Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 11
11) Chant 1 : l'attaque de la noce : le grand combat du Bien contre le Mal
(Roland est le narrateur)
Après avoir gravi le piton rocheux, j'entrai dans le château maudit. Lorsque je pénétrai dans la cour d'entrée, je vis avec horreur les villageois enfermés dans de grandes cages, sous la surveillance de gardes squelettiques armés jusqu'aux dents. Lorsqu'ils m'aperçurent, je les entendis crier vers moi d'un ton suppliant :
"Enfin nos prières ont été écoutées. Voici le héros qui va enfin nous délivrer. Oh, chevalier Roland, par pitié, sauvez nous de ces monstres"
Mais à peine avais-je fait un pas en direction d'une des cages qu'une voix féminine emplie de haine et de dédain résonna. Je levai la tête et vit la terrible Viviane, vêtue d'une robe aussi noire que son âme, planant sur son balai au milieu de la cour, contemplant son oeuvre sordide, qui me faisait face :
"Pas si vite, chevalier. Crois tu que je vais te laisser agir à ta guise? Ces manants me seront très utiles comme sujets d'expérience pour mes sorts de magie noire. Mais avant, il me fallait me débarrasser du gêneur qui fait toujours obstacle à mes projets. Et c'est pourquoi je t'ai attiré dans ce piège, dont tu n'as aucune chance de ressortir vivant. HAHAHAHAHA.
- Je ne connais pas la peur, immonde sorcière, et je triompherai comme je l'ai toujours fait auparavant. Jamais je ne laisserai des innocents à la merci de tes diableries.
- Je saurai briser ton arrogance, misérable. Gardes, exterminez le"
Et bientôt, l'armée maudite s'avança vers moi. Mais je me jetai dans la bataille avec toute la furie qui avait envahi mon coeur et qui se déchaîna contre mes adversaires, d'autant que mes forces étaient décuplées par les encouragements que je recevais des villageois captifs. Les soldats squelettes furent uns à uns disloqués sous les coups de mon épée. Quant aux géants de roche, je les réduisis en poussière avec ma fidèle masse d'armes. Bientôt, seule la sorcière se dressait face à moi, le visage déformé par la colère en voyant son armée réduite à néant.
(Anne est la narratrice)
Voici donc notre héros qui est arrivé pour nous délivrer. Bien que nous sachions tous que nous ne courious aucun danger, nous étions toujours touchés par le courage du chevalier Roland qui était prêt à risquer sa vie pour nous. Aussi, nous n'avions pas à beaucoup nous forcer pour jouer le rôle des otages en détresse, ni pour acclamer le chevalier lorsqu'il combattait l'armée de Viviane. Néanmoins, nous avions aussi de l'affection pour le camp de nos "ennemis", et tant mon mari que moi éprouvâmes pendant un instant une hésitation lorsque les gardes de notre escorte se jetèrent à leur tour dans la mêlée. Heureusement, la veille, Viviane nous avait montré le sort protecteur qu'elle avait lancé sur ses gardes squelettes. Celui-ci les rendait invincibles, tout en leur signalant à quel moment ils avaient reçu un coup qui leur aurait été fatal. A cet instant, les soldats avaient pour instruction de se disloquer eux-mêmes, sachant qu'ils pourraient à nouveau se reconstituer après le départ du chevalier. Jacques et ses hommes nous firent à plusieurs reprises une démonstration de dislocation suivie de reconstitution. De même, les géants de pierre nous montrèrent aussi leur capacité de régénération. Ainsi, nous étions assurés qu'ils ressortiraient indemnes du combat contre le héros que nous pouvions ainsi encourager sans réserve. Et, en effet, la bataille se déroulait comme prévu. Les soldats attaquaient le chevalier sans pour autant le submerger par le nombre, et ainsi lui permettre de triompher. Au bout d'à peine une demi-heure de lutte, seule Viviane se dressait face au héros.
