La princesse Lisa et le château de la terreur : partie 12
12) Arrivée au château
Devant la porte d'entrée, deux créatures humanoïdes massives dont la taille dépassait les deux mètres, entièrement constituées de roche, montaient la garde derrière la clôture. Jacques leur adressa quelques mots, et les terrifiantes sentinelles ouvrirent la porte. Les soldats et leur prisonnière commencèrent à parcourir l'allée menant au château. Durant le trajet, Lisa contempla autour d'elle le parc qui entourait le bâtiment principal. A sa grande surprise, elle constata que celui-ci consistait à sa droite en un vaste jardin potager, et, à sa gauche, en un verger. Des créatures fort variées prenaient soin des cultures : squelettes, lutins, elfes, fées et même des humains d'apparence normale. La princesse ne s'attendait pas à ce spectacle d'êtres fantastiques occupés à des travaux aussi ordinaires. Néanmoins, lorsque Lisa tourna son regard vers les douves qui séparaient le parc du château proprement dit, elle manqua de pousser un cri de frayeur. Un immense dragon de couleur rouge sombre et d'une longueur de près de dix mètres se tenait derrière le fossé, à côté de la porte d'entrée, et observait d'un regard circonspect la jeune femme. Mais Jacques se tourna alors vers sa captive et s'adressa à elle d'une voix affable :
"Rassurez vous, Votre Majesté. Voici Zogshu, le dragon gardien du château. Malgré son apparence effrayante, il n'est pas agressif. Néanmoins, il se méfie beaucoup des inconnus. Mais nous l'avons averti de votre arrivée, donc ne craignez aucune attaque de sa part."
Et en effet, la terrifiante sentinelle resta immobile lorsque la troupe franchit le pont surplombant le fossé et rejoignit la porte d'entrée. Aidée de deux gardes, Lisa descendit de sa jument, qui fut confiée aux soins de Pierrot. Jacques fit ensuite conduire la princesse à l'intérieur du bâtiment. Il s'adressa ensuite à ses soldats :
"Trois hommes avec moi pour escorter la prisonnière vers notre seigneur. Les autres peuvent rejoindre leurs quartiers"
Jeannot, ainsi que deux autres squelettes que Lisa avait déjà rencontré chez son père, restèrent à ses côtés. Après avoir franchi le hall d'entrée, la princesse et son escorte arrivèrent dans la salle d'audience. Au fond de la pièce, le seigneur Roderick était installé sur un trône en bois noir. Deux femmes siégeaient à ses côtés: celle à sa droite paraissait avoir une trentaine d'années. Sa peau blanche, ses longs cheveux noirs et son visage fin et régulier lui conféraient une grande beauté qui était mise en valeur par l'élégante robe noire qu'elle portait. La dame installée à la gauche du mage paraissait nettement plus âgée avec ses cheveux grisonnants et son visage sur lequel se dessinait quelques rides. Néanmoins, son corps vigoureux et son regard vif révélaient une force et une énergie que les années ne semblaient pas avoir entamées.
Au moment où Lisa entra dans la salle, le seigneur Roderick se leva et vint à sa rencontre. Au grand amusement de la princesse, il s'inclina devant elle lui baisa respectueusement ses mains enchaînées et s'adressa à elle en ces termes :
"Votre Altesse, je vous souhaite la bienvenue dans mon domaine. Je vous suis profondément reconnaissant de l'honneur que vous nous accordez à mes sujets et à moi-même par votre visite, en particulier dans de telles modalités.
- Seigneur Roderick, croyez bien que je suis tout aussi charmée que vous ayez consenti à me faire profiter de votre hospitalité. Et cela d'autant que vous semblez traiter vos captives avec les mêmes égards que ceux que l'on accorde aux invités les plus illustres.
- Je vous remercie, Votre Majesté"
Les deux femmes qui siégeaient aux côtés du seigneur se levèrent à leur tour pour rejoindre la princesse.
"Votre Altesse, poursuivit Roderick, permettez moi de vous présenter ma cousine Viviane, ainsi que sa mère, Dame Gertrude, qui est aussi ma tante paternelle. Viviane, Gertrude, voici mademoiselle Lisa, princesse héritière du royaume de A...
