La princesse Lisa et le château de la terreur : partie 36

36) L'évasion : deuxième partie

La princesse descendit vivement l’escalier de la tour. Alors qu’elle allait s’engager dans le couloir en contrebas, elle entendit des bruits de pas qui en provenaient. Lisa se plaqua contre un mur et s’immobilisa. Quelques instants plus tard, aperçut par l’ouverture de la tour deux gardes squelettes qui traversaient le couloir. Heureusement, la princesse s’était positionnée de manière à ce que les sentinelles lui tournent le dos et celles-ci passèrent sans la remarquer. Peu après, le couloir fut plongé dans le silence, parfois interrompu par le sifflement d’un des serpents du château. La princesse reprit alors sa route pour rejoindre les écuries. Tandis qu’elle parcourait les couloirs qui l’y menaient, elle croisa aucune créature sur son chemin, à l’exception d’une couleuvre brune, et bien sûr des innombrables araignées qui y tissaient leur toile. Elle rejoignit ainsi sans encombre l’enclos où Anna était installée. Mais dès qu’elle y entra, elle tomba nez à nez sur un garde squelette qui se dressait devant sa jument. Celle-ci ne montrant aucun signe de panique, Lisa reconnut son ami Pierrot :
« Oh, je crains que ma tentative d’évasion ait échoué, s’exclama la jeune femme d’un ton faussement consterné.
- Mais non, mais non, la rassura le squelette. Comme c’est votre première fois, je ferai comme si je n’avais rien vu. Après tout, une princesse peut soudoyer un garde afin qu’il la laisse s’enfuir
- Tu seras alors le deuxième que j’aurais réussi à amadouer après mon geôlier Harald. Mais dis moi, comment se fait il que je te retrouve en compagnie d’Anna?
- Voilà, votre Majesté. Je savais que l’heure de votre fuite approchait, alors j’ai souhaité passer un moment avec votre jument avant qu’elle ne quitte les écuries. Mais vous savez que j’aime beaucoup les chevaux et qu’ils me le rendent bien, aussi je suis resté bien plus longtemps à lui parler et à la caresser que je ne l’avais prévu à l’origine. D’où notre rencontre quelque peu inattendue.
- Oh, je ne la regrette pas. J’ai ainsi le plaisir de te voir une dernière fois avant mon départ.
- A ce propos, savez vous comment rejoindre votre royaume depuis le château?
- Je me souviens du chemin que j’ai parcouru depuis le point où j’ai été capturée. De là, je dois rejoindre le lac de brume, et une fois l’avoir longé, un sentier me conduira à la lisière de la forêt interdite. »
Pierrot lui donna quelques indications supplémentaires afin de l’aider à se repérer. Après lui avoir fait une petite bise sur le crâne pour le remercier, Lisa enfourcha sa jument et sortit du château. Afin de jouer au mieux le rôle de la princesse évadée, elle commença sa route au galop et ne ralentit que lorsqu’elle fut complètement à couvert au milieu des arbres. Tandis qu’elle s’enfuyait, elle remarqua non sans amusement l’absence de Zogshu et des gardes rocheux qui surveillaient habituellement respectivement l’entrée du château et la clôture du domaine de ses ravisseurs. Elle devina que ces derniers avaient pris les dispositions nécessaires pour faciliter sa première évasion. Lisa poursuivit alors sa route dans la forêt. Au début, elle ne rencontra aucun problème pour retrouver son chemin. Néanmoins, une fois qu’elle eût dépassé le point de sa capture, et malgré les indications de Pierrot, elle ne parvint pas à retrouver la rive du lac de brume. En effet, la forêt était devenue tellement dense qu’il y était presque impossible de se repérer. La princesse errait ainsi au milieu des arbres, n’osant trop s’éloigner du chemin qui la ramenait au château de peur de complètement s’égarer. Mais au bout de dix minutes de marche sans but, elle entendit soudain deux petites voix qui l’appelaient :
« Madame Lisa, madame Lisa
- Princesse, nous entendez vous? »
La jeune femme fut stupéfaite de reconnaître les voix des fées lumineuses.
