester sur le qui-vive. Et malheureusement, encore une fois, mon intuition
ne m’a pas trompée, çar à peine quelques jours après mon retour, mon roi me fit
appeler. Dans la salle d’audience, mon souverain et la divine princesse avaient reçu
un vieil homme vêtu d’habits de berger, dont le visage exprimait une détresse mêlée
d’épouvante.
« Ah, chevalier Roland, commença mon maître, ce brave homme a fait un long
voyage pour demander votre aide. Mais je dois admettre que son récit m’a glacé le
sang. Ecoutez le et vous pourrez juger de la terrible aventure qu’il a endurée.
- Je devine que nos ennemis ont encore frappé, répliquai-je
-Oh, seigneur, commença le vieux berger, qui répondait au nom de Philémon,
pourquoi faut il que le sort doive toucher aussi cruellement la plus gentille et la plus
innocente créature que l’on puisse imaginer? Je viens d’un village de montagne,
proche de la frontière de la forêt interdite. Nous y vivons de l’élevage des moutons
que nous faisons paître ensemble dans les hauteurs. Là bas, tous les bergers se
connaissent et s’entraident pour protéger les troupeaux. Mais nous éprouvons une
tendresse particulière pour Madelon, la plus jolie fille du village, qui illumine nos
montagnes lorsqu’elle va y faire paître ses brebis. D’autant qu’elle est aussi aimable,
travailleuse et serviable qu’elle est belle. Jamais elle n’a utilisé son charme pour
obtenir des hommes qu’ils fassent son travail à sa place. Au contraire, lorsqu’une
bête est égarée, c’est toujours elle qui se porte volontaire pour aller à sa recherche.
Or voilà qu’hier matin, alors que j’allais au puits chercher de l’eau, j’aperçu un
immense créature qui paraissait venir des montagnes et se dirigeait vers nous.
Quelques instants plus tard, cet horrible monstre était arrivé au village semant la
panique parmi les habitants. De toute évidence, ce dragon vert était en quête d’une
proie. Mais le destin a voulu qu’au lieu de se contenter d’un vieil homme comme moi, il choisisse de s’en prendre à notre petite Madelon, qui avait lâché le seau
qu’elle venait de remplir au puits pour courir vers sa maison. Hélas, ses pauvres
jambes ne pouvaient rien contre les puissantes ailes du monstre, qui la saisit avec
ses pattes et l’emporta avec lui devant nos yeux désespérés. Pourquoi elle?
Qu’avait elle fait pour mériter un tel sort? Peut être l’a-t-il déjà dévorée à l’heure où
nous parlons. Mais je refuse d’accepter que Madelon soit morte et m’accroche
encore à l’espoir qu’il ne soit pas encore trop tard pour elle. C’est pourquoi je suis
venu le plus vite possible afin de vous demander votre secours. Car dans le
royaume, nous connaissons tous votre courage, et s’il y a une personne qui peut
sauver notre chère Madelon, c’est bien vous. Aussi, je vous en supplie, seigneur,
venez lui en aide.
- Brave homme, répondit je, vous avez heureusement des raisons d’espérer que
cette pauvre enfant soit encore en vie. Car les sorciers de la forêt interdite ont à leur
service les plus abominables créatures, et il est fort probable que ce dragon en fasse
partie. Dans ce cas, la malheureuse Madelon a été enlevée non pour être dévorée,
mais pour servir d’appât à mon intention, et pour cela, ils ont intérêt à la maintenir en
vie. Mes ennemis espèrent que je périrai lors de mon combat avec cette redoutable
créature. Mais comme à leur habitude, ils sous-estiment leur adversaire. Car je ne
doute pas que ma vaillance et ma fidèle épée viendront à bout du dragon. C’est
pourquoi, je vais partir sur le champ pour rejoindre votre village afin de partir à la
recherche de la belle Madelon.
- Je vous remercie, ô courageux chevalier, répondit Philémon. Mais pensez vous
que vous parviendrez à la retrouver alors que nous ignorons tous la cachette du
dragon?
- Si, comme je le pense, mes ennemis sont à l’origine de cet abominable forfait, il est
probable qu’il m’indiqueront eux-mêmes le chemin que je devrai suivre. Dans ce cas,
je puis vous assurer que je mettrai rapidement fin aux souffrances de cette jeune
fille, en pourfendant le monstre qui l’a aussi lâchement attaquée. Monsieur
Philémon, puis je vous prier de m’accompagner pour mon voyage? En effet, je ne
suis jamais venu dans votre village. Or, le temps presse, et j’arriverai plus
rapidement à ma destination si vous consentez à me servir de guide.
- Oh, je vous remercie, seigneur. Et j’accepte avec reconnaissance, car je me
sentirai jamais plus en sécurité qu’en votre compagnie. »
Je me tournai alors vers mon roi et sa merveilleuse fille :
« Votre Altesse, permettez moi de prendre congé de vous, car il me faudra prendre
la route dès que j’aurai réuni les armes et les provisions dont j’aurai besoin pour ma
mission sacrée.
- Je vous y autorise bien volontiers, chevalier Roland, répondit mon bon souverain.
Je ne doute pas que vous parviendrez à sauver cette malheureuse enfant. J’ai bien
souvent placé mes espoirs en vous, et, jusqu’à présent, je n’ai jamais eu à le
regretter, car vos nobles entreprises ont toujours été couronnées de succès.
- Mon brave Roland, poursuivit la princesse, avant de partir, permettez moi de vous
offrir un témoignage de mon soutien »
Et la ravissante Lisa s’approcha de moi et m’accorda l’immense faveur de me
donner un baiser à chaque joue. Je ressentis une des plus grandes joies que j’avais
jamais éprouvées. Je me devais de ne pas trahir la confiance de la dame de mes
pensées. Dès que je fus remis de mes émotions, je remerciai ma maîtresse et quittai
la salle d’audience.
(Lisa est la narratrice)
Tandis que j’assistais à cet entretien je ne pus qu’éprouver une profonde reconnaissance envers Roderick, qui m’avait au préalable informée par courrier fantôme de l’ensemble des évènements qui y avaient été relatés, y compris bien évidemment la vérité cachée derrière les apparences. Sans cela, j’aurais certainement ressenti le même effroi que mon père et le chevalier, d’autant que je savais que mon cher Zogshu était de couleur rouge. Cela dit, même si je savais la belle Madelon en sécurité, mes encouragements et mon affection pour Roland n’en étaient pas moins réels. Je regrettais parfois de n’avoir jamais été « sauvée » par lui, mais je comprenais que mes amis sorciers préféraient éviter de rendre publics mes enlèvements, car ils ne souhaitaient pas attaquer mon père aussi frontalement. Par ailleurs, j’étais fort intriguée par la requête que m’avait envoyée Roderick dans cette même missive. Apparemment, Viviane et lui souhaitaient s’entretenir avec moi d’un sujet de la plus haute importance. Mais j’aurai rapidement l’occasion d’en savoir plus, puisque d’ici quelques jours je dois être à mon tour capturée et emmenée dans leur château.
Commentaires
Enregistrer un commentaire