Le train enchanté : chapitre 47

47) Entretien avec des déesses

Marie et ses deux compagnons débarquèrent et entrèrent dans la ville. David et Clara étaient émerveillés en contemplant les temples et les édifices de la puissante cité grecque dont il ne restait plus que de rares vestiges dans leur dimension. Ils purent aussi observer des citoyens en plein entraînement militaire. Néanmoins, ils ne s'attardèrent pas, car Marie les conduisit d'un pas rapide vers le lieu de leur rendez-vous divin, le temple d'Hestia. A leur arrivée, ils se placèrent face à la statue de la déesse du Foyer. Quelques instants après, la sculpture sembla s'animer et leur pointa une direction à prendre. Les trois compagnons suivirent cette étrange instruction, et, après avoir marché quelques pas, ils aperçurent une figure féminine d'aspect spectral qui leur indiqua une pièce dans laquelle ils devaient pénétrer. A peine y étaient ils entrés que David et Clara se figèrent de stupeur et d'émerveillement. Deux femmes d'une extraordinaire beauté se dressaient devant elles. De plus l'intense lumière qui semblait émaner de tout leur être révélait de manière incontestable leur nature divine. Hestia, qui paraissait un peu plus âgée que sa compagne, portait une robe sobre, ainsi qu'un voile blanc. De son côté, Perséphone était vêtue d'une robe de couleur plus sombre. A la vue de Marie, son visage s'illumina, et elle s'adressa à elle d'une voix pleine d'allégresse : 

"Quelle joie pour moi de constater que vous avez tenu parole puisque vous êtes de retour"

Son regard s'orienta ensuite en direction de David et Clara : 

"Voici donc les amis dont vous m'avez parlé

- Oui, ô divine Perséphone,  je vous présente Théophile et Alexia

- Nous sommes profondément honorés de vous rencontrer, illustre reine des Enfers, déclara David en s'inclinant respectueusement

- Nous nous mettons entièrement à votre service, poursuivit Clara.

- Et je vous en remercie, répondit Perséphone. 

Celle-ci les conduisit ensuite auprès de sa compagne divine.

" Voici ma tante, Hestia, protectrice du Foyer."

Les trois mortels s'agenouillèrent devant elle. D'une voix aimable, Hestia les invita à se relever, puis s'adressa à eux en ces termes: 

"Il me paraît étrange de me sentir redevable envers des mortels, mais je vous remercie pour le soutien que vous apportez à ma nièce dans une entreprise qui lui tient autant à coeur. 

- Nous sommes profondément honorés de la confiance que vous nous accordez, répliqua Clara. Néanmoins,  je suis étonnée d'observer la fille de Déméter et épouse d'Hadès aussi impliquée dans la destinée de simples mortels. 

- Je comprends votre surprise, répondit Perséphone, mais mon histoire personnelle explique aisément pourquoi je porte autant d'intérêt à tout ce qui concerne Hélène et ma profonde empathie envers elle. En effet, elle comme moi avons été la cible d'enlèvement parce que notre beauté a attisé la convoitise de mortels ou de dieux. Thésée, le roi d'Athènes, ainsi que son ami Pirithoüs nous ont pris pour cible toutes les deux. Ces deux canailles ont réussi à enlever Hélène alors qu'elle n'était même pas encore en âge de se marier. Et non contents d'avoir accompli ce sinistre exploit, ils décidèrent un projet encore plus dément : m'enlever moi, reine des Enfers. Mais, cette fois, leur entreprise aussi insensée qu'ignoble échoua, et ils furent tous deux capturés et retenus prisonniers à un rocher. Pirithoüs y reçoit encore maintenant le châtiment pour son crime. Thésée, quant à lui, put être libéré par Héraclès, car il n'avait pas été à l'initiative de la tentative d'enlèvement dont j'ai été victime. Mais il n'en fut pas moins puni pour ses actes. Eh effet, pendant son absence, les Dioscures avaient envahi l'Attique et délivré leur soeur Hélène. Lorsque Thésée revint à Athènes, il découvrit que sa mère avait été enlevée à son tour, qu'un nouveau roi, Ménésthée avait été placé sur son trône, et il fut contraint à l'exil. Vous comprenez donc à quel point je suis affligée de voir Hélène devenue ainsi la cible de Pâris, parce que ce prince troyen semble croire que sa beauté suffit à justifier son enlèvement, sans se soucier des conséquences de son acte. Je ne veux pas que cette pauvre femme voie à nouveau des guerriers mourir en son nom, d'autant que je crains qu'elle n'en reçoive le blâme alors qu'elle n'est qu'une victime

