La princesse Lisa et le château de la terreur : partie 40

40) Le couronnement
Le deuxième évènement qui confirma de manière éclatante l’intégration de la princesse au sein de la forêt interdite se déroula près d'un mois après sa visite nocturne au village. Après l’avoir fait capturer, Roderick informa Lisa qu’il souhaitait qu’elle reste enfermée dans son cachot jusqu’à la tombée de la nuit.Lorsque la jeune femme lui demanda le motif de cette décision inhabituelle, le mage se refusa à, répondre. Toutefois, Viviane lui assura qu’elle comprendrait tout le moment venu. De plus, elle avait fait apporter des livres dans sa cellule, afin de lui permettre de s’occuper, et l'informa que les fées lumineuses viendraient lui rendre visite. Résignée, la princesse se laissa enfermer dans son cachot. Pendant son incarcération, elle tenta d’interroger Harald, mais celui-ci avait reçu pour ordre de ne pas lui adresser la parole. Même ses gracieuses amies ailées orientaient la conversation vers d’autre sujets lorsqu’elle leur demandait les raisons de cette réclusion inhabituelle. Néanmoins, Lisa fut traitée par ses geôliers avec les mêmes égards que d’habitude : ils lui apportèrent de savoureux repas, et Viviane vint même personnellement dans son cachot coiffer ses cheveux.
Enfin, quand la nuit fut tombée, deux gardes squelettes vinrent la chercher dans son cachot, et lui annoncèrent d’un ton quelque peu sinistre :
« Princesse, l’heure est venue »
Lisa fut ensuite solidement enchaînée, les bras liés derrière le dos, pieds nus et vêtue de sa robe de captive, comme lorsqu’elle était livrée au dragon. Mais au lieu de la conduire à l’extérieur du château, les squelettes l’emmenèrent dans la salle d’audience. Une immense foule composée de squelettes, de loups, d’ours, de chats, et aussi de quelques humains et autres créatures diverses emplissait presque complètement celle-ci. Dans les airs, de nombreux fantômes flottaient au dessus de la terrifiante assistance. Au fond de la pièce, Roderick, Gertrude et Viviane siégeaient sur leurs trônes. Lorsque la princesse, encadrée par ses gardes, avec Harald, qui l’avait accompagnée, derrière elle, apparut sur le seuil de la pièce, la mage déclara d’un ton abrupt :
« Faites avancer la prisonnière. »
Guidée par ses gardes, Lisa marcha lentement devant elle, par un étroit chemin qui constituait la seule zone dégagée dans la salle. Bien qu’elle connût la plupart des créatures qui constituaient la foule, notamment les villageois sous leur forme garou, Lisa n’en était pas moins intimidée. Pourquoi étaient ils tous réunis ce soir dans cette pièce, autour de leur souverain? Pourquoi l’avait-on fait venir? Lorsqu’elle ne fut qu’à trois pas du trône de Roderick celui-ci ordonna :
« Captive, à genoux »
La princesse ne comprenait pas pourquoi le mage lui parlait d’une voix aussi sèche, et une grande angoisse saisit son âme. Avait elle fait quelque chose de mal? Quelques instants plus tard, les squelettes la forcèrent à s’agenouiller, mais lorsque Lisa sentit le coussin qu’un de ses gardes avait glissé sous ses jambes afin de limiter son inconfort, elle comprit que la dureté du seigneur Roderick n’était que simulée. Et, en effet, lorsqu’il lui adressa à nouveau la parole, son ton s’était considérablement adouci:
« Lisa, tu peux à présent redresser la tête. »
Rassurée, la jeune fille obéit. Le mage reprit la parole à voix haute, d’un ton solennel, s’adressant non seulement à sa captive, mais à toute l’assistance réunie:
« Lisa, lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois dans le palais de ton père, j’avais un rêve :  trouver en toi une alliée qui pourrait dépasser ses préjugés sur mon royaume et ses habitants, et ainsi les comprendre et les aimer. J’ai fondé mes espoirs sur la réputation de bonté et d’ouverture d’esprit que tu avais suscitée au sein de ton peuple. Et c’est pourquoi j’ai fait le pari de te révéler mon identité ainsi que la véritable nature des sujets qui constituaient ma suite. Et je peux t’affirmer à présent que mon audace a été récompensée au delà de ce que je pouvais imaginer. Tu as immédiatement réussi à dépasser la peur que pouvait t’inspirer notre apparence, et nous traiter avec respect, sympathie et même compassion. Tu as consenti à venir dans mon royaume même si cela impliquait de prendre un statut aussi vil que celui de prisonnière. Mais tu portais tes chaînes avec humilité, grâce et sans jamais perdre ta dignité. Car nous savons que cela représentait un choix éclairé de ta part et non le signe d’une faiblesse de caractère, car nous pouvons témoigner avec fierté que tu étais capable de donner le meilleur de toi-même pour reprendre ta liberté. De plus, tu as marqué tous ceux que tu rencontrais par ton amabilité, ta modestie, ton désir d’apprendre, une curiosité qui ne dépassait jamais les limites de la bienséance, et ton refus de porter un jugement hâtif sur autrui. Tu considérais notre différence comme une richesse et non comme un motif de rejet.  Tu as ainsi réussi à te faire aimer de mon peuple, et chacune de tes visites nous a apporté beaucoup de joie et de bonheur.
