Les exploits heroïques du preux chevalier Roland : partie 7
7) Chant 1: l’attaque de la noce : confrontation des mariés prisonniers avec le seigneur Roderick
(Paul est le narrateur)
Après cette nuit de noce si mouvementée, Anne et moi étions si fatigués que nous nous endormîmes à peine après avoir consommé notre mariage. Le lendemain matin, peu après notre réveil, nous reçûmes la visite d’un squelette en livrée, qui s’adressa à nous en ces termes :
« Bonjour. Je me présente, je m’appelle Serge, laquais du château royal. J’espère que votre nuit a été agréable, même dans ce lieu quelque peu lugubre.
- Etonnamment oui, répondis-je. Nous avons fort bien dormi.
- Je m’en doute, vu que la matinée est déjà fort avancée. Ma maîtresse, Dame Viviane m’envoie vous informer qu’elle n’aura malheureusement pas de temps à vous consacrer aujourd’hui. Elle m’a aussi changé de vous demander les modalités selon lesquelles vous souhaitiez passer votre séjour au château. Deux possibilités vous sont offertes : nous pouvons vous traiter en tant que prisonniers ou en tant qu’invités.
- Je vois. Et pouvez vous nous donner plus de détails sur ces deux options?
- Si nous vous considérons comme des invités, nous vous libérons immédiatement de ce cachot, qui ne vous servira plus que de chambre à coucher. Vous pourrez vous rendre où bon vous semble dans le château et ses jardins, à l’exception bien sûr des quartiers privés. Enfin, je vous offrirai une visite guidée.
- Voilà une proposition bien alléchante, déclara ma bien aimée.
- Le couple qui vous a accompagnés l’a choisie
Et que se passera-t-il si nous décidons de rester prisonniers? continua-t-elle
- Dans ce cas, vous ne pourrez sortir de votre cachot qu’enchaînés et escortés par cinq gardes squelettes. Cela ne vous empêchera pas de profiter de la visite guidée du château. Néanmoins, elle s’effectuera dans des modalités ne manqueront pas de susciter quelques frayeurs dans votre âme.
- Cinq gardes! s’exclama Anne. Nous devons être des captifs fort dangereux pour nécessiter une telle escorte. J’espère que cela ne les dérangera pas d’être contraints de nous tenir compagnie pendant tout ce temps.
- Ne vous inquiétez pas, madame, nos gardes connaissent leurs responsabilités et sont toujours prêts à les assumer. De plus, ils peuvent comprendre, du fait de leurs passé, les émotions que peuvent ressentir de jeunes mariés et sont parfaitement disposés à s’occuper de vous.
- Et si nous choisissons une option, avons nous la possibilité de changer d’avis par la suite? demandai-je
- Oui, mais uniquement une fois de retour dans votre cachot. Car si vous choisissez d’être prisonniers, vous devrez d’abord endurer les tourments de la captivité. »
Je me tournai vers ma bien aimée.
« Alors, qu’en penses tu?
- Mon chéri, après tout, si nous sommes ici, c’est bien pour nous faire peur, n’est ce pas? Alors, autant aller jusqu’au bout et soyons prisonniers.
- Comme tu voudras, mon amour.
- Dans ce cas, je vais tout de suite en informer mes maîtres. De plus, je vais vous faire apporter votre repas ainsi que le nécessaire pour vous laver.
