Le train enchanté : partie 1

 1) Introduction : effraction chez Clara

Ce vendredi soir, allongée dans son lit, vêtue d'un pyjama pourpre léger et confortable, Clara se préparait à s'endormir en songeant avec délice qu'elle pourrait faire la grasse matinée le lendemain. Elle l'avait bien méritée, après une longue semaine pendant laquelle elle n'avait pas ménagé ses efforts à enseigner les connaissances de base aux enfants de son village. En effet, bien que Clara fût la fille de l'un des hommes d'affaires les plus riches du pays, elle avait décidé de ne pas travailler dans l'entreprise familiale. Elle avait choisi le métier d'institutrice qui lui paraissait plus essentiel à ses yeux et avait accepté de prendre un poste dans une commune rurale isolée. Clara préférait le calme de la campagne au tumulte de la ville, et s'était installé dans une petite maison située à quelques kilomètres de son école. Bien qu'elle gagnât nettement moins d'argent que ses soeurs, qui étaient devenues les collaboratrices de son père, Clara n'avait jamais regretté son choix. Et c'est l'esprit serein qu'elle finit par s'endormir sous sa couette. 

Soudain, à peine une heure plus tard, elle fut réveillée en sursaut lorsqu'elle sentit un poids sur son lit et une main posée sur sa bouche. Elle vit avec terreur un homme au dessus d'elle qui la plaquait contre son matelas, lui immobilisant les jambes avec les siennes. Elle poussa des hurlements étouffés et tenta de se défendre contre son agresseur, mais elle ne parvenait pas à se dégager de sa couette. 

L'homme s'adressa à elle d'une voix très douce: 

"Madame, je n'ai pas l'intention de vous faire de mal. Et je m'excuse de m'être introduit ainsi chez vous par effraction, mais c'était nécessaire pour mon projet"

Mais Clara parvint enfin à dégager ses bras, et elle repoussa d'un geste violent son agresseur. Dès qu'elle put parler à nouveau, elle s'adressa à lui d'une voix furieuse : 

"Qui êtes vous? Et comment êtes vous entré chez moi? Sortez tout de suite de ma maison, ou j'appelle les gendarmes."

Mais l'homme, qui s'était ressaisi, lui immobilisa les bras et lui répondit: 

"Madame, sachez que je suis ici dans le but de vous enlever. Néanmoins, je ne souhaite pas vous kidnapper de force mais vous persuader de vous laisser faire. Et si j'échoue, je m'engage à partir d'ici sans tapage, car, comme je l'ai dit, je ne souhaite pas vous faire de mal."

Clara ricana suite à des propos aussi absurdes :

"Vous prétendez ne pas vouloir me faire de mal, mais vous vous introduisez chez moi par effraction et vous m'agressez dans mon propre lit. Et non seulement, vous prétendez vouloir m'enlever, mais en plus, vous avez la folie de croire que je pourrais accepter de devenir la victime de votre crime odieux. Vous feriez aussi bien de partir tout de suite, sinon, je vous ferai payer très cher votre ignominie."

Mais à ce moment, l'homme la lâcha et se leva de son lit. Clara alluma sa lampe de chevet et put ainsi voir plus distinctement son agresseur, qui était de taille moyenne, avec de courts cheveux noirs, un visage aux traits fins. Il paraissait avoir une trentaine d'années. Mais la jeune femme fut surtout frappée par son regard, qui n'exprimait ni colère, ni frustration, mais plutôt de la préoccupation, et même du regret. 

L'homme reprit la parole:

"J'aurais dû m'exprimer plus précisément. Je ne suis pas venu ici pour vous enlever, mais plutôt pour vous offrir un enlèvement."

Clara ricana de plus belle : 

"De mieux en mieux. Vous considérez que vous m'offrez un cadeau en m'attaquant chez moi. Vous savez à quel point c'est traumatisant? De plus, n'avez vous pas la moindre idée de l'horreur que vivent les victimes de kidnapping?

- Bien sûr que si. Elles sont privées de liberté contre leur volonté par des individus dont elle ignore tout et qui les déshumanisent, en ne les considérant pas comme des personnes, mais comme une monnaie d'échange, par exemple pour obtenir une forte somme d'argent, ou bien comme un objet sexuel, voire les deux à la fois. Les victimes vivent ainsi dans la terreur permanente de subir des violences physiques, et, surtout pour les femmes, sexuelles. Enfin, elles craignent, et malheureusement trop souvent à juste titre, de ne pas en ressortir vivantes. Or, vous imaginez bien que je ne souhaite pas vous offrir une expérience aussi horrible. Je désire que votre kidnapping représente pour vous un moment d'évasion de votre quotidien, une aventure pleine de frissons et de sensations fortes, mais qui, au final, se révèlera une expérience agréable de votre vie."

