Le train enchanté : partie 35
35) Arrivée en Andalousie
A ce moment, David et Clara étaient vêtus d'habits typiques de la petite bourgeoisie espagnole. Le jeune homme s'adressa à Marie :
"Pour notre mission, nous devrons nous rendre tant à Séville que dans le village de Don José, qui sont distants d'une dizaine de lieues l'un de l'autre. Pourrons nous utiliser le train pour effectuer au plus vite le trajet entre les deux?
- Sans problème, le rassura Marie. Je savais que vous seriez confronté à cette difficulté, et j'ai fait mettre en place un système d'aiguillage dans l'espace interdimensionnel, qui permettra d'orienter la voie ferrée en direction de la destination que vous souhaiterez. Afin de vous rendre du village à Séville, et réciproquement, il vous suffira de repasser dans l'espace interdimensionnel le temps que la trajectoire des rails soit modifiée.
- Très bien, approuva Clara. La première étape de notre mission consistera à prendre contact avec Micaëla, et cela, chronologiquement le plus tôt possible après son entrevue avec vous. Je devine que vous l'avez rencontrée peu après qu'elle ait ramené Don José vers sa mère mourante, n'est ce pas?
- En effet. A ce moment, elle avait parfaitement compris à quel point son ancien fiancé était sous l'emprise de son obsession pour Carmen, et qu'elle était impuissante à l'en délivrer toute seule. Aussi, lorsque je lui ai proposé mon aide pour sauver Don José, elle a immédiatement accepté. Je l'ai informée que j'enverrai deux émissaires pour accomplir cette mission. Lorsque vous arriverez dans son village, il vous suffira de lui dire que vous venez de la part de Marie, elle comprendra et vous pourrez vous entretenir à votre aise.
- Il ne nous reste plus qu'à nous mettre en route" conclut David
Quelques minutes plus tard, le train franchit le portail et traversa les ténèbres de l'espace interdimensionnel avant d'émerger dans une plaine, à l'entrée d'un petit village situé au sud de Séville. Grâce aux indications de Marie, David et Clara rejoignirent la chaumière de la mère de Don José. A ce moment, la porte s'ouvrit et une jeune fille brune, au visage doux, vêtue d'une modeste robe bleue, s'avança vers eux. Ils reconnurent Micaëla d'après la description que leur hôtesse leur avait donnée. Au vu de son attitude, les deux compagnons devinaient qu'elle avait guetté avec impatience leur arrivée, et qu'elle aussi les avait identifiés d'après les informations qu'elle avait reçues de Marie. Néanmoins, l'anxiété qui se lisait sur son visage révélait qu'un ultime doute subsistait dans son esprit:
"Oh, pourvu que mes yeux ne m'aient pas trompée. Êtes vous bien ceux qui doivent m'apporter du secours et dont la venue m'a été annoncée?
- Oui, madame Micaëla, c'est Marie qui nous envoie, répondit Clara d'un ton réconfortant.
- Que le Seigneur soit loué! s'exclama la jeune Navarraise. Il a entendu mes prières et apporte un peu d'espoir dans mon âme si affligée. Car le malheur ne cesse de s'acharner sur moi et ceux qui sont chers à mon coeur. Et pourtant il y a à peine trois mois, le sort nous paraissait si favorable. Don José, l'homme que j'aimais, était brigadier et devait prochainement monter en grade. De plus, sa mère nous avait donné sa bénédiction pour que nous nous unissions devant Dieu. Hélas, il a rencontré cette Carmen, cette bohémienne, et pour elle, il se couvrit d'infamie. Non content d'abandonner sa carrière de soldat en désertant, il décida aussi de devenir un criminel en se joignant aux contrebandiers. Et tout cela pour plaire à cette bohémienne, qui pourtant, je le sais, ne l'aime pas. Je les ai vus lorsque je les ai rencontrés dans les montagnes où les bandits trouvent refuge. Car, hélas, sa mère, qui m'adopta et me traita comme sa fille, a été frappée d'un mal qui va bientôt la conduire au trépas, et je suis allé chercher don José afin qu'il la revoie pour la dernière fois, malgré l'effroi que m'inspirent les contrebandiers. Au début, il a refusé de me suivre, car il était tellement jaloux de Carmen qu'il ne voulait pas se séparer d'elle. Elle, au contraire, souhaitait le voir partir et ne plus le revoir. Il n'y avait plus d'amour ni dans ses yeux, ni dans sa voix. Mais don José ne parvient pas à l'accepter, et s'obstine à vouloir qu'elle reste sa maîtresse. Seule l'annonce de la mort prochaine de sa mère a réussi à le persuader de me suivre. A présent, il est à ses côtés pour l'accompagner dans ses derniers instants. Mais la bohémienne ne cesse d'occuper ses pensées, et je sais que dès qu'il aura achevé d'accomplir ses devoirs filiaux, il ira la rejoindre. Et dans ce cas, un nouveau malheur ne manquera pas d'arriver. Je vous en supplie, empêchez le d'aller à sa perte. Essayez de le persuader de ne pas retrouver cette bohémienne.
- Madame Micaëla, nous souhaitons autant que vous sauver Don José, répondit David. Malheureusement, je crains que nos paroles n'auront que bien peu de poids pour le moment. Car si vous n'avez pas réussi à le convaincre d'abandonner sa lubie, alors qu'il vous considère comme une soeur, pourquoi écouterait-il deux inconnus?
Le visage de Micaëla exprima alors un profond désespoir:
"Donc, vous m'affirmez que vous ne parviendrez pas à le sauver? Dans ce cas, pourquoi donc êtes vous venus m'apporter de faux espoirs?
- Nous n'avons jamais dit que nous n'allions pas lui venir en aide, la rassura Clara. Au contraire, nous avons déjà décidé de la manière dont nous allons procéder. Nous ne pouvons rien vous révéler pour le moment, mais nous vous demandons de nous faire confiance. Cependant, nous savons qu'il est pour le moment inutile de tenter de le raisonner. Nous ne souhaitons même pas le rencontrer à présent, d'autant que cela nous semble déplacé alors qu'il fait ses adieux à sa mère. Néanmoins, nous avons une requête à vous faire. Consentiriez vous à nous retrouver à Séville dans quatre jours, à la place du Triomphe, devant le monument consacré à Notre Dame du Parrainage? Nous vous y attendrons à partir de midi."
Micaëla ressentit une profonde perplexité devant cette demande fort inattendue. Mais elle comprit qu'elle avait un rapport avec ce plan mystérieux qui devait sauver l'homme qu'elle aimait encore bien qu'il eût commis des actes qu'elle réprouvait. Aussi, elle leur donna son accord. Peu après, David et Clara prirent congé et quittèrent le village pour rejoindre le train.
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