Le train enchanté : chapitre 15
15) Deux familles rivales face à leur prince : partie 1 : le châtiment
A huit heures précises, les deux clans au grand complet étaient réunis dans la grande salle du palais. Le prince Escalus siégeait sur son trône, entouré de Pâris, son proche parent, ainsi que de ses conseillers. Les familles rivales lui faisaient face : les Capulet s'étaient rassemblés à sa droite, tandis que les Montaigu occupaient le côté opposé. Juliette chercha avec anxiété son bien-aimé au sein du clan ennemi, et, au bout de deux minutes, retrouva Roméo qui faisait de même. Lorsque leurs regards se croisèrent, ils exprimèrent en un instant tout l'amour qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. De son côté, le frère Lorenzo, qui se tenait entre Clara et Roméo et qui avait observé le manège du jeune homme, adressa à Juliette un sourire affable qui lui apporta un peu de réconfort.
Le prince Escalus prit la parole et s'adressa aux deux clans d'une voix calme, mais sévère:
"Aujourd'hui encore, la haine qui vous déchire a plongé notre belle cité de Vérone dans la violence et le chaos. Et cette fois, c'est ma propre famille qui a été frappée par le malheur, avec la mort de mon cher parent Mercutio. Néanmoins, à la différence des incidents précédents, je ne puis blâmer également les deux camps. En effet, il me faut admettre que les jeunes Montaigu ont fait tout leur possible pour éviter le conflit, et, lorsque malgré eux ils y ont été entraînés, ils ont veillé à faire cesser au plus vite les hostilités. C'est pourquoi ma colère les épargnera. En revanche, Tybalt Capulet a délibérément provoqué cette altercation, a tué sans la moindre hésitation le pauvre Mercutio, et, non content d'avoir accompli son sinistre forfait, a tenté d'assassiner Roméo et Benvolio Montaigu qui sont heureusement parvenus à l'arrêter. De plus, il n'a exprimé ni remords, ni regrets pour ses actes. Face à des crimes aussi abominables, une seule sentence s'impose : la mort. Et comme je ne veux plus tolérer vos querelles, j'ai décidé de faire un exemple. Dans une semaine, Tybalt Capulet sera publiquement exécuté sur la grande place de Vérone. Telle est ma résolution, et elle sera irrévocable."
Ces mots plongèrent la famille Capulet dans la stupeur et l'affliction. Elle s'attendait à une sanction sévère, mais le coup ne s'en révéla pas moins rude. Juliette en particulier, qui aimait beaucoup son cousin, ne pouvait retenir ses larmes, ce qui désola son bien-aimé qui aurait tant voulu la consoler. Soudain, la jeune fille lâcha la main de sa nourrice, s'élança en direction du prince et s'agenouilla à ses pieds:
"Seigneur, déclara-t-elle d'une voix éplorée, épargnez mon cousin, je vous en supplie. Je reconnais qu'il a commis des actes terribles, et je compatis de tout coeur à votre malheur, mais n'oubliez pas que Tybalt n'est qu'un enfant. Est-ce là la justice de mettre à mort les enfants? Ne laissez pas votre chagrin, si légitime soit il, vous empêcher de mesurer l'iniquité d'une telle sentence. Même si Tybalt mérite un sévère châtiment, accordez lui au moins l'opportunité de se repentir. C'est pourquoi je vous conjure de lui laisser au moins la vie sauve"
Les supplications et les larmes de Juliette auraient attendri le plus endurci des coeurs. Même les Montaigu ne pouvaient totalement réprimer la pitié que la jeune fille leur inspirait. Mais le prince resta inébranlable dans sa résolution.
Le père Capulet prit à son tour la parole :
"Mon suzerain, je réalise bien que je ne parviendrai pas à vous persuader de faire grâce à mon neveu puisque même les larmes de ma fille n'ont pu vous toucher. Mais si Tybalt doit mourir, ne pouvez vous pas du moins lui accorder une fin décente? En décrétant une exécution publique, vous lui ôtez non seulement la vie, mais aussi l'honneur, en l'exposant ainsi à la vindicte populaire. De plus, vous ne vous contentez pas de châtier mon neveu, mais vous punissez aussi toute ma famille en lui faisant subir l'humiliation de voir un de ses membres mis à mort aussi lamentablement. Faut il que tous les miens payent pour le crime d'un seul, en particulier ma pauvre fille qui n'a commis aucun péché? Même moi, j'ai tenté de dissuader Tybalt de se livrer à la violence, mais hélas, mes efforts ont été vains. Que pouvais-je faire de plus?
- Et penses tu, Capulet, que ta famille soit aussi innocente que tu l'affirmes? Crois tu donc que Tybalt aurait attaqué Roméo et tué Mercutio si, depuis sa naissance, il n'avait pas été élevé dans la haine des Montaigu? Une telle éducation ne peut que pervertir l'âme de manière durable. Comment as tu pu imaginer que ton neveu écouterait de bien tardifs messages d'apaisement de la part de celui qui lui a appris à haïr? Non, Tybalt n'est pas le seul coupable, et il n'est que juste que vous expiiez tous ses crimes."
Les propos du prince frappèrent le coeur du vieil homme tels des coups de poignards, car il n'en comprenait que trop bien la justesse. Aussi ne parvient il plus à prononcer une seule parole et, résigné à son malheur, se contenta d'aider sa fille à se relever, puis de la ramener auprès de sa nourrice.
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