Le train enchanté : chapitre 12
12) Rencontre avec Roméo Montaigu
A midi moins le quart, David et Clara avaient rejoint la porte des Borsari. Ils savaient tous deux qu'ils disposaient encore de temps : la mort de Tybalt avait eu lieu une heure après le mariage de Roméo, et Juliette était partie de chez elle pour le rejoindre peu après midi. Rien ne se passerait avant au moins treize heures. Aussi, les deux compagnons prirent le temps de manger les provisions qu'ils avaient emporté, puis ils se rendirent sur la promenade du Cours et, tout en marchant avec l'attitude d'un couple marié, se consacrèrent à repérer les lieux. Ils cherchèrent l'emplacement idéal qui leur permettrait d'observer discrètement les évènements sans attirer l'attention sur eux et finirent par trouver une ruelle ombragée et peu fréquentée. A treize heures, ils s'y postèrent, et commencèrent à attendre de pied ferme la suite des évènements. Un quart d'heure plus tard, ils virent arriver deux jeunes gens qu'ils reconnurent comme Benvolio et Mercutio. Celui-ci pérorait en attribuant au jeune Montaigu ses propres traits de caractère. Cinq minutes plus tard, un nouveau groupe arrivait, avec Tybalt à sa tête. La querelle allait bientôt commencer. A une heure et demie, Roméo arriva à son tour. A cet instant, Clara dit à son compagnon :
"Allons nous laisser Mercutio se faire tuer ainsi?
- Clara, même Roméo n'a pas réussi à le sauver. Malheureusement, ce garçon a choisi la violence en décidant de prendre parti dans une querelle qui ne le concernait pas. De plus, tous ces témoins indésirables ne nous permettent pas d'agir à notre guise."
Ainsi, les deux amis furent témoin du duel entre Tybalt et l'ami de Roméo. Mercutio tomba bientôt au sol, et fut emporté par Benvolio, tandis que le jeune Capulet s'enfuyait avec ses amis. Roméo était seul. C'était le moment ou jamais d'intervenir.
Le jeune Montaigu se désolait :
"Donc un bon gentilhomme, le proche parent du prince, mon intime ami, a reçu le coup mortel pour moi, après l’outrage déshonorant fait à ma réputation par Tybalt, par Tybalt, qui depuis une heure est mon cousin !… Ô ma douce Juliette, — ta beauté m’a efféminé ; — elle a amolli la trempe d’acier de ma valeur !
Soudain, il entendit deux voix qui l'appelaient "Seigneur Roméo, seigneur Roméo". Le jeune homme se retourna et vit accourir vers lui un homme et une femme qu'il n'avait jamais rencontré de sa vie et qui pourtant l'appelaient par son prénom. Ebahi, il s'adressa à eux :
"Qui êtes vous? Et comment se fait il que vous sachiez qui je suis?
David répliqua :
"Seigneur Roméo, je me nomme Amadeo et voici ma compagne Chiara. Nous sommes des amis du frère Lorenzo, et nous devons vous parler de toute urgence.
- Croyez vous que j'ai le temps de discuter? Mon meilleur ami vient d'être frappé à mort, et son assassin vit encore. Il me faut à présent le venger, afin d'honorer sa mémoire.
- Seigneur Roméo, continua Clara, nous avons été témoin du meurtre de Mercutio. Et c'est précisement la raison pour laquelle nous vous conjurons de nous écouter. Nous vous supplions de ne pas venger vous-même votre ami, car si vous agissez ainsi, le malheur s'abattra sur vous.
- Je reconnais bien là les propos d'une femme! Le malheur est déjà arrivé, je n'ai plus qu'à l'achever.
David intervint
"Seigneur Roméo, c'est en tant qu'homme que je me joins aux prières de ma compagne. Même si Tybalt doit payer pour son crime, ce n'est pas à vous de verser son sang. Aussi, ne vous laissez pas envahir par la colère et la haine, et ne commettez pas un acte de vengeance que vous regretterez plus tard."
Clara poursuivit :
"Abstenez vous, je vous en supplie. Si vous ne le faites pas pour vous, faites le au moins pour votre bien-aimée."
En entendant ces paroles, Roméo se figea de stupeur :
"Qu.. Que voulez vous dire? Ma bien-aimée? Donc... donc, vous savez?
- Oui, nous savons, répondit Clara. Le frère Lorenzo nous accorde toute sa confiance, et il nous a révélé votre secret. Il avait le pressentiment d'une catastrophe, et c'est pourquoi il a accepté notre proposition de veiller en toute discrétion sur vous. Et malheureusement, ce qu'il avait redouté s'est effectivement produit. Mais il n'est pas encore trop tard pour éviter le pire. Aussi, consentez à nous écouter, je vous en conjure."
Ces révélations stupéfièrent tellement le jeune Montaigu que pendant quelques instants, il ne parvint pas à prononcer une parole. Ces deux inconnus connaissaient son confesseur qui leur accordait une telle confiance qu'il leur avait révélé son plus intime secret, et, de surcroît, ils se révélaient à ses yeux précisément à cette heure aussi terrible! Roméo ne pouvait en douter, cette rencontre miraculeuse relevait de la providence divine.
"Entendu, je suis prêt à vous écouter. Mais le furieux Tybalt ne s'arrêtera pas après avoir tué Mercutio, et je suis sa prochaine cible.
- Ne vous inquiétez pas. Nous avons repéré une bonne cachette, et nous pourrons y décider de la marche à suivre"
A cet instant, Benvolio rejoignit son cousin :
-Ô Roméo, Roméo ! le brave Mercutio est mort : ce galant esprit a aspiré la nuée, trop tôt dégoûté de cette terre.
A cet instant, il remarqua que son parent n'était pas seul :
"Roméo, qui sont ces personnes à tes côtés?
- Peu importe, Benvolio. Suis nous, car nous devons à présent échapper à la fureur du jeune Capulet.
- Comment, Roméo, alors que ta bravoure n'est pas à prouver, tu choisis la fuite plutôt que le combat?
- Je t'expliquerai plus tard. A présent, partons vite"
Et les quatre compagnons quittèrent la promenade du Cours, juste à temps avant le retour de Tybalt, qui, l'épée à la main, commença à chercher ses adversaires.
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