Le train enchanté : chapitre 56
56) Le destin d’Hélène et Ménélas
David et Clara s’installèrent au wagon-salon. Quelques minutes plus tard, Marie les rejoignit, un petit livre à la main, et s’adressa à eux :
« Mes amis, avant d’aborder dans le détail l’immense impact de votre intervention auprès du roi Ménélas, je souhaiterais vous présenter cet ouvrage. Vous y retrouverez les conséquences heureuses de votre travail. »
Les deux amis examinèrent le volume, qui était intitulé : « Les amours d’Hélène » par Ovide. Tous deux furent fort surpris, car ils ignoraient jusqu’à l’existence de cet ouvrage.
« N’en soyez pas surpris, puisque ce poème a été écrit précisément suite à votre voyage dans la dimension de la Grèce légendaire. D’ailleurs, vous y apparaissez».
Et, en effet, à leur ébahissement, David et Clara y retrouvèrent les personnages de « Théophile » et »Alexia », les envoyés d’Hestia. Ils découvrirent une description précise de leur intervention (sans mention du train interdimensionnel, bien évidemment), ainsi que les événements qui suivirent leur départ de Sparte.
Après son entretien avec son mari, Hélène était partie à la rencontre de Pâris et lui signifia qu’elle ne souhaitait plus partager son lit, ni recevoir sa visite, car elle avait besoin d’être seule pour faire le point sur sa situation. Naturellement, le prince troyen accueillit cette nouvelle avec stupeur, même s’il devinât que cette requête était certainement liée à la visite de Ménélas. Il fit mine d’accepter la demande de sa maîtresse. Néanmoins, le soir même, il vint la retrouver dans ses appartements pour tenter de la faire changer d’avis pour qu’elle passe la nuit avec lui. Mais elle refusa catégoriquement, et, dépité, Pâris dut dormir seul ce soir là. Dès le lendemain soir, le jeune homme essaya de nouveau de la persuader de la rejoindre pour qu’ils savourent ensemble les plaisirs de l’amour. Mais Hélène fut inflexible. Pâris eut beau pleurer, supplier, menacer, rien n’y fit ; tous ses efforts furent vains. Mais il fallut l’intervention d’Hector pour qu’il se résigne à rejoindre seul ses appartements. Dès le lendemain, l’amant éconduit acheta les plus belles robes et les plus précieux bijoux qu’il pût trouver dans l’espoir qu’Hélène, touchée par ces cadeaux, lui accorde enfin ses faveurs. Mais la jeune femme accueillit avec colère cette initiative, et Pâris, furieux de ce qu’il percevait comme de l’ingratitude, aurait frappée Hélène si son père n’était arrivé à temps pour le contraindre à se retirer dans ses quartiers. Désespéré, le jeune homme pria sa déesse protectrice, Aphrodite. Celle-ci apparut devant lui et s’adressa à lui en ces termes :
« Pâris, je connais déjà ton malheur, et sache que j’en suis autant affligée que toi. Je t’avais promis Hélène si tu me donnais la pomme d’or. Il est temps à présent de te montrer comment les déesses tiennent parole »
Dès le lendemain, Aphrodite prit l’apparence d’une des servantes d’Hélène, et, sous prétexte de l’emmener prendre l’air dans les jardins du palais, la fit sortir de sa chambre et parcourir un couloir. La déesse avait donné comme instruction à Pâris d’arriver face à elles pendant le trajet. Au moment où le jeune homme croisa le regard d’Hélène, Aphrodite toucha cette dernière avec une petite baguette. A cet instant, la fille de Léda fut prise d’une passion violente pour Pâris, et, à la grande joie de ce dernier, se jeta dans ses bras, et tous deux s’embrassèrent passionnément. Pendant plusieurs jours, les deux amants ne se quittèrent plus, au grand étonnement de Priam et d’Hector, qui ne comprenaient pas le brusque revirement de la jeune femme. Mais les artifices divins ne peuvent résister aux sentiments authentiques qui agitent le coeur des mortels. Deux semaines plus tard, Hélène se souvint à nouveau de son mari et de son royaume, et sa passion pour Pâris s’évanouit aussi vite qu’elle était venue. A présent, elle ne ressentait plus qu’un profond dégoût pour le prince troyen. Celui-ci s’étant vanté devant elle de la protection qu’il recevait d’Aphrodite, Hélène finit par comprendre le rôle de celle-ci dans la passion qu’elle avait eu pour Pâris. Ecoeurée par ces manoeuvres sordides, elle demanda à voir le roi Priam pour la supplier de la ramener aussi vite que possible à Sparte, çar elle ne pouvait supporter de rester un jour de plus à Troie. Elle le retrouva en compagnie de son fils Hector et, dès qu’elle formula sa requête, ce dernier, fidèle à sa parole, assura la jeune femme qu’ils partiraient dès le lendemain. Dès que Pâris apprit la nouvelle, il pria à nouveau Aphrodite pour réclamer à nouveau son aide. Mais il ne reçut aucune réponse, car, avec l’accord de Zeus, Hestia et Démeter avaient veillé à empêcher la déesse de l’amour de quitter l’Olympe afin de mettre fin à ses manoeuvres déloyales.