- Nous comprenons vos sentiments, répliqua Clara, et cela d'autant que vous êtes toutes deux soeurs, car filles de Zeus. Mais malheureusement, je comprends d'après vos propos qu'il est trop tard pour empêcher son enlèvement. 

- Certes, mais il reste encore possible d'éviter une guerre. Je sais qu'une telle situation peut se régler par la négociation, car j'ai vécu une expérience similaire. En effet, je suis reine des Enfers parce que mon époux Hadès m'a enlevée. Affligée par ma disparition, ma mère Déméter a menacé de rendre la terre stérile et d'ainsi affamer les mortels si je ne lui étais pas rendue. Mon père, Zeus, arbitra le conflit entre ma mère et mon époux, et ils parvinrent ensemble à un compromis : je passerais la moitié de l'année sur terre et dans l'Olympe avec ma mère et l'autre aux Enfers avec mon mari. Mais le conflit lié à l'enlèvement d'Hélène concerne des mortels. C'est pourquoi les négociations pour empêcher que la situation s'envenime ne peuvent être menées que par des mortels. 

- Certes, admit David. Mais nous ne détenons aucun pouvoir politique, et, de surcroît, nous sommes des étrangers. Comment faire pour que des rois consentent à nous écouter? Car je doute qu'ils nous croient sur parole si nous leur affirmons que nous sommes envoyés par vous.

"Vous avez raison, répondit Hestia. Et c'est pourquoi vous devez apporter une preuve que vous bénéficiez de notre protection."

Un instant plus tard, elle fit apparaître devant eux une petite vasque d'où laquelle, malgré l'absence visible de combustible, des flammes jaillissaient, émettant une lumière qui rappelait celle qui émanait des deux déesses. Hestia posa ensuite un couvercle sur ce foyer qu'elle plaça dans un récipient en terre cuite, puis reprit la parole : 

"Voici mon feu sacré, symbole du foyer dont je suis la protectrice. Cette flamme ne peut être éteinte, ni par un mortel, ni même par les dieux, car je l'entretiens perpétuellement, même à distance. Si je consens à vous la confier à vous simples mortels, ce que je n'ai jamais fait auparavant, c'est parce que vous en servirez pour protéger d'innombrables foyers en empêchant une guerre qui dévasterait des cités et détruirait de nombreuses familles. Il vous suffira de montrer ce feu, et aucun mortel ne pourra douter que vous agissez en mon nom, même les plus puissants rois. Et votre parole sera écoutée, car, en tant que déesse protectrice du foyer, ma volonté est sacrée, au point que même les immortels doivent la respecter "

David et Clara s'inclinèrent à nouveau devant Hestia en signe de profond respect. Puis la jeune institutrice s'adressa d'une voix humble à la déesse: 

"Ô, illustre Hestia, nous sommes profondément honorés de l'immense faveur que vous nous accordez. Comment pouvons nous vous prouver notre reconnaissance? 

- Simplement en veillant à ce que votre mission soit couronnée de succès. Cela a bien plus d'importance à mes yeux que tous les sacrifices. 

- Croyez bien que nous ferons tout en notre pouvoir pour nous montrer dignes de votre confiance" affirma David, qui prit le grand pot de terre renfermant la flamme sacrée. 

Peu après, Hestia et Perséphone disparurent de la salle. David, Marie et Clara quittèrent le temple, emportant avec eux le présent de la déesse.


 

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 27

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 43

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 42