Clara était complètement éberluée par les propos de son interlocuteurs. Elle lui demanda d'une voix ironique: 

"Et comment pensez vous rendre plaisant un crime aussi sordide? 

- Pour cela, il me faudra respecter trois règles fondamentales que je puis résumer en trois lettres : S D L 

S comme sécurité. A tout instant, il me faudra veiller à votre sécurité et à votre bien être. En effet, pour que vous ne viviez pas la terreur des victimes d'enlèvements "classiques", il est nécessaire que vous ne vous sentiez pas une seule seconde en danger lorsque vous serez en mon pouvoir. C'est une lourde responsabilité qui pèse sur mes épaules, mais je n'aurais jamais envisagé de vous kidnapper si je n'avais pas été prêt à l'assumer. Je comprends aisément vos réticences à accorder votre confiance en un inconnu, en particulier dans de telles circonstances. Croyez bien qu'il aurait été bien plus commode pour moi de vous rencontrer au préalable de manière plus "traditionnelle", et de vous proposer ce projet après avoir pris le temps de vous connaître. Mais cela aurait faussé l'expérience, qui repose à la base sur l'imprévu et la surprise. 

Deuxième règle : D comme divertissement. Je dois m'assurer que vous ne vous ennuyiez pas pendant votre enlèvement. Il me faudra m'occuper de vous afin qu'à chaque instant, vous ressentiez de nouvelles sensations afin que vous profitiez au maximum de cette expérience unique. Pour cela, il me faudra vous trouver aussi des occupations agréables, et votre coopération sera précieuse afin que je puisse connaître vos goûts et m'y adapter. 

Enfin, troisième principe, et de loin le plus important : L comme libération. Une libération sans conditions, et dans un délai relativement bref. En effet, il est bien évident que je ne souhaite pas vous retenir prisonnière trop longtemps, car, dans ce cas, quoi que je fasse, vous finirez par souffrir de votre captivité. Je ne puis pas vous priver de votre liberté, car c'est votre droit le plus élémentaire; je ne peux que vous l'emprunter,  et de surcroît avec votre accord. De mon point de vue, l'enlèvement idéal doit durer entre 24 et 48 heures; en deçà, vous ne pourrez vivre pleinement l'expérience, et au delà, il me parait impossible de rendre un kidnapping agréable. Et c'est pourquoi je m'engage à vous libérer dans ce délai. 

Voici les conditions que je m'impose pour vous kidnapper. A vous de juger si vous les considérez satisfaisantes."

Clara avait écouté bouche bée le discours du jeune homme. Elle avait du mal à en croire ses oreilles : il évoquait son enlèvement en se préoccupant en priorité de son ressenti à elle, et non pas de son propre plaisir. Aussi bien le ton de sa voix que l'expression de son visage révélaient un tempérament profondément bienveillant et cela d'autant qu'il n'avait plus tenté de l'approcher depuis qu'il avait quitté son lit. La jeune institutrice fut alors persuadée de la sincérité de son interlocuteur, et, aussi étrange que cela lui parût, elle ne se sentit plus effrayée en sa présence. Elle se mit alors à réfléchir à sa proposition, et réalisa que, si cet homme respectait les règles qu'il lui avait exposées, un kidnapping pourrait en effet se révéler une expérience agréable. De plus, Clara sentit se réveiller en elle un désir d'aventure et d'inconnu. Ce garçon avait raison : c'était une occasion unique, et, dans la mesure où elle sentait qu'elle n'avait rien à craindre de lui, il fallait en profiter. 

Aussi, elle s'adressa à lui d'une voix calme et aimable :

"Monsieur, je suis probablement complètement folle ou inconsciente, mais si vous me jurez que vous ne me ferez aucun mal, je consens à ce que vous me kidnappiez."

Clara vit le visage du jeune homme s'illuminer, et elle ne put réprimer un petit sourire. Celui-ci lui répondit: 

"Madame, je suis profondément honoré de la confiance que vous m'accordez, et il est de mon devoir de m'en montrer digne. Permettez moi de me présenter. Je m'appelle David. 

- Enchantée de faire votre connaissance. Je me nomme Clara

- Tout le plaisir est pour moi". 


 

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