Le train enchanté : chapitre 9
9) Préparation de la mission "Roméo et Juliette"
Après le repas, David et Clara retournèrent au wagon-salon, prirent dans la bibliothèque un volume des "Oeuvres complètes de William Shakespeare" et se plongèrent dans la lecture de "Roméo et Juliette". Après avoir analysé l'enchaînement des péripéties de la tragédie, ils s'accordèrent pour conclure que l'évènement clé qui déclencha l'engrenage entraînant la mort des héros n'était autre que le meurtre de Tybalt des mains de Roméo. Ce dernier avait pourfendu son ennemi parce que, enragé par la mort de son ami Mercutio, il avait voulu lui-même le venger. Or, ce dernier était mort parce qu'il n'avait pas accepté que Roméo n'ait pas répondu à la provocation de Tybalt comme un "vrai homme" aurait dû le faire, c'est à dire, en se battant en duel. Pourtant, en agissant ainsi, le jeune amoureux avait fait preuve de bon sens. Ses sentiments pour Juliette lui avaient permis pendant un moment de sortir du cycle de la haine, et de ne pas se laisser toucher par les insultes du jeune Capulet. Hélas, Mercutio a considéré cela comme de la soumission, et suite à sa mort, Roméo a ensuite rejeté son choix pacifique initial comme un comportement "efféminé". Mais ce qu'il avait considéré comme une faiblesse était en réalité sa plus grande force, mais personne autour de lui ne lui en avait fait prendre conscience. Mais David et Clara étaient convaincus que, si à ce moment critique, Roméo était habilement conseillé, il serait possible de le persuader de ne pas tuer le jeune Capulet.
Lorsque Marie rejoignit ses invités, ceux-ci lui présentèrent les conclusions de leurs réflexions sur la tragédie de "Roméo et Juliette" et leur stratégie pour y remédier.
"Néanmoins, reprit David, nous nous heurtons à un obstacle majeur. Même si nous tentions d'intervenir, comment faire pour que le jeune Roméo accepte d'écouter des personnes qu'il n'a jamais rencontrées de sa vie?"
Marie répondit:
"Vous aurez en effet besoin de l'aide d'un allié dans cette dimension. Heureusement, nous avons à notre disposition l'homme idéal pour une telle entreprise.
- Et qui donc?
- Le frère Lorenzo, qui a marié Roméo et Juliette dans l'espoir que leurs noces permettraient de mettre fin à la haine ancestrale qui déchire leurs familles. J'ai eu l'occasion de prendre contact avec lui alors qu'il priait pour le salut de ses jeunes protégés. Lorsqu'il m'a vu entrer dans sa cellule, il a pris mon arrivée comme un signe que lui envoyait Dieu, surtout au moment où je lui ai annoncé que je voulais l'aider dans son noble projet. Je lui ai raconté que je lui enverrai des agents qui veilleraient sur les deux amoureux. Lorsque vous arriverez à Vérone, vous irez d'abord lui rendre visite : il vous suffira de lui parler de moi, et il saura que vous êtes les alliés dont je lui ai parlé. Tant Roméo que Juliette accordent la plus grande confiance au frère Lorenzo, qui a protégé leur secret. Aussi, je ne doute pas que le jeune Montaigu consentira à écouter des conseils venant de personnes se présentant comme les amis de l'homme qui l'a uni à sa bien aimée.
- Wow, s'exclama Clara d'un ton admiratif. Vous nous avez remarquablement préparé le terrain. Et je dois reconnaître que votre raisonnement se tient parfaitement. Dans de telles conditions, nous avons en effet bon espoir de réussir.
- Je me rejouis de vous voir en de si bonnes dispositions, répliqua Marie. A présent, il nous faut vous préparer pour votre expédition à Vérone."
Marie appela Jeanne, et lui ordonna de se rendre au wagon de matériel pour y chercher des vêtements typiques de la Renaissance Italienne. David et Clara prirent ensuite chacun un paquet d'habits et se rendirent dans leur chambre pour les essayer. Lorsqu'ils parurent aux yeux de leur hôtesse vêtus de leur nouvelle tenue, celle-ci exprima sa satisfaction. Après s'être changé à nouveau, les deux jeunes gens décidèrent de prendre un peu de repos en admirant le paysage qui s'offrait à leur yeux. A ce moment, le train avait quitté la forêt et traversait des pâturages au milieu desquels paissaient des vaches. Au loin, un massif montagneux se dessinait à l'horizon.
Une demi-heure plus tard, le train s'arrêta dans un village situé au bord d'un lac. Marie descendit avec ses invités et les conduisit vers une tour d'une dizaine de mètres de hauteur située au bord de l'eau, et dans laquelle habitait le magicien qui leur lancerait le sort de polyglottie. Ce dernier, un vieil homme avec une barbe courte, vêtu simplement d'une chemise blanche et d'un pantalon bleu, les accueillit fort affablement. Après avoir effectué son travail, il convia ses invités à prendre le thé avec lui, et tous passèrent un moment fort agréable. Une heure après leur arrivée, les trois compagnons prirent congé pour reprendre leur route. Le train se dirigea alors en direction des montagnes. Pendant plusieurs heures, les voyageurs purent admirer de hauts sommets, des vallées verdoyantes, d'épaisses forêts, des torrents et des glaciers. La nuit était déjà tombée lorsqu'ils arrivèrent à nouveau dans une vaste plaine. Marie annonça à David et Clara qu'ils atteindraient le portail à une heure fort tardive, et leur suggéra de se rendre dans leur quartiers pour y dormir, car ils partiraient à Vérone le lendemain matin. Les deux jeunes gens rejoignirent leur compartiment, et passèrent leur première nuit dans le train interdimensionnel.
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