La princesse Lisa et le château de la terreur : partie 22
22) L’histoire de Zogshu
Lorsqu’ils l’atteignirent, un garde squelette donna à la princesse une cape chaude ainsi que des bottines, qu’elle enfila. Lisa suivit ensuite le mage et constata non sans appréhension qu’il la conduisait vers le dragon qui gardait l’entrée.
« Seigneur Roderick, vous m’avez parlé d’un ami à qui vous souhaitiez me présenter. Serait il possible que vous fassiez allusion à … (elle hésita quelques instants avant de terminer sa question) ..lui? demanda-t-elle en orientant son regard vers le monstre.
-En effet, Lisa, répondit le souverain. Mon amitié avec Zogshu date de ma plus tendre enfance, et n’a pas un instant faibli au fil des années. Aussi , j’ai jugé tout naturel de vous présenter mon plus fidèle compagnon.
- Votre enfance? s’étonna la princesse.
- Oui, Lisa. Le lien qui unit Zogshu à la ma famille a commencé lors de sa rencontre avec mon grand père. Sachez qu’une population d’une demi-douzaine de dragons vivent dans la forêt interdite, qui constitue pour eux un sanctuaire dans lequel ils échappent à la persécution des humains. La quasi-totalité d’entre eux séjournent dans les montagnes. Zogshu lui-même y retourne de temps en temps, mais il préfère de loin rester au château. Pour que vous compreniez comment mon aïeul a pu devenir son ami, malgré sa nature humaine, il me faut d’abord vous expliquer les moeurs des dragons. Ils ont un mode de vie solitaire, mâles et femelles ne se rencontrant que dans le cadre de la reproduction. Les mères s’occupent ensuite seules de leurs petits, et refusent de laisser les mâles s’approcher. Or, à la différence de ses congénéres, Zogshu supportait mal la solitude. Hélas, il ne pouvait ni compter sur les autres dragons pour lui tenir compagnie, ni même sur d’autres animaux qui, par instinct, le fuyaient. Un jour, tandis qu’il se promenait dans les montagnes, mon grand père entra dans la grotte où habitait Zogshu, et tomba nez à nez sur lui. Bien qu’impressionné par cette rencontre impromptue, mon aïeul savait qu’il pouvait compter sur ses sorts protecteurs en cas de besoin. De son côté, Zogshu observait lui aussi avec appréhension ce nouveau venu. Il l’avait reconnu comme un humain, cette espèce à la si terrible réputation, et il constata avec surprise ni peur, ni hostilité de la part de mon grand père. Pendant près d’une minute, tous deux s’observèrent sans faire le moindre mouvement. Puis mon grand père, persuadé que le dragon n’avait pas d’intention hostile à son égard, prit l’initiative de lui caresser le museau. Cela représenta un choc immense pour Zogshu, qui n’avait jamais reçu un tel geste d’affection depuis qu’il avait quitté sa mère. Lorsque mon aïeul retira sa main, il tendit spontanément la tête pour recevoir à nouveau des caresses. Mon grand père comprit le désir du dragon, et le câlina non seulement au niveau du museau, mais aussi du cou, et du poitrail, en lui tenant des propos affectueux, car il savait que ces êtres comprenaient le langage humain. Depuis ce jour, Zogshu n’a plus voulu quitter mon aïeul et le suivit lorsqu’il sortit de la grotte. Lorsqu’il comprit la situation, mon grand père fut contraint de prendre une décision : que faire de ce compagnon inattendu? D’un côté, il n’avait pas le coeur d’abandonner une créature dont il avait deviné qu’elle souffrait profondément de sa solitude, mais de l’autre, comment expliquer à ses sujets qu’il revenait avec un dragon à ses côtés? Mon aïeul décida de parier sur la tolérance de son peuple, et accepta d’emmener Zogshu avec lui, tout en lui expliquant qu’il devrait adapter son comportement s’il voulait habiter dans son château. Le dragon accepta toutes les conditions qui lui furent imposées. Il proposa même à mon grand père de le faire monter sur son dos pour lui permettre de rentrer plus vite chez lui. Bien évidemment, une telle offre ne se refuse pas. J’ai encore gravé dans ma mémoire le récit émerveillé de mon aïeul me décrivant sa première chevauchée sur le dos de Zogshu. Néanmoins, avant de le conduire au château, mon grand père prit la précaution d’y rentrer seul. Il fit réunir tous les habitants de son domaine dans la salle d’audience et leur expliqua la situation. Heureusement, tous ressentirent une profonde empathie envers cette créature qui était condamnée à la solitude à cause de la frayeur qu’elle causait, et, sous réserve qu’il ne cause pas de dommages et ne blesse personne, acceptèrent de l’accueillir. Depuis ce jour, Zogshu habite au château dont il a été chargé de garder l’entrée. Cela dit, il effectue ce travail par choix, non par contrainte : Zogshu dispose d’une liberté totale.
- Et son amitié avec votre famille s’est poursuivie au au fil des générations?
- En effet. A la différence de celle des humains, l’espérance de vie des dragons se compte en siècles. Aussi, chaque parent veille à ce que ses enfants soient habitués à la présence du dragon. Heureusement, Zogshu est tellement adorable qu’il parvient a se faire apprécier de tous.
- Et qui lui a donné ce nom qui, je dois l’admettre, semble plus adapté à un chien de salon qu’à une créature d’aspect aussi redoutable?
- Mon grand père. Au départ, il lui proposa des noms plus « sérieux », tels que Typhon, Fafnir, Rhaegal, Ghidorah ou Drake, mais aucun ne semblait lui plaire. Un peu exaspéré par ces constants refus, il lui proposa le nom le plus ridicule qui lui vint à l’esprit : Zogshu. Et, bien évidemment, le dragon accueillit cette suggestion avec enthousiasme. Amusé, mon aïeul se soumit à son désir.
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