Le train enchanté : partie 14
14) Conséquences d'une rixe.
Bien évidemment, le frère Lorenzo était déjà au courant de ce qui s'était passé : tout Vérone ne parlait que de la nouvelle échauffourée sanglante entre les Montaigu et les Capulet qui avait coûté la vie au jeune Mercutio. Le saint homme était profondément affligé par la mort de ce dernier, mais il fut aussi fort soulagé en apprenant que Roméo avait réussi à garder son sang froid, en choisissant de livrer le coupable à la justice plutôt que de venger lui-même son ami. Une telle sagesse étant peu caractéristique de la personnalité du jeune homme, il ne doutait pas du rôle déterminant des envoyés de Maria dans ce choix si judicieux. Ses soupçons furent confirmés lorsque ces derniers le rejoignirent et lui relatèrent en détail toute l'histoire. Ils l'informèrent aussi de l'invitation à souper du père Montaigu, ainsi que de la convocation des deux clans au palais princial. Le moine décida de se joindre à eux, car il savait qu'il devait être présent chez le prince pour obtenir un heureux dénouement pour ses protégés. Or, cette invitation lui apportait un excellent prétexte pour accompagner les Montaigu.
Soudain, Roméo fit irruption dans la cellule du frère Lorenzo. Son visage semblait exprimer une profonde anxiété.
"Bonjour mon fils, commença le brave ecclésiastique. Je suis profondément navré pour la perte de ton ami, et je vais prier pour le salut de son âme. Mais je suis soulagé que tu aies agi avec un tel discernement. Je ne puis qu'imaginer quelles nouvelles catastrophes seraient survenues si tu avais perdu ton sang-froid et tué Tybalt.
- Je sais, mon frère. Et je vous remercie de tout mon coeur d'avoir ainsi veillé sur moi. Malgré tout, mon coeur est rempli d'angoisse. La perte de son parent des mains de Tybalt a empli le coeur du prince d'un immense courroux contre la famille Capulet, et je crains que ma chère Juliette paye les conséquences du crime commis par son cousin. Comment faire pour la protéger, et ainsi préserver notre amour?
- Il est vrai que sa famille risque la disgrâce suite aux évènements de cette journée, répliqua le frère Lorenzo. Heureusement, nous disposons d'atouts importants pour vous aider tous les deux. Ton action d'éclat t'a apporté beaucoup de prestige dans notre cité : tout Vérone te considère comme un héros. Tu as acquis aujourd'hui un crédit dont tu pourras tirer parti auprès de notre prince. C'est pourquoi, avec l'aide de Dieu, je suis convaincu que non seulement, nous parviendrons à sauver votre amour, mais nous pourrons peut être même le révéler au grand jour et le faire accepter par tous, y compris vos familles. Et cela d'autant plus que le prince souhaite la réconciliation de vos clans, et que votre mariage sert ce dessein.
- Merci mon frère. Je place ma vie et celle de ma bien-aimée entre vos mains. Je dois aussi vous informer que vous êtes attendus avec vos amis chez mon père à six heures pour le souper."
Sur ces mots, le jeune homme se retira.
A l'heure dite, le frère Lorenzo et ses deux compagnons arrivèrent à la maison Montaigu. Le souper se révéla relativement bref, mais fort agréable. David et Clara se présentèrent devant leurs hôtes comme deux voyageurs effectuant un pèlerinage à Rome, dont la route les avait amenés à passer par Vérone. Lors de leur séjour, ils avaient fait connaissance avec le frère Lorenzo, et s'étaient lié d'amitié avec lui. Le moine leur avait ainsi fait part terrible rivalité qui ravageait la cité, et qui, en tant que confesseur des deux clans, affligeait profondément son âme, et, touchés par sa souffrance, ils avaient décidé de lui venir en aide. Roméo et sa famille furent alors plus que jamais persuadés que la Providence divine leur était venue en aide ce jour là. Aussi, c'est le coeur serein que le clan Montaigu, accompagné de leurs invités, se rendit au palais du prince Escalus.
Bien évidemment, l'ambiance était toute autre dans la maison Capulet. Tous étaient plongés dans la détresse et l'angoisse. D'une part, ils ne doutaient pas que Tybalt recevrait un châtiment exemplaire pour avoir tué Mercutio, un parent très cher dans le coeur du prince. De plus, ils craignaient que le crime du jeune homme entraîne la disgrâce de leur famille, qui serait tenue pour responsable de cette rixe mortelle. Et cela d'autant plus que leurs ennemis étaient habilement parvenus à regagner la faveur populaire, grâce au sang froid des jeunes Roméo et Benvolio qui avaient livré le coupable à la justice. Le père Capulet redoutait en particulier de ne pouvoir marier convenablement sa fille, car aucun parti convenable ne voudrait s'allier à une maison en disgrâce auprès du prince Escalus. Il en venait même à envisager de quitter Vérone, plutôt que d'y vivre en paria.
De son côté, Juliette, qui avait appris les terribles évènements par sa nourrice, était agitée de sentiments contradictoires. D'un côté, elle ressentait une immense peine en sachant son cher cousin considéré par tous comme un criminel, et elle craignait fort le sort qui l'attendait. De plus, elle était affligée de voir toute sa famille dans la détresse et couverte de honte. Mais elle était aussi heureuse et fière de savoir son cher Roméo sain et sauf et acclamé par toute la cité pour son comportement héroïque. Elle lui était reconnaissante d'avoir épargné la vie de Tybalt en dépit des circonstances, et elle se félicitait d'avoir épousé un homme si digne de son amour. Néanmoins, elle craignait plus que tout d'être contrainte de quitter la ville si son père décidait que l'exil était préférable au deshonneur, car elle serait ainsi séparée de son bien-aimé. Aussi, elle pria longuement dans l'espoir que Dieu l'aiderait à protéger son amour.
Et ce soir là, c'est le coeur lourd et plein d'appréhension que la famille Capulet arriva au palais afin de répondre à la convocation de leur prince.
Commentaires
Enregistrer un commentaire