La princesse Lisa et le château de la terreur : partie 31

31) Un extraordinaire voyage vers une destination semblant très ordinaire

Lisa ressentit un tel effroi en voyant le sol s’éloigner progressivement de ses pieds qu’elle en ferma ses yeux. Elle s’accrochait de toutes ses forces à la selle et se félicitait d’être solidement arrimée par la lanière au dessus de son dos. Néanmoins, au bout d’une minute, lorsqu’elle réalisa qu’elle était en parfaite sécurité, elle se risqua à ouvrir ses paupières. Le spectacle qui s’offrait à ses yeux ne manqua pas de l’impressionner. Devant elle, les montagnes révélaient leurs cimes, dont les plus élevées étaient enneigées. En contrebas, la forêt paraissait comme une immense tapisserie verte, parfois entrecoupées de sillons et de taches bleues, correspondant aux cours d’eau et aux lacs. Au dessus de sa tête et parfois même à côté d’elle, les nuages dérivaient au gré du vent, formant une infinité de motifs. Une fois la première frayeur passée, la princesse fut émerveillée par son voyage à travers les cieux. A cet instant, elle comprit l’extraordinaire émotion qu’avait pu ressentir l’ancêtre du seigneur Roderick lorsqu’il avait monté Zogshu pour la première fois, et se sentit incroyablement privilégiée d’avoir eu l’opportunité de vivre une telle expérience. De plus, le vent frais qui soufflait sur son visage lui apportait un plaisir supplémentaire.
Au bout d’un quart d’heure, Lisa observa que le vert de la forêt s’interrompait pour faire place à des couleurs de teinte plus claires, évoquant des champs et des prés. De plus, elle constata que le dragon perdait de l’altitude à mesure qu’il se rapprochait de cette zone dégagée. Zogshu finit par se poser sur une petite route qui sillonnait à travers les champs. Le mage ôta la lanière qui retenait la princesse à la selle, et l’aida à mettre pied à terre.
Pendant le voyage, Roderick et Lisa n’avaient pas échangé une parole. Mais dès que tous deux eurent rejoint la terre ferme, il s’adressa à sa prisonnière :
« Alors, Lisa, avez vous apprécié le voyage? J’ai constaté votre peur au moment de notre décollage, mais elle sembla s’estomper très rapidement.
- En effet, seigneur. Votre selle apporte un tel sentiment de sécurité que j’en ai rapidement oublié ma frayeur et que j’ai pu savourer le plaisir de voler à travers les airs tel un oiseau. Je n’aurais jamais imaginé un jour découvrir ainsi le monde depuis le ciel et je vous remercie de m’avoir offert un tel cadeau.
- Lisa, c’est à Zogshu que vous devez exprimer votre reconnaissance, car vous n’auriez pu le monter sans son consentement.
- Vous avez raison seigneur, et je vais le remercier sur le champ »
A cet instant, le mage sortit des fers d’un sac situé sur la selle.
« Lisa, vos poignets, s’il vous plaît
- Oh, est ce vraiment nécessaire? Vous savez que je n’ai pas l’intention de m’enfuir.
- Oh, je n’en doute pas. Néanmoins, vous n’en demeurez pas moins captive dans ce royaume. Et surtout, n’oubliez pas qu’en amenant une princesse étrangère telle que vous dans ce village, je place mes sujets dans une position vulnérable. Aussi, en vous voyant enchaînée, ils constateront que vous avez consenti à vous placer vous aussi dans une situation où vous dépendez de la bienveillance de personnes à qui vous avez accordé votre confiance. Cela ne manquera pas de les rassurer, car ils y verront une preuve d’empathie de votre part à leur égard.  
- S’il suffit de si peu de chose pour être agréable à votre peuple, j’y consens bien volontiers »
La princesse tendit ses mains et sentit les bracelets d’acier se fermer sur ses poignets. Un instant plus tard, elle leva son regard vers l’immense tête du dragon et s’adressa à lui :
« Mon cher Zogshu, je te remercie du fond du coeur pour m’avoir offert ce merveilleux voyage à travers les airs. Afin de t’exprimer ma gratitude, me permets tu de te faire quelques caresses partout où tu en as envie? »
Bien évidemment, le dragon ne put refuser une offre aussi alléchante, et présenta successivement sa tête, son poitrail et son ventre aux mains de la princesse. Pendant près de cinq minutes, celle-ci cajola l’impressionnante créature qui poussait régulièrement des gloussements de plaisir. Lorsqu’ils eurent terminé, le dragon se redressa et reprit son envol en direction de la forêt. Roderick reprit alors la parole.
« Ne vous inquiétez pas, Lisa. Sachez que Zogshu préfère les montagnes et les forêts aux champs et aux habitations autres que son château. Mais lorsque nous aurons terminé notre visite, il reviendra pour effectuer le trajet du retour. A présent, veuillez me suivre. »
Et les deux compagnons cheminèrent sur la route champêtre. Tout en marchant, Lisa regardait autour d’elle. A sa droite, elle voyait un vaste champ de blé dans lequel s’affairaient des paysans, tous d’apparence humaine. A sa gauche, le terrain semblait avoir été laissé en jachère. A mesure que les deux compagnons avançaient, des champs dans lesquels étaient cultivées des plantes vivrières, notamment des céréales et des légumineuses se succédèrent, entre lesquels se dressaient à intervalles réguliers de petites fermes. La princesse fut frappée par l’apparente banalité de ce paysage qui ressemblait à s’y méprendre aux zones rurales de son propre royaume. Néanmoins, lorsqu’ils virent leur souverain accompagnée d’une inconnue d’apparence aussi distinguée en dépit des fers qu’elle avait au poignets, les paysans interrompirent leur travail, fort intrigués par un spectacle aussi inattendu. Roderick s’adressa à eux d’une voix forte, mais d’un ton bienveillant :
«  Mes chers sujets, je comprends votre surprise en me voyant en compagnie d’une jeune femme étrangère. Nous nous rendons à présent au village, où je serai plus à l’aise pour vous la présenter et vous expliquer les circonstances de sa visite. Vous pouvez vous joindre à nous si vous le désirez. »
Bien évidemment, tous les paysans ne pouvaient abandonner leur tâche. Néanmoins, ils déléguèrent trois d’entre eux, deux hommes et une femme, pour accompagner Roderick et sa captive. Celle-ci réalisa que depuis le départ de Zogshu, elle n’avait observé aucune créature légendaire, mais uniquement des humains, hommes, femmes ou enfants ainsi que des animaux domestiques typiques des champs ou des fermes. Elle se demandait la raison pour laquelle ces gens avaient choisi de chercher refuge dans le domaine du seigneur Roderick. Qu’avaient ils à craindre? Mais elle préféra garder ses réflexions pour elle-même, car elle savait que le mage répondrait à ses interrogations le moment venu.
A mesure que le petit groupe avançait, la princesse constata que les fermes étaient de plus en plus rapprochées les unes des autres. Au bout d’un quart d’heure, Lisa et ses compagnons arrivèrent aux portes du village. 

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