Le train enchanté : chapitre 27
27) Entretien avec Monsieur Madeleine
Ils se rendirent ensuite à la mairie pour solliciter un entretien avec monsieur Madeleine. Ils y furent informés que monsieur le maire était très occupé et n'avait pas le temps de les recevoir. David et Clara insistèrent, insinuant qu'il s'agissait d'une question de vie ou de mort. L'employé, qui ne voulait pas s'aliéner ce couple de bourgeois qui paraissait si fortuné, se résigna à prévenir son chef. Celui-ci sortit immédiatement de son cabinet pour accueillir ses visiteurs. Ceux-ci lui révélèrent qu'ils étaient venus soutenir la cause d'une femme malheureuse qui avait été chassée de sa fabrique quelques semaines auparavant. Monsieur Madeleine ne manqua pas d'exprimer sa surprise, car il ne se souvenait pas avoir renvoyé quiconque. Il leur demanda de faire venir cette personne afin qu'il puisse s'entretenir avec elle.
David et Clara retournèrent immédiatement chez Fantine et l'informèrent que monsieur le maire était prêt à la recevoir. La jeune couturière était pétrifiée à l'idée de faire face à son ancien patron, mais elle prit son courage à deux mains, et, encouragée par la présence et les sourires bienveillants de ses compagnons, elle se rendit à la mairie. Monsieur Madeleine reçut ses visiteurs dans son cabinet. En voyant les traits émaciés et les pauvres vêtements de Fantine, il ressentit immédiatement une profonde pitié pour elle. Aussi s'adressa-t-il d'une voix aimable à la jeune femme:
"Bonjour madame. Je ressens une grande peine en vous voyant dans un état si misérable car, en tant que maire, mon devoir est de veiller à ce qu'aucun de mes administrés ne souffre du froid et de la faim. Apparemment, vous avez été une de mes employées, mais vous avez dû quitter votre travail. Que s'est il passé?"
Fantine raconta alors son histoire. Monsieur Madeleine l'écouta attentivement, sans l'interrompre. Lorsqu'elle eut terminé son récit, il resta silencieux pendant une minute, paraissant profondément plongé dans ses pensées. Puis il s'adressa à la jeune femme :
"En premier lieu, il me faut vous demander pardon. Je vous assure que je n'était pas au courant de votre renvoi et que je n'en ai certainement pas donné l'ordre. Je dois reconnaître que, comme elle m'avait été recommandée par le curé, j'ai accordé une totale confiance à madame Victurnien. A mon grand regret, je vais devoir lui rappeler de ne jamais prendre l'initiative de renvoyer une employée sans m'en avoir informé au préalable ni avoir reçu mon approbation. Néanmoins, je dois admettre que votre situation est fort complexe, et j'ai besoin de temps pour y réfléchir afin de vous venir au mieux en aide. Mais je tiens à vous rassurer. Je veillerai à ramener votre fille à vos côtés, ainsi qu'à vous trouver du travail."
Monsieur Madeleine ouvrit ensuite un tiroir et en sortit une liasse de billets:
"En attendant, voici déjà de quoi payer toutes vos dettes."
Fantine n'arrivait pas à croire ce qu'il lui arrivait. Elle reverrait sa petite Cosette! Elle échapperait enfin à la misère! Et cela, grâce à cet homme, qu'elle croyait pourtant responsable de son malheur! La pauvre fille éclata en sanglots, tellement elle était submergée par ses émotions. David et Clara s'approchèrent d'elle pour la réconforter. Mais Fantine, les yeux emplis de larmes, s'adressa à eux d'un ton empli de gratitude :
"Merci, merci, merci. Tout cela, c'est grâce à vous. Alors que je me croyais condamnée au malheur, vous êtes venus et m'avez ramenée à la vie. Maintenant, je sais que tout va s'arranger et que je vais être heureuse. Je comprends à présent à quel point tout ce que vous m'avez dit était vrai. Je vous promets que je n'aurai plus jamais honte de ce que je suis."
Puis elle se tourna vers monsieur Madeleine :
"Monsieur le maire, je vous demande pardon de vous avoir mal jugé. Et je vous remercie du plus profond du coeur de tout ce que vous pourrez faire pour moi"
Le magistrat était ému en voyant la joie qui illuminait cette pauvre femme, et ressentit à cet instant une profonde affection pour elle. Il se jura alors de lui assurer son bonheur. Et il savait que pour cela, il devait d'abord la réunir avec sa fille.
A cet instant, David prit la parole :
"Monsieur le maire, si vous me permettez d'exprimer mon opinion, je dois admettre que ces Thénardier à qui madame Fantine a confié sa fille ne m'inspirent aucune confiance. Voyez comme ils lui demandent des sommes de plus en plus élevées sans même s'informer de sa situation. Cela me paraît assez louche."
Monsieur Madeleine le remercia de son avis, et lui promit qu'il y réfléchirait. Puis, il s'adressa à nouveau à Fantine :
"Madame, je vous prie de revenir demain matin à neuf heures à la mairie. Je vous ferai alors part de mes projets à votre intention.
- Merci encore pour tout, monsieur le maire. Et croyez bien que je me mets à votre entière disposition"
Fantine était tellement bouleversée par tous ces évènements que David et Clara durent la soutenir pour la ramener chez elle. Après s'être reposée pendant deux heures afin de se remettre, d'aplomb elle consacra le reste de la journée à payer ses créanciers, et, pour la première fois depuis des semaines, put prendre un repas nourrissant en compagnie de ses bienfaiteurs. Elle acheta aussi des vêtements chauds, des couvertures, ainsi que de la chandelle. Ainsi, cette nuit là, elle dormit confortablement. De leur côté, David et Clara avaient réservé une chambre à l'auberge, car Fantine avait insisté pour qu'ils assistent à son rendez vous chez le maire le jour suivant.
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