La princesse Lisa et le château de la terreur : partie 8
8) Une deuxième chance
Jacques prit alors la parole pour s'adresser à la princesse :
"Et je suis heureux de travailler pour le seigneur Roderick. De mon vivant, j'étais officier dans l'armée du royaume de U... , et je commandais un bataillon lors cette tragique guerre. J'avais même sous mes ordres Jeannot, qui avait été arraché à sa ferme pour combattre. Je connaissais la futilité du conflit dans lequel j'étais impliqué, mais je n'avais pas d'autre choix que d'obéir à mes supérieurs. Je ressentis une immense souffrance lorsque j'entraînai mes soldats dans l'assaut. Je me battis vaillamment à leurs côtés, mais, malheureusement, je ne pus empêcher le massacre de la plus grande partie des hommes que j'avais sous ma responsabilité. Je fus moi-même tué lors d'un combat singulier avec un officier ennemi. Mon âme rejoignit alors celles de mes soldats qui pleuraient leur vie perdue si prématurément pour une cause qu'elles ne comprenaient pas. Ils regrettaient leurs parents, leurs amours, les enfants qu'ils n'auraient jamais, et je me joignis à mon tour à leurs lamentations. Moi qui m'étais engagé dans l'armée pour protéger mon peuple, je souffrais atrocement en sachant que j'avais entraîné tant d'innocents au trépas. Quel sens avait eu ma vie?"
Lisa fut profondément émue en écoutant le triste destin de l'officier squelette:
"Monsieur Jacques, croyez bien que je compatis profondément aux souffrances que vous avez endurées. Et je ne puis m'étonner que votre âme ne soit pas parvenue à trouver le repos dans de si tragiques circonstances.
- Votre Altesse, je vous remercie pour vos bien aimables paroles, et je ne peux que vous donner raison. C'est pourquoi, lorsque l'aïeul du seigneur Roderick arriva et qu'il me proposa de retrouver une existence terrestre, même sous la forme mutilée d'un squelette, je compris que le destin m'avait donné une seconde chance, ainsi qu'à mes hommes. Je devins ainsi le chef de ses gardes. Outre mon rôle de chef d'escorte pour mon seigneur, je suis aussi chargé du maintien de l'ordre dans son royaume, afin d'en protéger ses habitants. Je pus ainsi accomplir dans la mort la mission que j'avais échouée de mon vivant. Et je ne pourrai jamais assez remercier mon maître pour son choix d'éviter tout conflit avec les royaumes voisins de la forêt interdite, malgré le ressentiment que certains de nos sujets puissent ressentir contre eux. Je ne sais que trop bien à quel point la plupart des guerres n'apportent que du malheur aux habitants des pays qui y sont impliqués, et qu'elles visent le plus souvent à servir les intérêts des puissants."
- Même si rien ne pourra remplacer la vie que vous avez perdue, je suis heureuse que vous soyez parvenu à vous épanouir, autant que cela peut être possible, dans votre nouvelle existence.
- Je vous remercie, Votre Altesse. Lorsque vous serez reine, n'oubliez jamais que votre première responsabilité consiste à protéger vos sujets, et non vos intérêts personnels.
- J'en ai bien conscience, croyez le."
Lisa s'adressa ensuite à Jeannot :
"D'après ce qu'a dit Jacques, vous étiez paysan de votre vivant?
- Oui, Votre Altesse. Je cultivais la terre dans la ferme familiale. Mais je voulais faire autre chose de ma vie que de travailler dans les champs. Voyez vous, ce que j'aime le plus dans la vie, c'est divertir les gens. Raconter et interpréter des histoires, jongler, accomplir des acrobaties, et faire de la musique, en chantant ou en jouant de la vielle ou de la mandole. Je consacrais tout mon temps libre à apprendre à savoir faire tout ça, et je montrais mes talents lors des fêtes au village. J'arrivais même à avoir du succès. J'espérais un jour rejoindre une troupe de forains. Mais la guerre est arrivée, et je mourus avant d'avoir pu réaliser mon rêve. Il a fallu que je devienne un squelette pour que je puisse enfin passer mon existence à amuser les autres comme je le voulais, puisque maintenant, je suis bouffon au château du seigneur Roderick, même si je peux être appelé à servir parfois comme garde, comme à présent.. Le destin est parfois amusant, vous ne trouvez pas?
- J'en conviens, monsieur Jean.
- Votre Majesté, ne soyez pas aussi formelle avec moi. Appelez moi Jeannot et n'utilisez pas le "vous".
- Bien sûr, Jeannot, si cela peut t'être agréable."
La princesse s'adressa au dernier garde :
"Et vous, monsieur Pierrot, consentiriez vous à me parler de votre vie avant votre transformation en squelette?
- Avec grand plaisir, Votre Majesté, et appelez moi "Pierrot" tout simplement. J'étais garçon d'écurie et je m'occupais des chevaux au palais royal. Mon père travaillait aussi dans les écuries, et j'ai hérité de sa vocation. J'adorais mon travail car j'aime profondément les animaux, dont les sentiments sont souvent plus authentiques que ceux des hommes.
- Je vous comprends, répliqua Lisa. Je ressens une profonde affection pour Anna, ma jument blanche. Je l'ai vu grandir dans le palais de mon père, et, quand je le pouvais, je me joignais aux palefreniers pour m'occuper d'elle. Elle représente bien plus pour moi qu'une simple monture.
- Voilà de bien nobles sentiments, Votre Altesse. Lorsque la guerre a éclaté, j'ai été affecté aux côtés des cavaliers afin de veiller sur leurs bêtes. Ironiquement, j'étais dans le camp adverse de celui de Jacques et Jeannot. J'ai vu toute la barbarie des combats, dans lesquels succombaient non seulement les hommes, mais aussi les chevaux. Quel souffrance de perdre mes camarades, mais aussi ces pauvres bêtes massacrées dans un conflit qui ne les concernait pas et auquel elles ne comprenaient rien! Pendant la bataille, je vis arriver devant moi une jument bai à laquelle j'étais profondément attaché depuis que je l'avais veillée pendant plusieurs nuits alors qu'elle était malade. Le pauvre animal avait reçu un coup d'épée au poitrail, et elle saignait terriblement. Au moment où je m'élançais vers elle pour tenter de panser sa plaie, je fus atteint d'une flèche, et bientôt, nous étions tous les deux morts.
La princesse ressentit une telle peine en écoutant ce récit que des larmes coulèrent sur ses joues. Pierrot continua son histoire :
"Lorsque l'ancêtre du seigneur Roderick me permit de retrouver une existence squelettique, je l'implorai aussi d'accorder aussi ce pouvoir aux chevaux morts au cours du combat. Il y consentit, et je retrouvai ma chère jument, elle aussi sous forme de squelette. Mais je n'étais pas au bout de mes surprises. En effet, mon maître me chargea de m'occuper des animaux de son château, et je découvris ainsi des créatures dont je ne soupçonnais pas l'existence, et que j'appris à aimer pour leur intelligence et leur sensibilité.
Lisa fut stupéfaite en écoutant les révélations de l'ancien garçon d'écurie :
- Des animaux inconnus?
Oui, Votre Altesse. Certaines d'entre elles nous accompagnent lors de ce voyage, et, si mon seigneur me le permet, j'aurais grand plaisir à vous les présenter, si vous le souhaitez, bien évidemment."
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