- Enchantée de faire votre connaissance, Votre Majesté, déclarèrent les deux dames
- Tout le plaisir est pour moi" répondit aimablement Lisa.
Le seigneur Roderick reprit la parole :
"Votre Altesse, je ne doute pas que vous avez beaucoup de questions à me poser et bien des sujets dont vous voulez vous entretenir avec moi. De plus, je sais que vous souhaiterez faire plus ample connaissance avec les habitants de mon domaine, entre autres mes chères parentes. Et croyez bien que je veillerai à satisfaire vos désirs. Mais à présent, je devine que vous avez besoin d'un peu de repos après ce voyage aussi mouvementé. Aussi, je vous propose de vous conduire vers vos quartiers."
Lisa approuva cette suggestion. et bientôt, elle quitta la salle en compagnie de son hôte ravisseur. Ils parcoururent ensemble un long couloir avant qui débouchait vers un escalier menant au sommet d'une tour. La princesse remarqua que le plafond et les murs du château étaient envahis par d'énormes toiles d'araignées. De plus, lorsqu'elle arriva devant les marches, elle poussa un cri de surprise lorsqu'elle vit un long serpent ramper sur le plancher. Roderick s'adressa alors à sa captive :
"Ne vous inquiétez pas, Votre Altesse, il n'est pas venimeux. De nombreux serpents vivent dans mon château, et ils se révèlent fort utiles car ils permettent de contrôler la prolifération des rats. De même, les araignées me débarrassent de beaucoup d'insectes nuisibles. Aussi, ne vous préoccupez pas de leur présence ; néanmoins, gardez vos distances, afin qu'ils ne se sentent pas menacés par vous."
La princesse approuva le conseil du seigneur. Les deux compagnons gravirent ensuite l'escalier avant d'arriver devant deux portes. Roderick frappa à celle de gauche. Quelques instants après, une créature d'une incroyable laideur leur ouvrit. Elle mesurait un peu moins de deux mètres de haut, sa peau était presque entièrement recouverte de longs poils gris. Son visage sur lequel se dessinaient de petits yeux et d'où émergeait un nez volumineux, sa forte corpulence, ses traits difformes et ses jambes courtes en faisaient l'un des êtres les plus hideux que la princesse ait jamais vu de sa vie. Le monstre parla au mage d'une voix rauque :
"Que puis-je pour votre service, Maître?
- Harald, voici la princesse Lisa dont je vais te confier la garde."
Ces propos terrifièrent la princesse. Comment son hôte pouvait la livrer à une telle créature? Roderick s'en aperçut, et s'adressa à elle d'une voix douce :
"Votre Majesté, voici Harald votre geôlier. Je comprends votre peur, mais avant de le juger, laissez moi vous raconter son histoire. Harald est un troll, une créature qui vit d'ordinaire dans les royaumes du grand Nord. Mais à la différence de ses semblables, il déteste la violence et la brutalité. Malheureusement, son tempérament pacifique l'exposa tant à la maltraitance de ses semblables qui le méprisaient pour sa douceur qu'à la persécution de la part des humains qui lui faisaient payer les crimes de ses congénères. Aussi, il fut contraint de fuir son pays natal, et, après une longue errance, il finit par trouver refuge dans la forêt interdite il y a un peu plus de vingt ans. Touché par son triste destin, mon père le recueillit, et depuis, il est devenu l'un des serviteurs les plus dévoués du château.
- Bonjour Altesse, articula le troll, tentant vainement d'adoucir sa voix.
- Enchantée, monsieur Harald" répondit Lisa.
"Harald est peu loquace, et, comme la plupart des trolls, ne brille pas par sa vivacité d'esprit, poursuivit le mage. Néanmoins, vous découvrirez en lui un geôlier très attentionné envers ses prisonniers, sur lequel vous pourrez compter sans hésitation.
