Rudy et Myriam contre le château maudit : partie 13
14) Une jeune femme bien naïve
Lorsque Jonathan atteignit le sommet de la tour nord, il arriva devant une porte fermée. Mais à l'instant où il l'ouvrit et qu'il entra dans la chambre, il fut accueilli par un grand cri de frayeur. Il tourna la tête et constata qu'il n'était pas seul : une femme d'une grande beauté était allongée sur le lit. Elle paraissait la trentaine, arborait de longs cheveux bruns, mais surtout Jonathan constata qu'elle était presque nue, n'étant vêtue que de ses sous-vêtements. Comprenant la réaction de cette jeune personne suite à son arrivée fort impromptue, il tenta de s'excuser:
"Pardonnez moi, madame, d'être entré ainsi sans prévenir. Mais je ne m'attendais pas à trouver cette chambre occupée par qui que ce soit".
Mais la jeune femme s'était déjà remise de ses émotions, et elle répondit en souriant d'une voix très douce: :
"Ne vous inquiétez pas, je vous pardonne volontiers. Je comprends aisément votre erreur. Après tout, personne ne vient par ici. Ce pauvre châtelain doit se sentir bien seul dans cette grande maison.
- Ce pauvre châtelain? répliqua Jonathan avec surprise. Que voulez vous dire?
- Je veux dire que cela ne doit pas être facile de vivre ainsi avec quelques domestiques comme unique compagnie. Je ne suis pas étonnée qu'il m'ait aussi facilement accordé son hospitalité: cela devait faire longtemps qu'il n'avait pas reçu de visite."
Jonathan était complètement éberlué en entendant les propos de cette femme, car il avait constaté de ses propres yeux et par le témoignage de ses amis que le château était loin d'être inoccupé.
"Excusez moi, madame, mais quand êtes vous donc arrivée ici?
- Hier soir. Ah, si je vous racontais la tuile qui m'est arrivée. D'ailleurs, je dois d'abord me présenter : je m'appelle Lydia et je suis infirmière à domicile.
- Enchanté. Je m'appelle Jonathan.
- Heureuse de faire votre connaissance. Donc, je revenais d'une visite chez un patient qui habite dans une ferme au fin fond de la campagne quand soudain, ma voiture s'arrête brutalement. Et pourtant, j'avais veillé à faire le plein et mon réservoir d'essence était encore à moitié rempli. Malheureusement, c'est souvent au pire moment qu'une pièce de votre véhicule vous lâche. Et me voici coincée au milieu de nulle part, alors que la nuit est en train de tomber et je n'ai même pas de réseau pour pouvoir appeler avec mon portable. Je décide de suivre la route à pied dans l'espoir de trouver de l'aide. Heureusement, dans mon malheur, j'ai eu de la chance : à peine cinq minutes après avoir quitté ma voiture, je vois une paire de phares qui s'approche de moi. Peu après, je vois une grosse berline s'arrêter à côté de moi, et un homme d'une quarantaine d'années en sortir. Il semblait stupéfait de voir une femme seule dans cette route déserte. Je lui expliquai ma situation et l'amenai vers ma voiture. Comprenant la difficulté de ma position, il me proposa de m'héberger chez lui pour la nuit. J'appris qu'il s'appelait Morgan Black et qu'il était le propriétaire d'un château qui se situait à quelques kilomètres de là. Quant à ma voiture, je ne devais pas m'inquiéter : il possédait un camion et ordonnerait à un de ses serviteurs de la remorquer jusque chez lui. Je le remerciai chaleureusement de son amabilité, ne croyant pas ma chance. Peu après notre arrivée, il me fit préparer un délicieux dîner, puis il m'installa dans cette chambre.
- Et lors de votre arrivée au château, n'avez vous rien constaté ... d'anormal?
- Non, rien de spécial.
- Et n'avez vous pas fait de rencontres un peu ... particulières?
- Non. J'ai juste rencontré deux ou trois domestiques qui se sont comportés de la manière la plus cordiale avec moi. J'ai d'ailleurs passé une excellente nuit, et ce matin, je me sentais en pleine forme.
- Et que s'est il passé ensuite?