- Nous vous en remercions. »
Quelques minutes après le départ du squelette, un hideux geôlier troll arriva dans notre cellule et nous apporta un grand seau d’eau chaude, un savon et une serviette, ainsi qu’un plateau avec du pain, des fruits et une cruche d’eau fraîche. Nous consacrâmes une demi-heure à nous laver et à nous restaurer. Lorsque nous eûmes terminé, nous vîmes arriver cinq gardes armés devant la porte de notre cachot. Celui qui paraissait leur chef s’adressa à nous d’une voix dure:
« Prisonniers, nous avons ordre de vous emmener devant notre maître, le seigneur Roderick. J’espère pour vous que vous êtes prêts à vous soumettre à lui, sinon, un terrible sort vous attend! »
Et sur ces paroles fort inquiétantes, il fit ouvrir la porte de notre cachot. Les gardes s’emparèrent de moi et de mon épouse, et lièrent nos mains derrière le dos avec des fers. Ensuite, ils prirent une longue chaîne qu’ils passèrent autour de notre taille. Je fus ainsi attaché à ma bien aimée, un mètre de chaîne nous séparant l’un de l’autre. L’officier s’adressa ensuite à ses hommes :
« Faites avancer les captifs »
Les gardes nous firent sortir du cachot, puis nous fûmes emmenés hors de la prison. L’officier marchait en tête, tandis que je marchais derrière lui, suivi par ma femme. Un garde était placé de chaque côté de nous tandis que deux autre fermaient le cortège. Tandis que nous avancions, le soldat placé à notre gauche s’adressa à nous d’une voix étonnamment aimable :
« Bonjour, je me nomme Jean, mais vous pouvez m’appeler Jeannot. Croyez bien que je me désole de vous voir traités d’une manière aussi dure, aussi, je me dois de vous expliquer ce qui va vous arriver. A présent, nous vous conduisons vers la salle d’audience où notre maître vous attend. Faites attention en montant les escaliers, afin de ne pas tomber. De toute façon, je reste près de vous afin de veiller à toute éventualité »
Je devinai que ce brave Jeannot jouait le rôle du garde compatissant envers ses prisonniers. De plus, il nous assista fort efficacement lorsque nous montâmes les escaliers afin que mon épouse et moi gravissions les marches sans risque. Nous parcourûmes ensuite un long corridor infesté de toiles d’araignées avant d’entrer dans une immense salle au fond de laquelle un homme vêtu d’une robe noire de sorcier siégeait sur un trône doré. Tandis que nous étions conduits jusqu’à lui, Jeannot s’adressa à nouveau à nous :
« Monsieur Paul, madame Anne, voici notre seigneur Roderick. Même si je puis deviner que vous pouvez être quelque peu intimidés par lui, ne craignez pas de lui répondre d’un ton défiant lorsqu’il vous parlera, car c’est exactement ce qu’il attend de vous »
Quelques instants plus tard, nous faisions face au souverain de la forêt interdite. Celui-ci prit la parole d’une voix dure :
« Ainsi, voici les manants qui ont osé profiter des joies du mariage sans m’avoir au préalable prêté leur allégeance alors qu’ils vivent sur MON territoire?
- Votre territoire? répliquai-je furieusement. Notre village fait partie du royaume de A…., pas de la forêt interdite. Nous sommes les sujets du bon roi Albert, qui seul peut revendiquer son autorité sur nous.
- De toute façon, jamais nous ne nous soumettrons à un vil sorcier tel que vous, renchérit ma femme.
Les traits du sorcier parurent exprimer une immense colère qu’il parvenait à peine à contenir. Néanmoins, il garda son calme et nous répondit d’une voix froide :
« Vous êtes bien inconscients de me défier ainsi. Sachez que j’ai le pouvoir de vous écraser comme les insectes que vous êtes, si tel est mon bon plaisir. A présent, il est temps que vous payez le prix de votre insolence. Vous allez à présent découvrir la mort en face. Et si cela ne suffit pas à comprendre votre situation et vous persuader de vous soumettre, vous serez réduits en esclavage. Et si nous ne sommes pas satisfaits de votre travail, vous serez livrés au dragon. HAHAHAHA. »
Même si nous savions que nous ne courrions aucun risque, ces propos ne manquèrent pas de nous effrayer. Quelques instants plus tard, le sorcier se leva, mais avant de partir, il s’adressa à nous d’un ton bien plus aimable:
« Je serais volontiers resté plus longtemps vous tyranniser, mais vous comprendrez que je suis accaparé par mes responsabilités de souverain. Aussi, je dois à présent vous quitter. Jeannot vous expliquera plus en détail ce qui vous attend.
- Nous comprenons, seigneur, répondit Anne, et nous sommes honorés que vous nous ayez consacré un peu de votre temps.
- Et je tiens à vous présenter mes voeux de bonheur pour votre mariage » conclut le mage avant de sortir de la pièce.
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