Les exploits héroïques du preux chevalierRoland : partie 8
8) Chant 1 : l'attaque de la noce : visite du château et des jardins
(Anne est la narratrice)
Jeannot s’adressa alors à nous :
« Nous allons à présent vous emmener dans la salle de bal. Là bas, de nombreux nobles fantômes y dansent pour l’éternité. Vous découvrirez ainsi la mort en face en les rencontrant. »
Et sur ces paroles, sous la garde de notre escorte nous quittâmes la salle d’audience par une porte située dans le mur du fond. Nous traversâmes une vaste salle à manger avant de rejoindre la plus belle et la plus vaste pièce que nous avions jamais vue de notre vie. Tant les murs que le plafond étaient décorés de magnifiques peintures, représentant des fleurs, des animaux et des jeunes gens souvent nus. Des tapis multicolores étaient posés sur le sol, et des statues de marbre représentant des hommes et des femmes tous aussi séduisants les uns que les autres étaient réparties dans toute la salle. Mais surtout, l’ambiance était égayée par une musique entraînante. Si mon chéri et moi n’avions pas été enchaînés, nous aurions volontiers dansé ensemble. Jeannot, qui paraissait avoir lu dans mes pensées, nous souffla à l’oreille:
« Si vous y revenez plus tard en tant qu’invités, vous pourrez vous aussi participer au bal. A présent, levez les yeux »
Nous obéîmes, et à cet instant, nous vîmes apparaître au dessus de nos têtes des couples d’apparence transparente, vêtus de magnifiques habits, qui dansaient dans les airs. Les gardes nous firent ensuite avancer vers le centre de la salle, au fond de laquelle nous pûmes distinguer un orchestre de squelettes musiciens jouant avec grand talent de divers instruments. Au bout de quelques minutes, ils s’arrêtèrent, et les spectres tournèrent avec curiosité leur regard vers nous. Quelques couples s’approchèrent de nous, et, après avoir appris de la part des gardes que nous étions des jeunes mariés, se présentèrent avec nous avec grande courtoisie. Certains nous racontèrent leur histoire. Nous découvrîmes ainsi que ces nobles avaient eu leurs amours contrariés, soit parce que leur famille s’opposaient à leur union, soit du fait de la mort prématurée du mari ou de la femme, et qu’il n’avaient pu se retrouver que dans la mort. D’autres, plus taquins, s’amusèrent à nous faire peur en changeant d’apparence, prenant la forme de démons, de goules ou d’animaux monstrueux. Cela ne nous empêcha pas de passer un très bon moment en leur compagnie. Le chef des gardes comprit que cette première tentative de nous contraindre à la soumission avait échoué. Aussi, il s’adressa à nous d’une voix menaçante:
« Puisque la mort ne semble pas vous effrayer, voyons si l’esclavage, lui, parviendra à briser votre résistance. Qu’on les emmène dans les jardins de notre seigneur »
Sous la menace des piques des soldats, nous fûmes contraints de quitter la salle de bal, et, après avoir traversé la salle à manger et plusieurs couloirs, nous fûmes conduits hors du château. Après avoir traversé le pont levis, nous commençâmes à parcourir le vaste parc. Nous arrivâmes bientôt dans un jardin potager, dans lesquels travaillaient diverses créatures, nains, squelettes, elfes et aussi quelques humains. Nous fûmes présentés aux jardiniers qui nous demandèrent poliment si nous consentions à les aider dans leur tâche. Habitant dans un village, nous étions habitués à cultiver des légumes, aussi nous acceptâmes volontiers, d’autant que nous devinions que ce travail constituait l’esclavage auquel le seigneur Roderick avait fait allusion. Pendant une heure et demie, nous arrosâmes, binâmes, sarclâmes, semâmes et ramassâmes des légumes. Néanmoins, ce travail se révéla fort agréable, car nous en profitions pour faire plus ample connaissance avec ces horticulteurs bien spéciaux. Ceux ci- se révélèrent fort satisfaits de notre assistance, et nous offrirent même une partie de notre récolte, que Jeannot emporta pour nous. Nous fûmes ensuite emmenés au verger, où nous participâmes à la cueillette des fruits. Nos geôliers constatèrent non sans agacement que nous avions pris du plaisir dans ces activités, et que l’esclavage n’était pas parvenu à briser notre résistance. Aussi, après nous avoir à nouveau fait enchaîner, l’officier s’adressa à ses hommes :
« Puisque même la servitude semble être agréable à ces vilains, nous n’avons plus d’autre choix. Qu’on les livre au dragon ».