De son côté, depuis son retour de Troie, le roi Ménélas attendait patiemment, même s’il souffrait profondément de l’absence de son épouse. Les anciens soupirants d’Hélène, qui avaient bien entendu appris la fuite de cette dernière avec Pâris et l’expédition du roi de Sparte, accueillirent avec une totale incompréhension sa décision de revenir seul, et surtout, de ne pas invoquer le serment de Tyndare pour récupérer son épouse. Bientôt, le malheureux Atride devint la risée des rois achéens, qui voyaient en lui un homme faible, incapable de se battre pour récupérer son épouse. Seuls deux souverains lui apportaient leur soutien : Priam, bien évidemment, qui lui donnait régulièrement des nouvelles de son épouse, mais aussi Ulysse, le roi d’Ithaque, car, d’une part, il était soulagé de ne pas être forcé de quitter son épouse Pénélope et son fils Télémaque, mais surtout, il pressentait que derrière cette passivité apparente se cachait un plan astucieux pour reconquérir Hélène. Lorsque Ménélas apprit par le monarque troyen que son épouse était retombée dans les bras de Pâris, il sombra dans le désespoir. C’est à ce moment qu’il vit Héra et Athéna apparaître devant lui. Elles se moquèrent de lui avec la plus grande cruauté afin de réveiller son orgueil et l’inciter à enfin déclarer la guerre contre Troie. Mais soudain, Hestia et Démeter apparurent à leur tour, et ordonnèrent à leur cadette et à leur nièce de partir immédiatement si elles ne voulaient pas subir la colère de Zeus. La déesse du foyer s’adressa ensuite à Ménélas :
« Atride, ne te laisse pas influencer par ceux qui rient de toi, et surtout, ne crois pas qu’Hélène préfère Pâris à toi. Car elle n’est revenue vers le prince troyen que parce que, à la demande de celui-ci, Aphrodite a manipulé son coeur par ses pouvoirs divins. Ton épouse n’est pas coupable, mais la victime de leurs ignobles procédés. Mais en voulant reprendre l’avantage, le fils de Priam et son immortelle complice n’ont fait que précipiter leur défaite. Car, dès qu’Hélène échappera à leur influence, elle réalisera qui lui a témoigné l’amour le plus authentique et sincère. Sache que, d’ici quelques jours, Hélène reviendra vers toi à Sparte. Aussi, arme toi encore de patience. »
Ménélas se rappela alors des conseils que lui avaient donnés « Théophile » et « Alexia » et obéit à la déesse. Et, en effet, la prophétie d’Hestia se réalisa, et il retrouva enfin son épouse bien aimée. Il apprit aussi par Hector que pour le punir de son ignominie, Priam avait contraint Pâris à l’exil. Heureux et reconnaissant du soutien qu’il avait reçu du souverain troyen, il noua une solide alliance avec lui. Ainsi, la guerre qui menaçait d’éclater suite à l’enlèvement d’Hélène put être évitée.
David et Clara refermèrent le volume, heureux de découvrir que leur mission avait été couronnée de succès.
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