- Après avoir pris un solide petit déjeuner en compagnie de mon hôte, celui-ci fit emmener ma voiture vers le garage le plus proche. Il me proposa ensuite de rester chez lui jusqu'à ce que ma voiture soit réparée. J'ai accepté avec plaisir, car j'appréciais beaucoup sa personnalité. Il me traitait avec la plus exquise courtoisie, et surtout, il ne tenta pas une seule fois de me draguer. Cela me changeait de la plupart des hommes que je rencontrais, qui semblaient tous vouloir coucher avec moi dès l'instant qu'ils m'avaient aperçue. Si vous saviez à quel point c'est difficile d'être une belle femme. On passe son temps à repousser les avances des mecs, qui peuvent aller jusqu'à des gestes déplacés. Mêmes des patients qui ont l'âge d'être mon grand-père s'y mettent. Lui au contraire respectait mon intimité, et ne cherchait jamais à me faire de visites impromptues. Je ne le voyais qu'au moment des repas, ou bien lorsque je demandais à le rencontrer.
- Un vrai gentleman, en somme, répliqua Jonathan d'un ton un peu ironique. Mais Lydia n'y prêta pas attention.
- Monsieur Black me fit visiter son domaine. Je fus émerveillée. Un véritable château de contes de fées! Mais il dut ensuite me laisser, car ses affaires l'appelaient. Mais il mit sa bibliothèque à ma disposition, ce qui me réjouit, car j'aime beaucoup lire. J'ai d'ailleurs trouvé une édition rare du "Don Quichotte" de Cervantes. Ah, les grands classiques restent inégalables! J'ai emporté ce roman dans ma chambre afin de le savourer dans les meilleurs conditions. D'ailleurs, je n'ai pas levé le nez de ce livre depuis la fin du déjeuner. C'est si rare et si agréable de pouvoir complètement se laisser absorber dans l'univers d'un auteur de qualité"
C'est à ce moment que Jonathan remarqua le livre qui était posé à ses côtés et qu'elle tenait dans ses mains au moment où il est entré. Mais bien plus que le roman, c'est le magnifique corps de son interlocutrice, ses formes harmonieuses, ses belles jambes et sa poitrine généreuse qui avaient attiré son attention. Il dut faire un effort pour se souvenir qu'il était déjà en couple, car il ressentait une profonde attirance pour cette femme. Il lui demanda à nouveau :
"Et pendant tout ce temps, vous n'avez rien constaté d'anormal?
- Non, rien du tout, je vous assure. D'ailleurs, pourquoi me posez vous cette question avec tant d'insistance? Et je ne vous ai même pas demandé comment vous étiez arrivé ici?
A cet instant, Jonathan se rappela du motif qui l'avait amené dans cette tour. Il scruta rapidement les murs, ne vit aucun tableau qui y était accroché et comprit que l'accès au donjon ne se situait pas dans cette chambre. Mais il ne voulut pas partir tout de suite, car il ne comprenait que trop bien que cette femme n'avait aucune idée du danger qu'elle courait dans cette demeure maudite. Il lui expliqua alors qu'il était venu dans le château car sa soeur avait été enlevée et y était à présent séquestrée par le maître des lieux. Il lui parla aussi des créatures monstrueuses qu'il avait vues depuis son arrivée, ainsi que de la disparition de ses compagnons, y compris de son frère. La pauvre femme paraissait stupéfaite par ces révélations :
"Je n'arrive pas à y croire. Monsieur Black, cet homme si aimable, un sorcier qui kidnapperait des jeunes femmes? Et en plus vous affirmez que des dragons, des vampires, des sirènes et des fanatiques religieux hanteraient ce château? Je n'ai pourtant rien vu de tel.
- Je m'en doute bien. Il a veillé à ce que vous ne constatiez rien d'anormal afin de vous donner une fausse sensation de sécurité. Et j'ai de bonnes raisons de croire qu'il fomente de sinistres projets à votre intention. Après tout, s'il a enlevé de manière aussi audacieuse ma soeur, cela signifie qu'il est capable de tout.
- Mais vos histoires de monstres sont invraisemblables. Je ne peux pas y croire.
- Lydia, regardez par la fenêtre. Ne trouvez vous pas étrange que la nuit soit déjà tombée en cette saison?"
Et en effet, la jeune femme dut bien en convenir, et elle ressentit alors une profonde terreur, car elle réalisa enfin à quel point sa situation était périlleuse.