Nous fûmes alors conduits dans une vaste pelouse au centre duquel se dressait un vaste poteau de bois, auquel mon époux et moi furent liés dos à dos par Jeannot. Toujours aussi attentionné, ce dernier nous prépara à notre « supplice » en nous expliquant que dans un quart d’heure, nous allions recevoir la visite du dragon gardien du château, une créature fort débonnaire qui avait choisi le nom plaisant de Zogshu et qui, bien évidemment, ne nous ferait aucun mal. Néanmoins, nous profitâmes de notre position pour jouer les mariés qui vivaient leurs derniers instants, mais dont la mort ne pourrait jamais vaincre l’amour. Peu après, nous vîmes arriver un immense dragon rouge qui se posa juste devant nous. Il inclina sa tête d’abord devant moi, puis mon époux, dans un geste qui signifiait certainement un salut.
Jeannot nous dit dit :
« Vous pouvez lui parler, il vous comprendra »
Je me présentai à la majestueuse créature :
« Bonjour, Sire Zogshu. Je me nomme Anne et voici mon mari Paul. Nous sommes honorés de faire votre connaissance »
Le dragon sembla apprécier ma politesse, puisqu’il poussa un grognement qui parut fort doux au vu de sa stature. Ensuite, il reprit son envol et tournoya au dessus de nous en crachant des flammes prenant des formes et des couleurs fort variées. Nous devinâmes que Zogshu nous offrait un petit spectacle. Nous ne nous lassions pas de l’admirer en train d’évoluer dans les airs avec une grâce fort remarquable pour une créature aussi massive. Enfin, le dragon se posa à nouveau à nos pieds, encerclant son poteau de sa queue, jouant le rôle de notre gardien. Il resta ainsi pendant un moment, avant de s’envoler à nouveau en direction du château. Les gardes nous détachèrent alors du poteau et nous ramenèrent dans notre cachot.
Une heure après notre retour, pendant laquelle Paul et moi prîmes un peu de repos, Serge nous apporta notre déjeuner, dans lequel avait été inclus les légumes qui nous avaient été offerts. Il nous proposa ensuite de poursuivre notre séjour en tant qu’invités, ce que nous acceptâmes avec plaisir, car nous avions eu suffisamment d’émotions fortes pour la journée. Le squelette nous donna alors la clé de notre cellule. Nous profitâmes alors du reste de l’après midi et de la soirée pour nous promener dans le domaine du seigneur Roderick, et faire connaissance avec ses habitants. Nous retrouvâmes Jeannot, qui nous présenta aux gardes qui nous avaient pris en charge et qui à présent n’avaient plus besoin de cacher leur gentillesse devant nous. Jacques, leur chef avait été, de son vivant, un officier respecté et aimé de ses soldats. Nous découvrîmes aussi Pierrot, amoureux des animaux, Michou au tempérament poète, qui, à ses moments perdus écrivait des vers et Mimile le bouffon. Nous retournâmes ensuite dans la salle de bal où je dansai enfin avec mon bien aimé, avec l’assistance des fantômes qui nous apprirent les pas des danses aristocratiques. Nous pûmes aussi retrouver nos compagnons de capture et leur raconter nos extraordinaires aventures. Nous eûmes même le privilège de souper en compagnie des maîtres des lieux dans la grande salle à manger. Lorsque nous retournâmes dans notre cellule pour y passer la nuit, nous nous accordâmes, Paul et moi, pour affirmer que nous ne pouvions pas rêver plus extraordinaire voyage de noces.
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