Les exploits heroïques du preux chevalier Roland : partie 2

 2) Chant n°1 : l'attaque de la noce : l'ultimatum

Et, comme je le craignais, mon intuition s'est révélée justifiée. Car alors que je m'entraînais à l'épée  avec un des gardes du palais dans la cour, je vis un serviteur accourir vers moi. 

"Messire Roland, Messire Roland, me lança-t-il dès qu'il me rejoignit. Le roi m'envoie afin de vous informer qu'il vous convoque de toute urgence dans la salle d'audience."

Je savais qu'un tel ordre de la part de mon souverain ne pouvait signifier qu'une chose : que notre royaume avait à nouveau subi les assauts des monstres de la forêt interdite. Résigné, je me rendis auprès de mon maître, me préparant au pire. 

A mon arrivée dans la salle d'audience, je vis mon roi en compagnie d'un jeune homme vêtus d'habits déchirés qui tenait un rouleau de parchemin dans sa main droite. Le malheureux paraissait à bout de souffle, et je devinai que j'étais en présence d'un rescapé qui était parvenu à échapper à ses assaillants et qui semblait n'avoir pris aucun repos jusqu'à son arrivée dans le palais royal. Son expression hagarde ne montrait que trop bien sa profonde détresse. 

"Messire Roland, commença le roi d'une voix fort préoccupée, cet homme vient d'un village du sud du royaume qui a été à nouveau victime de nos ennemis. Je vous prie d'écouter son récit. Parlez, mon ami.

- Je vous remercie, Votre Majesté. Je m'appelle Jean, et je viens du village P..., qui a été attaqué la nuit dernière. Et pourtant, hier devait être un jour de joie, car le fils du meunier s'est marié avec la fille du forgeron, et nous célébrions leurs noces. Mais le soir, alors que nous faisions la fête, nous avons été attaqués par les monstres de la forêt interdite. Des squelettes, des monstres de pierre et des loups, sous les ordres d'une méchante sorcière ont envahi le village et se sont mis à traquer les mariés et les invités de la noce. Même si presque tout le monde a réussi à se réfugier dans sa maison, une dizaine de villageois ont été capturés, y compris les jeunes mariés. Moi aussi, je suis tombé entre leurs mains, et la sorcière ne m'a laissé partir qu'à condition que j'aille au palais royal afin de raconter mon histoire, à vous, Votre Majesté, ainsi qu'au chevalier Roland. Elle m'a aussi donné ce rouleau que je ne dois ouvrir qu'en votre présence."

Je reconnus immédiatement les parchemins maudits qui, une fois ouverts, montrent nos ennemis en présence de leurs otages qui m'envoient leur terrible ultimatum. Et bien que je fusse habitué à recevoir leurs sordides messages, le spectacle qui s'offrit à mes yeux m'horrifia. Dans une cage gardée par des squelettes, un jeune couple vêtus des habits de noces étaient assis, enchaînés dos à dos et bâillonnés. Par ailleurs, plusieurs villageois étaient eux aussi couverts de chaînes, regardant avec une expression terrifiée une meute de loups qui les surveillaient en révélant leurs crocs. Planant dans les airs au dessus des captifs et de leurs effrayants gardiens, la cruelle sorcière Viviane était installée sur son balai et contemplait son oeuvre sordide avec une expression de joie mauvaise sur son visage, semblant se repaître de la souffrance qu'elle infligeait. Soudain, elle leva la tête et prit la parole: 

"Alors, roi Albert, vous avez osé croire que nous vous laisserions votre peuple faire impunément la fête? A présent, vos sujets sont nos prisonniers. Si vous souhaitez qu'ils soient délivrés, que le chevalier Roland se rende seul dans le château des ténébres afin d'y affronter notre armée. Sinon, ils resteront à jamais entre nos mains. HA HA HA HA HA HA HA HA HA HA HA."

Sur ce rire diabolique, le parchemin se referma, faisant disparaître cette horrible scène. 

Le roi prit la parole : 

"Messire Roland, je ne doute pas que nos ennemis vous aient tendu un piège afin de se débarrasser de de vous une fois pour toutes. 

- Je le sais, Votre Majesté, répondis-je mais je me dois d'accepter cette terrible invitation, car sinon, ces malheureux seront perdus à jamais. Et je ne doute pas que j'arriverais à vaincre mes ennemis et à délivrer les prisonnieurs, car je combats au nom de la justice, et je sais que le Bien l'emporte toujours sur le Mal."

Je me tournai ensuite vers le paysan 

"Ne vous inquiétez pas, brave homme, vous retrouveez bientôt vos amis libérés et sains et saufs

- Oh, merci seigneur Roland, répondit le malheureux qui s'était agenouillé à mes pieds. Nous avons bien de la chance d'avoir un héros comme vous qui ne craint pas d'affronter les monstres les plus horribles afin  de nous protéger.

- Je ne fais que mon devoir de chevalier", répliquai-je. 

A cet instant, la porte de la salle du conseil s'ouvrit, et la belle et douce princesse Lisa entra: 

"Mon père, commença la jeune femme, je devine à la présence du seigneur Roland que vous traitez une affaire de la plus haute importance. Néanmoins, lorsque vous aurez terminé, me permettez vous de recevoir à mon tour ce malheureux villageois, car je souhaiterais lui apporter à mon tour du réconfort

- Voilà une bien noble intention, ma fille, et j'accède volontiers à ta requête. Lorsque nous aurons terminé notre entretien, je l'autoriserai à venir vous rendre visite dans vos appartements.

- Oh je vous remercie de tout coeur, Votre Majesté, répondit le paysan. "

Je regardai avec une grande émotion ma dame, qui, une fois encore, révélait sa grande bonté. 

Quelques minutes plus tard, mon roi mit fin à l'entretien, et je retournai dans mes quartiers afin de préparer mon expédition contre nos ennemis. 

(La princesse Lisa est la narratrice)

J'avais rejoint mes appartements après avoir quitté mon père dans la salle d'audience. Une dizaine de minutes après mon arrivée, j'entendis frapper à ma porte. Je fis alors introduire le messager de la sorcière de la forêt interdite. Après avoir bien refermé la porte, je m'adressai à lui. 

"A présent, ni mon père, ni le seigneur Roland ne peuvent nous entendre. Tu peux à présent exprimer tes véritables émotions"

A cet instant, le visage de Jean s'éclaira, et il laissa enfin éclater le fou rire qu'il avait retenu de toutes ses forces pendant son audience en présence de mon père. J'observai à mon tour le message magique de Viviane, contemplant avec beaucoup d'amusement les talents de mise en scène de l'enchanteresse, qui, en gage d'amitié, m'avait avertie de son "attaque" la veille.

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