« Lucia? Phoebé? Est-ce vous? Où êtes vous? »
Quelques instants plus tard, les deux gracieuses créatures voletèrent devant ses yeux. Lisa remarqua qu’elles n’étaient plus entourées par leur halo lumineux.
« Nous sommes là, madame Lisa, répliqua Lucia. Et nous nous en félicitons, car nous vous voyons complètement perdue dans ces bois.
- Mais… mais comment êtes vous parvenues à me rejoindre ici? demanda la princesse d’un ton ébahi.
- Nous nous sommes cachées dans une des poches de votre tenue de cavalière répondit Phoebé. Comme nous sommes très légères et que nous n’émettons pas de lumière pendant la journée, vous ne vous êtes aperçue de rien. Madame Lisa, veuillez nous pardonner ce comportement fort inconvenant de notre part, mais le seigneur Roderick nous a demandé d’agir ainsi car il craignait que vous vous égariez dans la forêt interdite lors de votre évasion, et les évènements lui ont hélas donné raison. C’est pourquoi nous sommes venues vous guider afin de vous aider à rentrer chez vous. »
Loin d’être offensée, la princesse ressentait un profond soulagement et une immense joie dans son coeur. Décidément, le mage avait envisagé toutes les éventualités et veillé à prendre les mesures nécessaires pour la protéger.
« Mesdemoiselles, je suis au contraire ravie de vous retrouver, et je vous remercie du fond du coeur. Pouvez vous me conduire au lac de brume, je vous prie?
- Avec grand plaisir, princesse, répondit Lucia »
Les deux fées guidèrent ainsi Lisa au milieu de la forêt. Elles lui montrèrent quelques arbres et rochers aux formes caractéristiques qu’elle devait contourner dans une direction précise afin de pouvoir rejoindre le lac. Elle en reconnut certains que Pierrot lui avaient préalablement décrits, mais que, dans sa panique, elle n’avait pas réussi à retrouver. Au bout d’une dizaine de minutes, la princesse et ses gracieuses compagnes étaient arrivées au bord du lac.
«Merci beaucoup, mesdemoiselles, s’exclama Lisa. Sans vous, je suis certaine que je me serais complètement perdue.
- Tout le plaisir est pour nous, princesse, repliqua Phoebé.
- Je craindrais d’abuser, mais consentiriez vous à ce que nous effectuions ensemble le chemin d’ici jusqu’à la route qui mène au château, afin que je puisse m’en souvenir pour une prochaine évasion?
- Mais bien sûr, madame Lisa. »
Ainsi, la princesse, guidée par ses accompagnatrices, reprit le parcours qu’elle avaient suivi, mais dans la direction opposée, avant de rebrousser à nouveau chemin. A présent qu’elle savait comment s’y repérer, le chemin lui parut beaucoup plus simple. Lisa et les fées longèrent ensuite ensemble la rive du lac de brume. Lorsque celle-ci finit par se dégager, la princesse reconnut le sentier qui la conduisait vers son royaume.
« Mesdemoiselles, je vous suis profondément reconnaissante pour votre aide. Mais à présent je connais la route pour rentrer chez moi, aussi je ne tiens pas à vous déranger plus longtemps. D’autant que je crains de vous avoir bien trop éloignées du château, car cela doit représenter une grande distance pour vous.
- Madame Lisa, nous apprécions beaucoup votre sollicitude, mais ne vous inquiétez pas pour nous. Nous avons convenu avec Zogshu afin qu’il vienne nous chercher au bord du lac afin de nous ramener au château. Au vu de la position du soleil, il doit arriver dans une demi-heure. Il nous suffira simplement de rejoindre le point où nous nous sommes donnés rendez vous. »
Lisa sourit en découvrant que même le dragon avait pris une modeste part dans l’évasion de sa princesse captive. Après avoir pris congé des fées, elle conduisit Anna sur le sentier qui menait vers son royaume. Un quart d’heure plus tard, la princesse quitta la forêt. Elle suivit ensuite les routes qui menaient vers la résidence royale. La jeune femme arriva chez elle au moment où le soleil se couchait.

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