Les exploits héroïques du preux chevelier Roland : partie 6
6) Chant 1 : l'attaque de la noce : le départ du héros
(Roland est le narrateur)
Il est bien regrettable que je n'ai appris qu'à une heure si tardive l'enlèvement de ces malheureux villageois, car cela m'impose de reporter mon départ au lendemain. Mais je dois conserver toutes mes forces si je veux triompher de mon combat dans le château des ténèbres. Combien de fois me suis-je rendu dans ce lieu maudit, repaires des diaboliques sorciers et de leurs troupes infernales, et quelles rudes batailles j'ai menées pour déjouer leurs plans et libérer leurs innocentes victimes! Et même si, jusqu'à présent, j'ai toujours triomphé de mes ennemis, je ne dois néanmoins jamais baisser ma garde, car la moindre erreur peut me coûter la vie.
Après avoir pris congé de mon roi, je me suis directement rendu dans mes quartiers afin de préparer mon expédition. Je nettoyai soigneusement mon épée, mon bouclier et j'astiquai mon armure. De plus, je préparai un sac dans lequel je rangeai quelques vêtements, ainsi que mes armes secrètes contre les mages noirs : des croix, ainsi que des fioles contenant une eau sacrée. Je me dois d'utiliser ces objets à bon escient, car il faut me rendre dans un pays lointain pour me les fournir auprès de prêtres qui vénèrent un dieu qui aurait pris forme humaine pour sauver les hommes en se sacrifiant pour eux, subissant les pires sévices avant de mourir crucifié. Il doit y avoir une part de vérité dans cette foi, car ces armes bénies se sont toujours révélées efficaces pour conjurer la magie noire. Je quittai ensuite mes quartiers pour rejoindre les cuisines du palais, afin de demander à ce que des vivres soient préparées à mon intention pour mon voyage du lendemain. Je me rendis ensuite aux écuries, afin de rendre visite à mon fidèle destrier et veiller à ce qu'il soit aussi prêt à partir en mission. Après avoir soupé, je me couchai fort tôt.
Le lendemain, avant l'aube, j'emportai toutes les affaires dont j'avais besoin pour mon voyage, montai mon cheval et quittai le palais. Je pris ensuite la direction du sud afin de me rendre au village attaqué par mes terribles ennemis. Je chevauchai ensuite sans interruption, ne m'arrêtant qu'une fois pour manger une partie provisions que les serviteurs des cuisines m'avaient données. Ainsi, je pus arriver à ma destination en fin de journée. Le village paraissait désert lorsque j'y entrai : pas une âme dans les rues. Je me rendis à l'auberge et frappai à la porte. Une voix tremblante résonna de l'intérieur de la maison :
"Qui... Qui est-ce?
- N'ayez aucune peur, brave homme, je suis le chevalier Roland, fidèle serviteur du roi.
-Est-ce... est ce vraiment vous, chevalier?
- Oui, je vous l'assure, vous pouvez m'ouvrir sans crainte."
Après quelques instants qui parurent une éternité, l'aubergiste, un homme d'une quarantaine d'année un peu replet, m'invita à franchir son seuil :
"Oh, Messire, quel soulagement de vous voir ici. Depuis cette horrible nuit, nous n'osons plus sortir de chez nous. Qu'avons nous fait pour mériter de souffrir autant au moment où nous devions nous réjouir? Quel mal avait fait ce jeune couple pour voir leur mariage ainsi dévasté? Dix des nôtres ont été enlevés par ces monstres, y compris mon neveu. Je vous en supplie, seigneur, vous devez les sauver.
- Ne vous inquiétez pas, brave homme. Les créatures infernales ne peuvent rien contre les chevaliers oeuvrant au nom de la justice. Je ne doute pas que je triompherai de mes ennemis et que je ramènerai vos amis sains et saufs dans leurs foyers.
- Oh, merci du fond du coeur, Messire. Permettez moi de vous inviter chez moi et de vous offrir le gîte et le couvert, car je refuse d'exiger le moindre paiement de votre part."
Je remercia chaleureusement l'aubergiste pour son accueil. Je lui demandai de me donner sa plus petite chambre, et de ne me servir qu'un frugal repas, car je refusai absolument d'abuser de son hospitalité. Néanmoins, je veillai à ce que mon cheval soit bien installé et ne manque de rien.Lorsque je sortis de l'auberge, je constatai que les habitants commençaient à sortir petit à petit de chez eux. Je devinai que ma présence les rassurait, et je me félicitai de permettre au village de reprendre vie après une telle épreuve. Je consacrai le reste de la soirée à réconforter les villageois, qui avaient tous un membre de leur famille ou un ami qui avait été enlevé lors de cette terrible nuit. Je fus particulièrement ému par la détresse des familles des mariés, qui avaient vu leur bonheur transformé en cauchemar. J'assurai au forgeron, au meunier et à leurs épouses que je leur ramènerais leurs enfants sains et saufs dès le lendemain, et je me félicitai en voyant l'espoir renaître dans leur visage. Car mon devoir de chevalier ne se limite pas à combattre mes ennemis, mais aussi à écouter la détresse de leurs victimes et leur prodiguer mon soutien. Néanmoins, je savais que je devais ménager mes forces pour mener à bien ma mission. Aussi, après avoir consacré près d'une heure et demie à réconforter les villageois, je retournai à l'auberge pour y passer le reste de la nuit.
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