- A votre service, madame, confirma Harald
La porte que le troll avait ouverte menait vers une petite alcôve dont la plus grande partie de l'espace était occupé par un vaste lit. Mais Roderick et Lisa laissèrent Harald dans ses quartiers et franchirent l'autre porte qui menait vers une prison comportant un unique cachot. Le mage ouvrit la porte constituée de solides barreaux en acier et fit entrer la princesse dans la cellule. Celle-ci était sobrement meublée : un lit, une table, une chaise, et un coffre de rangement. Une fenêtre fermée elle aussi par des barreaux y laissait passer la lumière du jour.
"Donc voici mes appartements, déclara Lisa. Je dois reconnaître qu'ils sont fort appropriés pour une princesse captive.
- En effet, admit Roderick, mais ce cachot vous servira essentiellement de chambre à coucher et de lieu de repos où vous pourrez vous retirer lorsque vous aurez besoin d'un moment de tranquillité. Ne croyez pas que je souhaite que vous y soyez enfermée la plus grande partie de votre séjour parmi nous. Mes sujets et moi avons tant à vous faire découvrir que vous n'aurez pas le temps de vous ennuyer."
Le mage ouvrit le coffre et en sortit une robe blanche dont le bas et les manches comportaient quelques déchirures :
"Votre Altesse, voici votre tenue de princesse captive, annonça-t-il. Pouvez vous l'essayer, je vous prie, afin que je m'assure qu'elle vous aille bien?"
Lisa y consentit. Roderick lui enleva ses chaînes et sortit de la prison pour la laisser se changer. La princesse retira ses habits de cavalière et enfila la robe qui était parfaitement adaptée à sa taille, et, descendant jusqu'au dessus de ses chevilles, ménageait sa pudeur. Lorsqu'il retourna dans le cachot, le mage fut lui aussi satisfait du résultat. Il plaça ensuite les habits de voyage de sa captive dans le coffre et lui remit ses chaînes aux poignets avant de reprendre la parole :
"Votre Majesté, lors de notre premier entretien, j'avais évoqué la question de votre évasion. Dans cette perspective, il me parait essentiel que mes sujets et moi-même sachions précisément lorsque vous souhaiterez quitter notre royaume. Aussi, voici ce que je vous propose comme stratégie pour nous en informer. Tant que vous désirerez rester parmi nous, vous porterez votre robe de captive. En revanche, si vous décidez de remettre vos habits de cavalière, nous saurons que l'heure de votre départ approche et nous prendrons les mesures adaptées. Par exemple, Harald se postera devant votre porte afin quevous ayez facilement accès aux clés.
- Cela me parait une excellente suggestion. D'autant que ma tenue actuelle ne me paraît guère adaptée pour une évasion, répondit Lisa en souriant.
La jeune femme était pieds nus et ne portait que ses sous-vêtements sous sa robe. Néanmoins, elle ne souffrait pas du froid, car sa fenêtre était aussi fermée par une vitre solide qui la protégeait du vent extérieur.
"Votre Majesté, je vais à présent vous laisser vous reposer, déclara Roderick. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites en part à Harald, et il veillera à vous satisfaire. Même s'il reste la plus grande partie temps dans son alcôve, afin de vous laisser votre intimité, il passe très régulièrement vous voir afin de s'assurer de votre bien être.
- Merci de votre sollicitude, seigneur Roderick."
Le mage enferma sa captive dans le cachot et se retira. Bientôt, un profond silence s'installa dans la prison. La princesse fit quelques pas dans la cellule. Elle regarda par la fenêtre qui offrait une vue spectaculaire sur la forêt interdite. Elle éprouva alors un profond sentiment de solitude, mais aussi de tranquillité. Néanmoins, elle savait qu'elle aurait ressenti une terrible angoisse si elle n'avait pas été persuadée de la grande bienveillance des habitants du château. Aussi surprenant que cela lui parût, la présence du troll, si hideux qu'il fût, à proximité de sa prison, la rassurait. Lisa finit par s'allonger sur son lit qui, sans être aussi douillet que celui de sa chambre au palais, se révéla for convenable, et, fort lasse, elle s'y assoupit.
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