Le train enchanté : chapitre 37
37) L'arrestation de Don José
Le lendemain, devant les grandes arènes, Don José suppliait en vain Carmen:
"Tu ne m'aimes donc plus?
- Non, je ne t'aime plus
- Mais moi, Carmen, je t'aime encore. Carmen, Carmen, moi, je t'adore
- A quoi bon tout cela? Que de mots superflus.
- Eh bien, s'il le faut, pour te plaire, je resterai bandit, tout ce que tu voudras. Tout, tu m'entends, mais ne me quitte pas. Souviens-toi du passé, nous nous aimions naguère.
- Jamais Carmen ne cèdera. Libre elle est née et libre elle mourra."
Soudain, la jeune femme regarda autour d'elle. Un instant plus tard, elle s'éloigna du cirque aussi vite que ses jambes pouvaient la porter. Don José, qui s'était positionné devant la porte des arènes pour l'empêcher d'entrer, fut décontenancé par la fuite de Carmen. Lorsqu'il en comprit le motif, il était déjà trop tard : une dizaine de soldats l'encerclaient, l'obligeant à reculer vers la porte du cirque. Acculé, Don José ovrit cette dernière pour échapper à ses poursuivants, mais à peine en avait il franchi le seuil qu'il fut saisi par trois hommes qui avaient été posté exprès pour lui couper sa retraite. Le bandit fut rapidement maîtrisé puis conduit en prison.
Deux heures après ces évènements, David et Clara se rendirent à la caserne où ils furent immédiatement reçus par le capitaine.
"Bonjour, capitaine, commença Clara. Nous avons appris que Don José avait été arrêté.
- Oui, il est à présent en cellule, sous bonne garde. Je dois vous avouer qu'au début, j'ai été sceptique lorsque vous avez affirmé savoir quand et où ce bandit se manifesterait. Mais vous aviez raison, et grâce à vous, il est maintenant hors d'état de nuire. Vous méritez donc largement votre récompense. Sachez que je n'ai qu'une parole : aussi, dès ce soir, j'irai solliciter un entretien avec le magistrat afin qu'il accepte de vous recevoir. De plus, vous pouvez rendre visite au prisonnier aussi souvent que vous le désirez; Souhaitez vous le voir dès à présent?
- Pas encore répondit David. Nous préférons reporter notre visite au moins jusqu'à demain, car nous attendons nous-mêmes l'arrivée d'une femme qui a connu don José, et dont la présence nous sera fort utile dans le cadre de notre entretien avec le bandit.
- Je comprends. Agissez comme il vous semblera bon. De mon côté, je vous tiendrai informé dès que le juge m'aura donné son accord."
Et, en effet, le soir-même, David et Clara apprirent que le magistrat consentait à les recevoir le lendemain matin à six heures.
Au même moment, dans son village, Micaëla avait appris l'arrestation de son ami. A cet instant, elle fut assaillie par la colère, l'incompréhension, mais aussi la culpabilité, car elle ne doutait pas du rôle qu'avait joué les deux étrangers dans cette capture. Elle ne comprenait rien : qu'est ce que cela signifiait? Ces gens lui avaient affirmé être venus pour aider Don José, et au lieu de cela, ils l'avaient livré aux soldats. Qu'est ce que malheureux allait devenir? Que pouvait-elle faire pour lui? A cet instant, elle se souvint de son rendez-vous avec David et Clara à Séville pour le lendemain midi. Elle en profiterait pour obtenir d'eux des explications.
Et, en effet, le jour suivant, à l'heure et au lieu convenu, la jeune Navarraise retrouva David et Clara. Elle s'adressa à eux d'une voix où se mêlaient la colère et la tristesse:
"Comment avez vous pu trahir ainsi ma confiance? Vous prétendiez vouloir aider mon ami et vous l'avez livré à ses ennemis. C'est comme si vous l'aviez tué, car, hélas, je ne doute pas qu'il soit condamné à mort pour ses crimes.
- Madame Micaëla, nous n'avions pas d'autre choix, répondit Clara. De toute façon, il allait être arrêté. Néanmoins, nous avons réussi à l'empêcher de commettre un assassinat qui aurait garanti sa perte. Aussi, il nous reste un espoir pour que le magistrat lui évite la pendaison. Sachez d'ailleurs que nous devons rendre lui visite dans quelques heures. Mais nous avons absolument besoin de votre aide pour sauver Don José. Car vous le connaissez bien mieux que nous et vous saurez plaider sa cause. Aussi, nous vous prions de nous accompagner pour cet entretien.
- Croyez bien que nous aurions préféré agir autrement, affirma David. Malheureusement, son obsession pour Carmen le dévorait tellement qu'il aurait continué à la poursuivre si nous n'étions pas intervenus.
- Hélas, je ne le sais que trop bien, reconnut Micaëla. Je suis prête à vous suivre"
A six heures du soir, David, Clara et la jeune Navarraise rencontrèrent le magistrat dans son bureau. Micaëla supplia le juge de faire grâce à Don José. Elle lui assura que son ami était, au fond de son coeur, un honnête homme et un bon chrétien, mais, qu'aveuglé par l'amour qu'il ressentait pour une femme sans scrupules, il s'était laissé entraîné à devenir un criminel. Micaëla affirma que malgré ses crime passés, il pouvait encore se repentir et qu'il fallait lui laisser une seconde chance. La pauvre fille pleurait tandis qu'elle plaidait la cause de cet homme qui était si cher à son coeur et ses larmes finirent par émouvoir le magistrat. Celui-ci répondit :
"Madame, je ne peux que compatir à votre douleur, et j'aimerais pouvoir vous aider. Malheureusement, votre ami a commis des actes extrêmement graves. C'est un déserteur, un contrebandier qui a, à plusieurs reprises, tenté de tuer des soldats, et je ne peux l'ignorer. De plus, rien dans son attitude depuis son arrestation n'indique un quelconque remords de sa part.
- Donc, mon pauvre Don José est perdu? se lamenta la jeune Navarraise.
- Je ne pourrai épargner votre ami que s'il parvient à montrer qu'il regrette sincèrement ses crimes passés et qu'il est prêt à changer et reprendre une vie honnête. Et pour cela, de simples mots ne suffiront pas. Il faudra qu'il prouve sa bonne foi par des actes, par exemple en dénonçant ses complices.
- Laissez moi le voir, supplia Micaëla. Je suis certaine de pouvoir le persuader de revenir à la raison.
- Et nous vous y aiderons, madame, ajoutèrent David et Clara. Nous avons déjà reçu l'autorisation de le rencontrer dans sa prison.
- Si vous parvenez à persuader Don José de collaborer avec la justice, je vous promets que j'en tiendrai compte dans mon jugement.
- Merci, Excellence.", répondit Micaëla.
Et, sur ces paroles, les trois visiteurs prirent congé de leur hôte.
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