La princesse Lisa et le château de la terreur : partie 28

28) Retour à la salle de bal

Une fois le repas terminé, Viviane et Roderick proposèrent à Lisa de se rendre dans la salle de bal, et la princesse donna son accord. A leur arrivée, une danse venait de se terminer. Lorsque la musique reprit, la plupart des fantômes tournoyèrent à nouveau dans la pièce, sauf un couple qui s'approcha de Lisa. Celle-ci les avait déjà vus lors de son premier passage dans la salle de bal. L'homme aux cheveux blonds, de haute taille et de forte carrure, paraissant la quarantaine, tenait par sa main spectrale une femme brune aux traits fins mais énergiques, qui semblait du même âge que son compagnon. Ils étaient vêtus d'habits correspondant à la mode chez les nobles près de cinq siècles avant la naissance de la princesse. La femme s'adressa à la jeune enchanteresse : 

"Viviane, je vous vois ce soir en compagnie d'une étrangère. Nous l'avions déjà aperçue tout à l'heure dans une tenue bien moins distinguée, mais même à ce moment, nous pressentions qu'elle était issue d'une famille illustre. S'agit il de la princesse captive dont tout le monde parle au château ? 

- En effet. Je vous présente Lisa, princesse héritière du royaume de A..., situé à la frontière ouest de la forêt interdite.

- Le royaume de A...? D'après mes souvenirs, une partie de mon duché se situe actuellement dans ce pays, n'est ce pas? 

- Votre duché? demanda Lisa, intriguée par le commentaire du fantôme. 

- Madame, excusez mon manque de correction. Je me présente : je m'appelle Marie, duchesse de R... .

En écoutant ce titre, Lisa comprit mieux les propos de la noble dame. En effet, plusieurs siècles auparavant, le duché de R.. s'étendait sur un territoire à présent partagé entre la forêt interdite et son royaume. 

Le compagnon de la duchesse se présenta à son tour. 

- Je me nomme Charles, baron de V... . Hélas, ces titres de noblesse sont à l'origine de notre malheur. 

- Votre malheur? demanda la princesse. 

- Charles et moi-même avons fait connaissance à l'occasion d'une réunion organisée par notre souverain des familles nobles de son royaume, et nous sommes immédiatement tombés amoureux l'un de l'autre. Hélas, ma famille s'opposa immédiatement à notre union, car, en tant que fille de duc, je ne pouvais me marier avec un homme d'un rang nettement plus bas que le mien, même au sein de la noblesse. Je fus contrainte d'épouser le duc de R.., qui se révéla un mari violent, infidèle, bien plus intéressé par mon titre que par ma personne. Je ne trouvai comme consolation que mes enfants et les sujets de mon duché, qui m'appréciaient bien plus que mon époux. Malheureusement, affaiblie par les mauvais traitements que m'infligeait mon mari, je finis par mourir en mettant au monde mon septième enfant. 

- De mon côté, poursuivit le baron, je me résignai aussi à épouser une femme de mon rang, mais je ne parvins jamais à oublier Marie. Mais mon honneur de gentilhomme m'interdisait de tromper mon épouse. Néanmoins, celle-ci avait parfaitement conscience que je ne l'aimais pas, et notre vie conjugale ne se révéla qu'une suite incessante de querelles. La mort de Marie me laissa inconsolable, et, miné par le chagrin, je finis par m'éteindre à mon tour. 

- A cause de nos vies ruinées, nos âmes ne parvenaient pas à trouver le repos. Même si nous finîmes par nous retrouver, nous n'avions aucun moyen de véritablement exprimer notre amour dans le néant de la mort. Ma détresse s'amplifia lorsque je vis le territoire de mon ancien duché ravagé par la guerre qui fut à l'origine de la forêt interdite. 

- Et pourtant, ce terrible conflit contribua indirectement à mettre fin à nos tourments. En effet, après plusieurs siècles d'errance, nous parvînmes à entrer en contact avec un nécromancien qui avait trouvé refuge dans la forêt interdite. Nous fûmes profondément touchés par la sympathie qu'il nous témoigna en écoutant notre triste destin. Il nous révéla qu'il avait eu connaissance de bien d'autres romances tragiques similaires à la nôtre, et qu'il souhaitait offrir à tous ces amants malheureux un lieu dédié à l'amour pour les couples qui ne purent s'unir qu'après la mort. C'est pourquoi il nous consacra cette salle de bal où nous pouvons danser ensemble pour l'éternité. 

- Ce nécromancien n'était autre que mon aïeul qui se réfugia dans la forêt interdite, intervint Roderick. Il épouvait de la compassion pour toutes les vies détruites, que ce soit par la guerre ou par un mariage forcé. 

- Cela dit, si beau que soit ce cadeau, il ne remplacera jamais nos vies perdues, reconnut Marie. Madame, je souhaite que vous ne connaissiez jamais un destin similaire au mien et que vos parents ne vous forceront pas à vous marier à un homme indigne de vous. 

- Je ferai tout mon possible pour me protéger d'une telle situation, lui assura Lisa. Quoi qu'il en soit, je vous remercie de m'avoir fait partager votre histoire, et croyez bien que vous bénéficiez de toute ma sympathie. 

- Et nous vous en remercions, répondit Charles d'un ton affable. Mais à présent, nous devons vous laisser, car une nouvelle danse va bientôt commencer." 

Et sur ces propos, le couple spectral s'envola à nouveau dans les airs pour poursuivre leur bal éternel.

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