La princesse Lisa et le château de la terreur : partie 23

23) La princesse et le dragon

- Et pourquoi souhaite-t-il tant faire ma connaissance?
- Pour vous l’expliquer, vous devez connaître quelques éléments d’histoire. Bien des siècles auparavant, loin de les fuir, les dragons cherchaient à imposer leur volonté sur les humains qui s’installaient sur leur territoire. Aussi, ils exigeaient que les souverains leur livrent leur filles, afin de montrer que même les hommes qui détiennent le plus de pouvoir ne peuvent rien face à eux. Les dragons tiraient une immense fierté des princesses qu’ils gardaient captive, qui constituaient un marqueur de statut social auprès de leurs congénères. Néanmoins, vous devinez aisément qu’une telle coutume ne peut que susciter une profonde hostilité au sein des humains. Face à la détresse des familles royales, et des promesses de mariage, de richesses et de succession, certains hommes courageux décidèrent d’affronter les terrifiantes créatures afin de délivrer les princesses, et plus d’une fois, ces entreprises se révélèrent couronnées de succès. En voyant plusieurs d’entre eux perdre la vie dans de tels combats, les dragons comprirent que les humains représentaient un bien plus grand danger qu’ils ne l’avaient imaginé. Aussi, à regret, ils décidèrent de renoncer à leur coutume ancestrale, et de se retirer dans des territoires vierges de toute présence humaine. Néanmoins, ils gardèrent la nostalgie de cette époque au cours de laquelle leurs ancêtres gardaient des princesses captives. Aussi, vous pouvez imaginer le choc qu’a ressenti Zogshu lorsque je lui ai raconté que vous aviez consenti à devenir notre prisonnière. Au début, il a eu du mal à y croire. Une princesse captive! Dans SON château! Et en plus, elle était d’accord! Cela paraissait trop beau pour être vrai! Même lorsqu’il vous a vue arriver enchaînée au château, il ne parvenait pas à en croire ses yeux. Mais vous concevez qu’il éprouve le désir de connaître la princesse qui a permis de faire de ce rêve impossible une réalité.
- Est ce que vous lui avez expliqué que ma « captivité » ne va pas durer, et que je compte bien m’échapper de votre château ?
- Lisa, sachez que l’intelligence des dragons égale, voire dépasse celle des humains. Aussi, Zogshu a parfaitement compris que vous n’avez accepté d’être capturée que sous certaines conditions, notamment la garantie de retrouver rapidement votre liberté. Et il sait bien que votre évasion est nécessaire afin d’éviter les représailles qu’il craint tant. Mais il aimerait vraiment profiter autant que possible de ces moments où il garde une princesse captive dans son château. Et c’est pourquoi vous lui feriez un grand honneur et un immense plaisir si vous acceptez d’interagir directement avec lui.
 Lisa répondit d’une voix amusée :
« Ce dragon me fait penser à vous : vous êtes deux gamins recherchant une princesse qui accepte le rôle de demoiselle en détresse. Mais bien sûr que je vais jouer avec votre ami, puisqu’il y tient tant. Après tout, s’il suffit d’aussi peu de chose pour le rendre heureux.
- Merci Lisa, répliqua Roderick avec reconnaissance. Vous pouvez à présent vous approcher de lui et lui parler : il vous comprendra. »
La jeune femme s’avança vers le dragon et s’adressa à lui d’une voix affable:
« Bonjour, Zogshu. Je me présente : je suis la princesse Lisa et je suis enchantée de faire votre connaissance »
Le dragon baissa son immense tête afin de la placer à la hauteur du visage de la jeune femme et la regarda pendant quelques secondes. Puis, de sa gueule presque fermée sortit un grognement qui paraissait être le son le plus doux qu’une telle créature pouvait produire. Lisa en conclut que Zogshu avait favorablement accueilli ses propos, ce que Roderick lui confirma. Un instant après, le dragon présenta son front à la princesse.
« Allez y, caressez le, suggéra le mage, cela lui fera plaisir. »
Après quelques secondes d’hésitation, Lisa posa sa main sur la peau écailleuse du dragon. A sa grande surprise, celle-ci se révéla bien plus douce au contact qu’elle ne l’avait imaginé. Pendant deux minutes, la princesse caressa le front de Zogshu qui entonna à nouveau ses grognements doux. Peu après, le dragon présenta ensuite son cou à Lisa.
« Apparemment, il souhaite aussi que vous le caressiez à cet endroit »
La princesse s’exécuta. Zogshu paraissait enchanté par les câlins qu’il recevait. Bientôt, il en réclama sur son flanc droit. La princesse fut fort amusée par le comportement de la terrifiante créature, qui, à ce moment, lui rappelait les chiens de salon de son château:
« Mais c’est qu’il aime les caresses, ce joli Zogshu dit Lisa d’un ton rieur. Mais oui, tu vas en avoir encore, puisque tu aimes tant ça. C’est le gentil dragon à sa princesse captive, ça. Tout un royaume fuirait devant lui alors que tout ce qu’il veut, c’est des câlins. Et pourquoi pas sur ton petit ventrou, mon mignon Zogshu? »
Le dragon paraissait en extase tandis qu’il recevait les caresses de la princesse. Néanmoins, bien qu’il adorât être traité tel un chien de compagnie, Zogshu n’en restait pas moins fort conscient du danger liés à son immense stature. Aussi, il prit toutes les précautions possibles lorsqu’il s’allongea sur le côté afin de présenter son ventre à la princesse de manière à éviter de la blesser. Dès qu’elle y est accès, la jeune femme reprit ses caresses de plus belle.
Roderick contemplait tout attendri ce charmant spectacle. Il s’adressa alors à la princesse d’un ton joyeux:
« Lisa, je crois que Zogshu vous a adopté. A présent, il vous considère comme sa princesse captive, ce qui représente un grand honneur de la part d’un dragon. Sachez que désormais, vous découvrirez en lui un ami fidèle et dévoué.
- Voilà un bien étrange concept que de considérer la captivité comme un honneur.
- Lisa, pourquoi croyez vous que les dragons des anciens temps capturaient des princesses? Outre le caractère très précieux en tant qu’otage, ils savaient aussi qu’en tant que membres de la famille royale, elles comprendraient mieux que personne les enjeux liés à des conflits de pouvoir entre deux camps revendiquant le même territoire. De plus, les dragons étaient persuadés, non sans raison, qu’une femme leur témoignerait plus d’empathie qu’un homme.
- Cela ne les empêchait pas de les retenir prisonnières, répliqua Lisa d’un ton sévère.
- En effet. Et il est tout aussi exact que certains dragons se révélèrent authentiquement cruels, et tiraient du plaisir de la souffrance de leurs prisonnières. Les pires d’entre eux finissaient même par les manger. D’ailleurs, ce furent précisément ces immondes créatures qui finirent tués. Mais la majorité d’entre eux entretenaient des rapports cordiaux avec leurs captives, et ils choisissaient de s’enfuir lorsque de preux chevaliers venaient sauver la princesse, même si, bien évidemment, ils les combattaient brièvement pour la forme. C’était leur manière de leur rendre la liberté.
- Voilà de bien étranges moeurs. Et j’imagine que mon évasion est inspirée par cette ancienne coutume.  
- Je le reconnais » conclut le mage d’un ton amusé.
Lisa resta encore une dizaine de minutes à dorloter le dragon. Néanmoins, Roderick expliqua à Zogshu qu’il devait emmener sa captive afin de lui faire visiter les jardins du château. Devant l’air déconfit de la pauvre créature, la princesse promit qu’elle reviendrait le voir à son retour, avec l’approbation du mage. 

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