(Viviane est la narratrice)
Tout se déroulait comme prévu. Mes soldats avaient perdu la bataille, et je simulai la fureur en voyant le chevalier s'avancer vers moi. Je me posai face à lui, brandis alors le trousseau de clés des cages devant lui et le narguai:
"Tu penses avoir gagné la bataille, n'est ce pas pauvre imbécile? Tu oublies qu'à présent, tu vas me faire face, moi, l'une des plus puissantes sorcières qui ait jamais existé. Si tu veux libérer ces vilains, il te faudra les clés de leurs cages, qui sont en ce moment entre mes mains. Il te faudra me vaincre pour les récupérer, et tu n'as aucune chance contre moi. Prépare toi à mourir, chevalier Roland.
- Tous tes pouvoirs diaboliques sont impuissants face à celui qui combat au nom de la justice et de la vertu. Je saurai bien te le montrer, sorcière."
Et je commençai à lui lancer des sortilèges offensifs dans sa direction, tandis qu'il s'avançait vers moi. Bien évidemment, je veillai à ce qu'il ne soit jamais touché par les flammes, les pics de glace ou les éclairs que je lui envoyais. Heureusement, je m'y prenais avec suffisamment d'habileté afin qu'il puisse attribuer mes échecs à son agilité à esquiver mes attaques ou aux objets sacrés qu'il brandissait pour conjurer mes sort. Si mon visage exprimait la fureur et la frustration face à l'inefficacité de mes attaques contre le chevalier, des sentiments bien différents animaient mon coeur. Bien que jouer les méchantes sorcières m'amusât beaucoup, je ressentais aussi de la compassion envers cet homme qui se battait dans une lutte dont il ignorait qu'elle était factice et conçue dès le départ pour lui assurer la victoire. En voyant la sincérité de son dévouement, je ne pouvais m'empêcher d'éprouver du remords, car je savais que nous manipulions tous ce malheureux pour nous divertir. N'y avait il pas moyen pour lui de vivre son rêve de chevalerie sans que nous nous en servions pour nous amuser à ses dépens? Une fois cette bataille terminée, je comptais bien en discuter avec Roderick.
A l'instant où le chevalier Roland ne fut qu'à deux pas de moi, je m'élançai sur mon balai (car Aquiléon refusait par principe de s'associer à cette mascarade, et je ne souhaitais pas non plus l'y impliquer, même s'il y avait consenti) tout en laissant délibérément les clés des cages m'échapper des mains. Tandis que je m'enfuyais à travers les airs, je m'adressai une dernière fois à mon "ennemi" d'une voix emplie de rage:
"Tu as peut être gagné, cette fois, mais sache qu'un jour je t'aurai. Tu m'entends, misérable? Je t'aurai, et ta tête servira de décoration aux remparts du château. Ne l'oublie pas."
(Roland est le narrateur)
J'avais à nouveau triomphé, et l'immonde sorcière s'enfuyait comme la lâche qu'elle était. Mais peu importe, car j'avais réussi à m'emparer des clés des cages dans lesquelles les otages avaient été enfermés. Quelques instants plus tard, je délivrai les villageois de leur prison, et ceux-ci me remercièrent avec effusion de les avoir sauvés. J'étais profondément touché par leur reconnaissance, et j'étais heureux d'avoir accompli ainsi ma mission. Mais nous n'avions pas de temps à perdre. Il nous fallait quitter ces lieux maudits avant que nos ennemis n'y amènent des renforts. Aussi, j'ordonnai aux villageois de me suivre afin que je les ramène chez eux. Heureusement le trajet se déroula sans encombre et nous arrivâmes à notre destination alors que le soleil n'était pas encore couché. Nous fûmes reçus par les habitants du village qui nous attendaient à l'entrée, dans l'espoir de revoir enfin leurs proches qui avaient été si cruellement enlevés. Une immense joie envahit leur coeur en voyant tous les prisonniers de retour sains et saufs, et je reçus à nouveau les plus grands témoignages de gratitude qui réchauffèrent mon coeur. Car un chevalier vit pour ces moments au cours desquels il apporte la joie dans les coeurs de ceux qu'il a la mission de protéger. Bien évidemment, je refusai toutes les récompenses qui m'étaient proposées, mais je consentis néanmoins à rester pour un banquet que le village avait décidé en mon honneur ce soir là, car je craignais de blesser mes hôtes en déclinant l'invitation. Ce soir là, je m'endormis avec le sentiment du devoir accompli.
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