Le train enchanté : chapitre 26

26) La honte d'une fille mère

Et la pauvre femme raconta sa vie. Son enfance misérable à Montreuil-sur-Mer, son départ à dix ans vers les campagnes, puis son arrivée à Paris cinq ans plus tard, où elle avait été séduite puis abandonnée par Felix Tholomyès qui l'avait mise enceinte mais ne s'était jamais soucié de son enfant. Elle leur révéla sa décision de revenir dans sa ville natale pour y chercher du travail. Mais pour cela,elle devait cacher sa faute  : aussi, à Montfermeil, elle avait confié sa fille à de braves aubergistes nommés les Thénardier qui avaient accepté de s'occuper d'elle en échange d'une somme d'argent qu'elle leur envoyait tous les mois. Ainsi, elle put rentrer à Montreuil-sur-Mer et trouva du travail dans la fabrique de verroteries. Malheureusement, un peu plus d'un an plus tard, sa faute fit découverte, et elle fut chassée de l'atelier. 

"Et je ne peux pas quitter la ville parce que je dois encore payer mes dettes, les Thénardier me demandent maintenant quinze francs pour ma petite Cosette que j'arrive à peine à payer, et cela, en me privant de tout. Je ne sais plus quoi faire."

Et Fantine éclata à nouveau en sanglots. 

Bien évidemment, David et Clara, qui avaient lu "Les Misérables" savaient déjà tout ce que la jeune femme leur avait raconté. Ils disposaient même de plus d'informations qu'elle sur sa situation et celle de sa fille. Le jeune homme lui demanda : 

"Est ce que c'est monsieur le maire lui-même qui vous a signifié votre renvoi?

Fantine fut quelque peu surprise en entendant cette question. 

"Oui. Il m'a même fait remettre cinquante francs à condition que je quitte le pays au plus vite. 

- Fait remettre? Donc, vous ne l'avez pas vu à cette occasion?

- Non. C'est la surveillante de l'atelier des femmes, Mme Victurnien qui m'a informé que je devais quitter l'atelier. 

- Donc, répliqua Clara, ce n'est pas Monsieur Madeleine qui vous a renvoyée, mais une de ses adjointes. 

- Mais qu'est ce que cela change? demanda Fantine, perplexe. Elle ne m'aurait pas renvoyée si elle n'avait pas eu l'accord de son chef. 

- En êtes vous si sûre? répliqua David. En tant que maire, et patron d'une fabrique, Monsieur Madeleine est certainement un homme très occupé qui est forcé de déléguer son pouvoir. Et il est malheureusement très fréquent que certaines personnes mal intentionnées abusent de cette autorité qui leur a été confiée et prennent des décisions de leur propre initiative sans en informer leur chef. Peut être que monsieur le maire ignore que vous avez été renvoyée. 

Fantine n'arrivait pas à croire à ce que cette homme lui racontait : 

"Mais c'est impossible! Madame Victurnien est une femme pieuse, pleine de vertu chrétienne. 

- Avez vous essayé de voir Monsieur Madeleine lui-même pour vous expliquer et lui demander de vous rendre votre travail?

- Non, je n'ai pas osé. Et puis cela ne servirait à rien. Ma faute est à présent connue de toute la ville, et je sais à quel point monsieur le maire est attaché à la morale et exige des femmes des moeurs pures. Comment moi, qui ai péché et dois porter la honte de ma faute, oserais-je me présenter devant lui?"

En entendant ces propos, Clara ne put retenir son indignation. 

"Quelle honte? Celle d'avoir été jeune et naïve, et d'avoir sacrifié votre virginité à un homme qui ne le méritait pas? Qui a commis la plus grande faute? La femme qui a cru en l'amour et qui, lorsqu'elle a dû en subir les conséquences, a assumé du mieux qu'elle pouvait afin d'assurer un avenir à sa fille, travaillant d'arrache-pied, et sacrifiant tout pour elle? Ou l'homme qui a abusé de la confiance de son amante pour prendre son plaisir et qui s'est lâchement défaussé de toutes ses responsabilités dès qu'il s'est lassé d'elle? C'est ce Tholomyès qui devrait rougir de honte, et pas vous! Au contraire, vous êtes un modèle de courage, et tous ceux et celles qui osent vous jugent ne vous arrivent pas à la cheville. D'ailleurs, la honte que vous ressentez est la preuve de votre vertu. Avez vous fauté une seule fois depuis votre retour à Montreuil-sur-Mer?"

Fantine fut stupéfaite en entendant ce discours. Alors que tout le monde en ville la regardait avec mépris parce qu'elle était fille-mère, cette femme lui témoignait de l'admiration et du respect. Elle lui répondit d'une voix timide: 

- Non, jamais. 

- Dans ce cas, votre renvoi est parfaitement injustifié, puisque vous avez agi en accord avec les exigences de votre patron. C'est pourquoi vous devez aller le voir pour vous expliquer avec lui et lui demander de vous rendre votre travail"

Bien qu'un peu enhardie par les déclarations de Clara, Fantine restait intimidée à l'idée de se présenter devant monsieur le maire. C'est pourquoi elle répondit: 

"C'est impossible, j'aurais peur de me confronter à lui toute seule.

- Et si nous venions avec vous pour vous soutenir et plaider votre cause? proposa David. Nous sommes même prêts à demander nous-mêmes à monsieur Madeleine de vous recevoir. 

Fantine ne parvenait pas à y croire. Ces deux bourgeois si respectables, non contents de lui donner de l'argent, étaient prêts à compromettre leur réputation en venant en aide à la fille perdue qu'elle était! Elle réalisa qu'elle devait se montrer digne de tous les bienfaits qu'elle avait déjà reçus de leur part. De plus, elle avait le sentiment qu'en envoyant vers elle ces gens si bons avec elle, le ciel lui-même semblait lui pardonner sa faute. C'est pourquoi elle répondit: 

"Dans ce cas, j'accepte. J'irai avec vous voir monsieur le maire

- Magnifique, s'enthousiasma David. Nous allons sur-le champ à la mairie afin de solliciter un entretien pour vous. En attendant, ne vous préoccupez pas de la chemise pour mon épouse. Prenez un peu de repos, vous en avez besoin."

Et sur ces dernières paroles, le jeune homme et sa compagne prirent congé.

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