"Mais si tout ce que vous dites est vrai, que dois je faire pour me sauver? Il faudrait que je parte le plus vite possible d'ici.
-Malheureusement, je crains qu'une tentative de fuite ne vous mette encore plus en danger. Pour le moment, votre hôte vous laisse tranquille, car il vous croit sans méfiance. Mais s'il voit que vous avez découvert son secret, vous risquez de terribles représailles s'il parvient à mettre la main sur vous. Non, le mieux est que vous restiez dans votre chambre comme si de rien n'était. Vous devez savoir que mes compagnons et moi avons l'intention d'affronter le sorcier afin de délivrer ma soeur. Quand nous l'aurons vaincu, vous serez alors en sécurité. Je suis précisément venu dans cette chambre afin d'y chercher un passage qui mène vers son repaire, le donjon du château. Malheureusement, je sais à présent qu'il ne se trouve pas ici, et je dois à présent retrouver retrouver les autres dans l'espoir qu'il aient été plus chanceux que moi.
-Oh, je vous en prie monsieur, répliqua Lydia d'une voix suppliante, restez un petit moment avec moi. Tout ce que vous m'avez dit me fait tellement peur, et je frissonne à l'idée de rester seule dans cette chambre."
Jonathan, compatissant, avait bien conscience que la pauvre Lydia avait besoin d'aide pour pouvoir supporter le choc que constituait ses révélations. Aussi, il consentit à s'asseoir sur le lit à ses côtés, pour lui apporter un peu de réconfort. De plus, il n'était pas désagréable de passer un peu de temps avec une aussi belle femme. Ah, s'il avait été célibataires, il serait bien volontiers sortie avec elle! Mais à peine avait il allongé ses jambes que Lydia se jeta sur lui et le plaqua sur le lit. Surpris, Jonathan tenta de se dégager, mais son agresseuse lui enserrait fermement les jambes dans les siennes, et lui maintenait les bras contre son corps. Il vit alors le visage de la jeune femme se métamorphoser et reconnut avec terreur la face caractéristique du vampire. Lydia lui lança alors d'une voix moqueuse :
- Jeune homme, jusqu'à présent tu as eu beaucoup de chance en évitant les monstres qui hantent cette demeure. Mais maintenant, tu ne m'échapperas pas."
Et sur ces mots, elle approcha son visage de son cou et le mordit de ses crocs acérés. A cet instant, Jonathan regretta de n'avoir pas mangé le gâteau à l'ail, car cela lui aurait permis d'échapper à un si funeste destin. Mais à peine quelques secondes après avoir commencé à déguster le liquide écarlate qui coulait de la plaie, Lydia approcha sa main qu'elle avait au préalable éraflé avec ses ongles et la plaça dans la bouche de sa victime, qui ne put éviter de la lécher. A présent, le pauvre Jonathan était complètement à sa merci. Heureusement pour lui, la vampire se contenta d'une petite quantité de sang. Dès qu'elle eût terminé, elle le pansa soigneusement, afin qu'il n'ait aucune séquelle de sa mésaventure, en vraie professionnelle qu'elle était (car Lydia avait réellement exercé comme infirmière avant sa transformation).
Dans le donjon, Lucie et le sorcier étaient hilares :
"Ah les hommes! Il suffit qu'ils soient en compagnie d'une belle femme pour qu'ils cessent de réfléchir. Car franchement, tu y aurais cru, toi, à son histoire? Surtout dans un château dont tu sais déjà qu'il est hanté par des monstres terrifiants qui peuvent se dissimuler derrière une apparence rassurante?
- Tu dois quand même admettre que ce n'était pas invraisemblable. D'autant que Lydia et moi avons effectué ensemble une reconstitution de tous les évènements qu'elle a mentionnés, afin qu'elle paraisse plus sincère au moment de son récit.
- Quoi qu'il en soit, elle semble s'être bien amusée... et aussi régalée.
- En effet. A présent, Lucie, je vais devoir te laisser un moment, afin d'aider Lydia à s'occuper de son captif. Je reviens tout de suite."
Il détacha son amie de la colonne, avant de se téléporter. Quelques minutes plus tard, le sorcier était de retour.
"Voilà. Notre jeune ami est à présent en lieu sûr. Il ne lui reste plus qu'à espérer qu'il y aura quand même au moins un de ses valeureux compagnons qui parviendra à atteindre mon donjon."
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