Le train enchanté : chapitre 28
28) Le destin de Fantine et de Jean Valjean
Et en effet, le lendemain à neuf heures, tous les trois étaient réunis dans le cabinet de monsieur Madeleine. Celui-ci prit la parole :
"Madame Fantine, j'ai pris des renseignements au sujet de votre renvoi, et j'ai le regret de vous informer que vous avez été victime de malveillance. C'est pourquoi je crains que ni vous, ni votre enfant ne parviendrez à trouver le bonheur dans cette ville dans laquelle vous souffrez déjà d'une mauvaise réputation. Aussi, écoutez le projet que j'ai formé à votre intention. Dans quelques jours, je dois me rendre à Paris pour affaires. Je vous propose de vous emmener avec moi. Nous ferons d'abord un détour par Montfermeil, afin d'y chercher votre fille, car j'estime que sa place est aux côtés de sa mère. A notre arrivée à Paris, je me chargerai de vous trouver du travail, un logement, et aussi une école pour votre enfant, afin qu'elle bénéficie d'une bonne éducation (Clara, en tant qu'institutrice, afficha un grand sourire de satisfaction en entendant ces propos). Ne vous inquiétez pas pour les frais: je ferai le nécessaire. J'ai déjà envoyé des lettres à mes partenaires parisiens, afin d'obtenir leur aide dans cette entreprise. Je vous y ai présentée comme une veuve, afin que votre vertu ne soit pas remise en cause parce que vous élevez seule votre enfant. Que pensez vous de ma proposition, madame?"
Fantine ne pouvait dissimuler sa joie en écoutant les paroles de monsieur Madeleine, car ce qu'il lui offrait dépassait ses plus folles espérances. Aussi, elle accepta avec enthousiasme. Lorsqu'elle ressortit de la mairie, elle remercia à nouveau David et Clara pour tout ce qu'ils avaient fait pour elle :
"Je vous en prie, tout le plaisir a été pour nous, répliqua le jeune homme. A présent, il est temps de vous faire nos adieux, car nous n'étions que de passage dans cette ville, et nous devons reprendre la route.
- Déjà? s'exclama Fantine. Je n'ai même pas eu le temps de m'occuper de la chemise de votre épouse!
- Ne vous inquiétez pas pour cela, répliqua Clara, vous nous avez offert quelque chose de bien plus précieux que toutes les chemises du monde : la joie d'avoir pu vous venir en aide.
- Mais je tiens absolument à vous exprimer ma gratitude pour tous vos bienfaits.
- Soyez heureuse avec votre fille, c'est tout ce que nous souhaitons. Votre bonheur sera notre récompense."
Et, c'est avec émotion que les deux voyageurs se séparèrent de la jeune couturière. Quelques minutes après avoir quitté la ville, ils rejoignirent le train qui les attendait. A peine avaient ils embarqué qu'ils récupérèrent dans la bibliothèque du wagon-salon un exemplaire des "Misérables" et s'y plongèrent afin d'y constater les modifications causées par leur expédition.
Bien évidemment, le destin de Fantine avait complètement changé. Une semaine après le passage de David et Clara à Montreuil sur Mer, elle avait récupéré sa fille chez les Thénardier dont elle découvrit aussi la duplicité et l'ignominie. Suite à cette révélation, elle perdit beaucoup de sa naïveté et comprit qu'elle ne pouvait pas accorder facilement sa confiance à autrui. Les Thenardier étaient furieux de perdre cette gamine qui leur avait permis de gagner autant d'argent, mais, intimidés par la présence de monsieur Madeleine, ils durent s'y résigner. Grâce à l'influence du maire, Fantine parvint à trouver une place de couturière dans un atelier parisien, tandis que Cosette fut inscrite dans une école religieuse pour petites filles.
Néanmoins, le sauvetage de la jeune couturière n'empêcha pas la chute de monsieur Madeleine. En effet, celui-ci fut amené à porter secours à une autre prostituée qui avait subi l'assaut de monsieur Bamatabois, ce qui le mit en conflit avec l'inspecteur Javert et l'amena à découvrir l'affaire Champmathieu. Jean Valjean fut ainsi à nouveau arrêté et conduit au bagne. Il parvint néanmoins à s'échapper en faisant croire à sa mort, et décida de se rendre à Paris, car il tenait à veiller au bonheur de Fantine et Cosette auxquelles il s'était profondément attaché pendant les quelques jours qu'il avait passés avec elles. Le retour de Jean Valjean dans la capitale se fit sans encombre. En effet, comme l'ancien forçat n'était pas passé par Montfermeil après son évasion, Javert ne disposait d'aucun élément lui permettant de croire qu'il avait survécu. De plus, du fait de son habitude d'éviter autant que possible monsieur Madeleine lorsqu'il était maire, l’inspecteur n'avait jamais rencontré Fantine et ignorait ses liens avec lui.
