Le train enchanté : chapitre 25

25) Arrivée à Montreuil-sur-Mer et rencontre avec Fantine

Le lendemain matin, le train se mit en route en direction de l'est. Après avoir parcouru une dizaine de kilomètres, il pénétra le portail interdimensionnel qui menait vers le Montreuil-sur-Mer des "Misérables" et quelques minutes plus tard, il arriva aux portes de la ville. David et Clara, habillés en bourgeois de la Restauration, débarquèrent et rejoignirent à pied la cité industrielle. Grâce aux indications de Marie, qui avait préalablement repéré les lieux, ils retrouvèrent le logis où habitait Fantine, qui avait repris son métier de couturière depuis son départ de l'atelier. Ils montèrent les escaliers qui menaient à sa chambre. et frappèrent à la porte. Quelques instants plus tard, une belle jeune femme, aux magnifiques cheveux blonds mais vêtue de hardes, leur ouvrit. Ses traits étaient tirés par la fatigue, et son visage exprimait la détresse d'une vie de dénuement. Fantine ne put réprimer sa surprise de voir un couple si élégamment habillé venir chez elle, et impressionnée, s'adressa à ses visiteurs d'un ton plein de déférence : 

"Bonjour, madame, monsieur, que puis-je pour votre service? 

- Madame, commença David, je souhaiterais une chemise blanche pour mon épouse (Clara lui lança un regard narquois lorsqu'elle l'entendit l'appeler par ce terme). Consentiriez vous à vous charger de la lui coudre dans les plus brefs délais?

- Monsieur, je ne demanderais pas mieux que de me mettre à votre service, mais j'ai encore plusieurs chemises à terminer pour la garnison de la ville. Je ne pourrais pas me mettre à l'ouvrage pour votre femme avant au moins deux semaines.

Clara sortit alors de sa poche un billet de cinq francs et le tendit à Fantine : 

- Ne pouvez vous pas donner priorité à ma commande, s'il vous plaît?

La jeune couturière regarda avec envie le billet. Cinq francs! L'équivalent de plus d'une semaine de travail! Elle ne pouvait refuser une telle proposition. 

- Dans ces conditions, votre chemise sera prête dans trois jours."

Clara regarda autour d'elle, et fut frappée par le dénuement de cette chambre : un unique lit pour tout mobilier, aucun éclairage. Même si elle connaissait l'oeuvre de Victor Hugo, le spectacle de cette misère l'émut bien plus profondément que lorsqu'elle avait lu le texte du romancier. Elle s'adressa à nouveau à Fantine : 

"Madame, je ne puis m'empêcher d'être surprise. Comment se fait il que vous viviez aussi pauvrement dans cette ville si prospère, où tous parviennent facilement à trouver un travail bien payé? Pourquoi en êtes vous réduite à coudre des chemises dans cette mansarde, alors que l'usine de verroteries de la ville recrute tous ceux et celles qui se présentent? 

A ces mots, Fantine ne put réprimer un cri de douleur, car elle ne se souvenait que trop bien des conditions infamantes de son renvoi de l'atelier. Elle répondit d'un ton sec : 

"Madame, je vous remercie de votre générosité, mais je vous prierai de ne pas vous intéresser à des affaires qui ne vous concernent pas."

C'est alors que David sortit à son tour de sa poche plusieurs billets, et les tendit à Fantine : 

"Et si nous vous donnions ceci, consentiriez vous à nous raconter votre histoire? 

Fantine examina attentivement l'argent que lui tendit le jeune homme et ne put réprimer son ébahissement. Dix, vingt, trente, quarante cinq francs! Deux mois et demi de travail en une seule fois! L'équivalent de trois mensualités à verser aux Thénardier pour sa petite Cosette! Et cela, sans compter les cinq francs qu'elle avait déjà reçus. Certes, elle ne comprenait pas pourquoi ce couple de bourgeois paraissait si intéressé par sa vie au point de lui donner une telle fortune, et cette curiosité ne fut pas sans lui inspirer quelque méfiance. Mais elle pensa à nouveau à sa fille et à ses dettes. Elle ne pouvait se permettre de renoncer à une telle somme. Aussi, elle se décida à surmonter sa répugnance à se dévoiler devant deux personnes qu'elle n'avait jamais rencontrées de sa vie. De toute façon, sa honte était connue de tous, alors il était vain de la leur cacher. Aussi, elle leur répondit : 

"Madame, monsieur, que désirez vous savoir de moi? 

- Tout ce que vous pourrez nous raconter sur vous, répondit Clara. Et n'ayez pas peur de nous dire toute la vérité. Sachez que nous n'avons pas l'intention de vous juger."

A cet instant, la pauvre fille ne put retenir ses larmes en repensant à sa triste destinée. Clara ressentait une telle pitié envers elle qu'elle dut faire un effort pour ne pas aller vers cette malheureuse et la prendre dans ses bras. Mais Fantine finit par se ressaisir, et déclara d'une voix qui exprimait toute la détresse du monde : 

- Tout mon malheur vient que je suis fille-mère"



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