Lisa, dans ton royaume natal, tu dois ton titre de princesse au heureux hasard qui t’as fait naître fille de roi. Mais lorsque tu es venu dans la forêt interdite, tu n’avais que le statut de captive, et tu as gagné tes lettres de noblesse par tous les efforts que tu as accompli pour te rapprocher de mon peuple. Tu dois ta popularité à tes seules vertus. Et c’est pourquoi Viviane, Gertrude, Francine, en tant que représentante du village, et enfin moi-même avons décidé à l’unanimité de te conférer officiellement le titre de princesse captive de la forêt interdite. En tant que captive, tu ne peux prétendre à notre succession, mais tu n’en restes pas moins notre princesse dans tous les coeurs. Et nous sommes tous réunis ce soir pour procéder à ton couronnement. »
Tandis qu’elle écoutait le mage, Lisa sentit une immense joie monter dans son âme. Elle comprenait qu’elle avait été confinée dans son cachot afin de lui dissimuler la préparation de cette merveilleuse surprise. La jeune femme était profondément touchée par les compliments de Roderick, et encore plus par les applaudissements et les acclamations qui suivirent son allocution, au point que des larmes coulèrent sur ses joues. Elle parvint néanmoins à prononcer, tournant son regard dans toute la salle :
« Seigneur, je suis profondément honorée de l’immense faveur que vous m’accordez. Mais je tiens à m’adresser à vous tous réunis, qui m’avez toujours accueillie avec bienveillance et respect, et vous remercier du plus profond de mon coeur. Car j’ai bien conscience que je n’ai pu devenir votre princesse que parce que j’ai réussi à gagner votre affection. Et je vous promets de me montrer digne de ce titre que vous m’avez si généreusement offert. »
Une nouvelle salve d’applaudissements et d’acclamations suivirent les propos de Lisa, avant que le mage impose à nouveau le silence dans la salle, et prononce ces paroles :
« Maintenant, que le couronnement commence »
Viviane se leva de son siège et rejoignit un serviteur squelette qui lui tendit un coussin pourpre sur lequel était posée une couronne en or sertie d’une dizaine de gemmes de couleurs diverses. Après avoir reçu son précieux fardeau, la jeune sorcière se dirigea vers la princesse et se plaça face à elle. Gertrude se leva alors, rejoignit sa fille et prit la couronne dans ses deux mains, avant de la poser sur la tête de Lisa qui s’était respectueusement inclinée devant elle.
A cet instant, une immense clameur perça de la foule :
« VIVE NOTRE PRINCESSE LISA »
Quant aux garous, ils poussèrent des hurlements qui exprimaient le même message.
La princesse était tellement émue qu’elle n’en trouvait plus la force de se relever au point que Gertrude et Viviane durent l’aider à se remettre sur ses jambes. Les deux femmes la prirent ensuite dans ses bras et la félicitèrent. Jamais Lisa n’avait été aussi heureuse de sa vie. 

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