Quelques jours après son installation à Paris, Jean Valjean retrouva la jeune couturière. Celle-ci avait découvert par les journaux la véritable identité de son bienfaiteur. Néanmoins, elle avait appris à juger les gens sur leurs actes et elle accueillit l'ancien forçat avec beaucoup de joie. Avec l'argent qu'elle gagnait par son travail, Fantine ne pouvait s'autoriser qu'un train de vie modeste afin de pouvoir payer l'école de sa fille. Néanmoins, elle n'avait aucune dette et se satisfaisait parfaitement de sa condition. Malgré tout, Jean Valjean tint absolument à améliorer le sort de sa protégée, même si celle-ci paraissait heureuse. Il lui révéla qu'il avait décidé de s'installer à Paris et lui proposa de l'engager comme sa domestique. Le travail serait moins fatigant, car il n'avait pas de grandes exigences, et surtout, mieux payé. Fantine, qui elle aussi éprouvait une grande affection envers l'homme qui lui avait rendu sa fille et voyait enfin l'occasion de s'acquitter de sa dette envers lui, accepta avec plaisir. Bientôt, une relation quasi filiale s'établit entre le vieil homme et sa nouvelle employée, qui avait trouvé en Jean Valjean le père qu'elle n'avait jamais eu. Ce dernier finit par se faire passer pour le grand père paternel de Cosette. Ainsi, ils formèrent tous les trois une petite famille.
Les retrouvailles de l'ancien maire et de Fantine avaient remplacé tout l'épisode du couvent du Petit Picpus. La suite du roman se révéla relativement proche de la version antérieure. Ainsi, les destins de Marius, des Thénardier, y compris Gavroche, ne connurent pas de modifications significatives. Néanmoins, la survie de Fantine ne se révéla pas sans conséquences. En effet, elle devint le principal obstacle à la romance entre Cosette et le jeune Pontmercy. Echaudée par sa propre expérience, Fantine n'accordait aucune confiance aux déclarations d'amour d'un étudiant parisien et ne voulait pas voir sa fille endurer les souffrances qu'elle avait subies. Cosette elle-même, qui avait bénéficié de l'éducation de sa mère, se révéla aussi bien moins naïve que dans le roman initial, même si elle était tout aussi éprise de Marius. Néanmoins, ce dernier fut persuadé qu'il ne pourrait jamais se marier avec sa bien-aimée, car leurs familles s'y opposaient. Aussi, comme dans la version initiale du roman, poussé par le désespoir, il rejoignit Enjolras et ses camarades de l'ABC dans les barricades lors de l'insurrection du 5 juin 1832. Là encore, il faillit y mourir, et ne survécut que grâce à l'intervention de Jean Valjean, qui, à l'occasion, sauva aussi la vie de Javert. L'ancien forçat traversa les égouts de Paris avec le jeune homme afin de le ramener chez son grand père, monsieur Gillenormand. Ce dernier finit par donner son consentement au mariage de son petit fils avec Cosette, qui, touchée par l'acte désespéré de Marius, parvint, avec l'aide de Jean Valjean, à convaincre sa mère de la sincérité de l'amour du jeune homme. Fantine donna à son tour son accord, et le mariage put avoir lieu.
Quelques jours après, Marius apprit la véritable identité de l'homme qu'il croyait le grand père de son épouse. Mais Fantine connaissait bien la personnalité de son père adoptif et se doutait que celui-ci n'avait pas raconté toute la vérité au jeune homme, ne lui présentant que les aspects négatifs. Aussi, elle s'empressa de révéler à son gendre que Jean Valjean était aussi monsieur Madeleine, qui l'avait tirée de la misère. Le jeune Pontmercy découvrit aussi avec joie l'identité de l'homme qui lui avait sauvé la vie dans les barricades. Ainsi, Thénardier ne lui apprit rien lorsqu'il lui rendit visite. Marius ne rejeta jamais Jean Valjean, et, avec l'aide de sa femme et de sa belle-mère, parvint à le convaincre qu'il avait toute sa place dans leur vie. Ainsi, l'ancien forçat put savourer une vieillesse heureuse et paisible en compagnie de sa famille d'adoption, et découvrit l'art d'être arrière grand père. Grâce à sa constitution robuste, il put fêter ses quatre vingt dix ans. Quelques mois plus tard, il mourut entouré de la tendresse des siens.
David et Clara se réjouissaient des heureuses conséquences de leur intervention. Outre Fantine, ils étaient parvenus à sauver Jean Valjean de sa triste fin.
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