La princesse Lisa et le château de la terreur : partie 9

9) Rencontres extraordinaires  dans les écuries

Lisa ne manqua pas d'être intriguée par cette nouvelle proposition. Après tout, en moins d'une heure, elle avait appris que le beau prince en visite chez son père était en réalité le sorcier nécromancien régnant sur la forêt interdite, et que sa garde était constituée de squelettes. Mais une fois sa frayeur initiale dissipée, la princesse avait découvert en eux des personnes aimables et courtoises dont elle appréciait la compagnie. Aussi, la perspective de rencontrer des créatures d'aspect terrifiant suscitait à présent en elle bien plus la curiosité que la peur. C'est pourquoi elle accepta la suggestion de Pierrot. Après avoir repris leur déguisement, Roderick et ses hommes conduisirent la princesse dans les écuries où les chevaux du "prince" avaient été installés. Pierrot conduisit deux d'entre eux dans un enclos à l'abri des regards. Le mage prononça ensuite une formule dans une langue inconnue de Lisa, et, soudain, l'apparence des deux animaux se métamorphosa. Si l'arrière de leur corps conserva sa nature chevaline, leur tête, leur poitrail et leurs pattes antérieures étaient devenues celles d'un aigle dont ils possédaient aussi les ailes. Loin d'être effrayée, Lisa fut émerveillée par l'aspect majestueux de ces créatures. 

"Seigneur Roderick, si je ne m'abuse, ces destriers ne sont autres que des hippogriffes, n'est ce pas? demanda-t-elle

- En effet, Votre Majesté.

- J'en avais lu la description dans des récits légendaires mais je n'aurais jamais imaginé en rencontrer un jour

- Les hippogriffes sont des créatures farouches qui ne se laissent pas facilement approcher. Mais lorsque l'on parvient à gagner leur confiance, ils se révèlent extrêmement fidèles et dévoués. 

- Et je ne manque jamais d'être impressionné par leur intelligence, continua Pierrot avec enthousiasme. Ils comprennent d'emblée ce qui est attendu d'eux sans que j'ai besoin de leur fournir d'explications. Je me souviens encore de ma première rencontre avec un hippogriffe, une femelle qui avait trouvé refuge dans la forêt interdite après avoir été grièvement blessée. Je savais que la pauvre créature mourrait si elle n'était pas promptement soignée. Je courus chercher le matériel dont j'avais besoin pour panser sa plaie, puis je m'approchai d'elle. Au début, elle tenta de me repousser, mais elle était trop affaiblie pour y parvenir. De plus, elle comprit rapidement que j'étais venu pour la sauver, et, n'ayant pas d'autre choix, elle finit par accepter de m'accorder sa confiance. Pendant plusieurs semaines, je m'occupai sans relâche d'elle, jusqu'à ce qu'elle se soit remise de sa blessure. Dès qu'elle fut guérie, elle reprit son envol et s'éloigna de la forêt interdite. Mais, à peine une semaine plus tard, tandis que je marchais dans les bois, je la vis se poser devant moi accompagnée d'une dizaine de ses congénères. 

- Je devine que votre nouvelle amie souhaitait rendre visite à son sauveur, suggéra Lisa

- Malheureusement, ce n'était pas la seule raison de son retour. En effet, je devinai que les hippogriffes subissaient les persécutions des humains qui les craignaient et qui avaient failli faire une nouvelle victime, qui n'avait survécu que grâce à mon intervention. Ces malheureuses créatures recherchaient un refuge où elles pourraient vivre en paix, et, suite à son expérience avec moi, mon amie avait réussi à persuader ses semblables qu'ils trouveraient la sécurité dans la forêt interdite. Heureusement, cette intuition se révéla justifiée, car, fidèle à la tradition de ses ancêtres, mon maître de l'époque, le père du seigneur Roderick, veillait à accorder sa protection aux créatures qui venaient chercher l'asile dans son domaine. Dès que je l'informai de l'arrivée des hippogriffes, il veilla à faire interdire toute attaque contre eux. Ainsi, ces majestueuses créatures s'installèrent dans notre contrée. Certains vécurent à l'état sauvage, mais d'autres, comme la femelle que j'avais soignée, s'attachèrent à moi, à mon maître et aux autres habitants du château et devinrent nos compagnons. Voici deux de leurs descendants. Venez, approchez vous d'eux. Ils savent qu'ils n'ont rien à craindre de vous, puisqu'ils comprennent que je vous ai accordé ma confiance"

Lisa s'avança vers un des hippogriffes. Malgré la présence de son ami squelette, l'animal lançait un regard interrogateur vers la jeune femme. Instinctivement, Lisa s'inclina respectueusement devant la magnifique créature. Celle-ci fit alors un pas vers la princesse et baissa lentement la tête :

"A présent, caressez le lentement derrière les oreilles", conseilla Pierrot. 

Lisa s'exécuta et, peu après, le deuxième hippogriffe s'approcha à son tour d'elle. La princesse répéta avec l'autre créature le cérémonial de présentation. 

Pierrot déclara d'une voix enthousiaste : 

"Votre Altesse, je me dois de vous féliciter : j'ai rarement vu des hippogriffes se laisser toucher aussi rapidement par une créature inconnue, et en particulier une humaine. Ils ont certainement décelé en vous un coeur pur et bon.

- Et je suis profondément honorée de la confiance qu'ils m'ont accordée. Je saurai m'en montrer digne."

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