La princesse Lisa et le château de la terreur : partie 19

19) Visite du château : la salle de bal

Les deux femmes se dirigèrent vers la porte située au niveau du mur ouest de la salle à manger. Lisa entendit une musique qui semblait provenir de la salle adjacente et qui lui évoquait un menuet. Lorsqu'elle aborda le sujet avec sa compagne, celle-ci éclata de rire : 

"Non, Votre Altesse, vos oreilles ne vous trompent pas. En effet, nous nous dirigeons vers la salle de bal du château, dans laquelle musique et danses règnent sans partage. 

- Un bal s'y déroule en ce moment? Mais en quelle occasion? Pour fêter ma capture? Et, je vous en prie, vous pouvez m'appeler Lisa. 

- Lisa, même si nous sommes tous très heureux de vous recevoir, nous n'oserions jamais vous insulter en considérant votre captivité comme un motif de réjouissances. Nul besoin d'un quelconque prétexte pour danser dans notre château. Mais vous comprendrez mieux à notre arrivée dans la salle de bal."

Et, en effet, lorsque les deux femmes y entrèrent, la princesse fut frappée de stupeur en contemplant le spectacle qui se présentait devant ses yeux. La salle de bal occupait quasiment toute l'aile ouest du château, et son plafond semblait surélevé par rapport à ceux des autres pièces qu'elle avait visitées. Elle était aussi somptueusement décorée par des peintures et des statues en marbre. Deux immenses fenêtres s'ouvraient vers l'ouest et le sud. Mais Lisa fut moins impressionnée par la salle elle-même  que par ses occupants. En effet, d'innombrables couples d'apparence spectrale, tous paraissant habillés très élégamment, dansaient au rythme de la musique jouée par un orchestre constitué d'une dizaine de squelettes. Les fantômes étaient tellement concentrés sur leur danse qu'ils n'accordèrent aucune attention aux nouvelles venues. 

Lisa reprit la parole : 

"Vous... vous organisez des bals de fantômes? 

- Lisa, vous avez sous les yeux des âmes de plusieurs générations de nobles de l'ancien royaume, qui constitue à présent la forêt interdite. Bien d'entre eux virent leurs amours contrariées, soit par le décès prématuré d'un des membres du couple, soit par une séparation consécutive à un mariage arrangé. Lorsque l'ancêtre de Roderick arriva dans le château abandonné, leurs âmes se manifestèrent devant lui et lui exprimèrent leur détresse. Néanmoins, elles n'aspiraient pas à retrouver une existence matérielle, mais simplement à jouir de leur amour pour l'éternité. Aussi, cette salle de bal leur a été consacrée, dans laquelle les amoureux peuvent danser ensemble aussi longtemps qu'ils le souhaitent. Nos squelettes musiciens se relaient à intervalles réguliers pour assurer l'accompagnement musical. Je vous conseille de ne pas les déranger pendant le bal, car vous risqueriez de les offenser. Néanmoins, les fantômes sont informés de votre visite. Si certains d'entre eux souhaitent faire votre connaissance, ils viendront vous aborder après avoir achevé leur danse."

Lisa fut profondément touchée par cette immense pièce consacrée à l'amour éternel. Néanmoins, une question la taraudait : 

"Je devine que cette salle de bal est réservée aux aristocrates. Mais les paysans et les artisans eux aussi savent aimer. Ne méritent-ils pas eux aussi un lieu pour danser, d'autant que la guerre a brisé bien des jeunes amours parmi eux? 

- Bien évidemment, mais vous savez fort bien que les bals populaires se déroulent dans un cadre fort différent, souvent en plein air. De plus, les paysans ne pratiquent pas les mêmes danses que les aristocrates. C'est pourquoi leurs bals se déroulent en dehors de l'enceinte du château, mais je peux vous assurer que leur ambiance n'a rien à envier à ceux de nos nobles.

- Je vous remercie pour ces explications, madame Viviane. 

- Votre question pertinente méritait une réponse satisfaisante. Mais à présent, il est temps de poursuivre notre visite.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 27

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 43

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 42