Rudy et Myriam contre le château maudit : partie 7

 7) Un repas fort périlleux

Après avoir monté l'escalier souterrain, Rudy, Jonathan, Samuel et Noémie arrivèrent dans un couloir qui communiquait par la droite avec le hall d'entrée. Tous avaient très faim, car cette expédition difficile et riche en émotions leur avait ouvert l'appétit. De plus, deux ouvertures s'offraient face à eux. Une odeur pestilentielle se dégageait de celle de gauche, tandis que l'arôme fort agréable d'un ragoût cuit à point diffusait de la salle à droite. Noémie, dont la gourmandise avait été attisée par le parfum fort appétissant qui arrivait à ses narines, souhaita choisir la pièce à droite. En revanche les garçons préféraient se rendre dans la salle nauséabonde, car l'aventure de Steeve les avait incité à se méfier de tout ce qui pouvait stimuler leur plaisir. Mais Noémie s'obstina à vouloir éviter la pièce de gauche ; que les hommes aillent où cela leur plairait, elle, elle irait à droite. De plus, elle ne s'inquiétait pas : en cas de danger, elle appellerait au secours, et ses amis l'entendraient et viendraient la secourir. Rudy se résigna à laisser son amie se rendre dans la pièce qu'elle souhaitait. 

Noémie arriva dans une grande salle à manger, au centre de laquelle se dressait une grande table rectangulaire. Un homme d'une trentaine d'année, fort pâle mais dont le visage révélait un caractère énergique, habillé d'une élégante livrée, s'avança vers elle pour la recevoir : 

"Bonsoir madame, et mes plus humbles respects, dit-il d'une voix fort aimable. Je suis Henry le majordome du château. Le Maître m'a informé qu'il recevait des hôtes de marque aujourd'hui. Je devine que vous êtes une de ses invitées. C'est un honneur pour moi que de vous rendre votre séjour dans cette maison le plus agréable possible."

Noémie fut interloquée par l'attitude de ce domestique, qui semblait la prendre pour une amie de son maître. Néanmoins, elle décida de jouer le jeu, afin d'éviter d'éveiller la méfiance de ce serviteur dévoué. 

"Je vous remercie de votre sollicitude, Henry.

- Je devine que madame a faim, répliqua le majordome. Souhaite-t-elle s'installer pour prendre le dîner? Mon Maître vous présente ses excuses, des affaires urgentes ne lui permettent pas de pouvoir se joindre à vous."

Noémie avait repéré sur un chariot posé à côté de la table un grand plat duquel se dégageait la bonne odeur qu'elle avait sentie dans le couloir. Ne pouvant résister à la tentation, et désireuse de ne pas se trahir aux yeux du majordome, elle répondit : 

"En effet, Henry, je suis fort désireuse de me restaurer un peu. 

- Dans ce cas, je prie madame de prendre place à table"

Et Noémie s'assit au niveau de l'extrémité droite de la table, où le couvert avait été dressé. La jeune femme fut impressionnée par les verres en cristal et les assiettes en porcelaine sur lesquelles étaient peintes des fleurs multicolores qui avaient été disposées devant elle. En entrée, Henry apporta des asperges, puis du saumon fumé, accompagné d'un vin blanc un peu sec. Lorsqu'elle eut terminé ce hors d'oeuvre, le majordome s'apprêta à lui apporter le plat de résistance. Noémie vit avec un grand plaisir le domestique ouvrir le plat qui embaumait aussi agréablement la pièce. Lorsque Henry posa son assiette devant elle, la jeune femme regarda avec délices le ragoût qui lui avait tant ouvert l'appétit. Elle ne perdit pas un instant pour commencer à le déguster. Noémie n'avait jamais mangé un plat aussi délicieux de sa vie. La viande était tendre et fondait sous la bouche, les légumes étaient cuits à points, et la sauce relevait admirablement le plat, avec un équilibre idéal d'épices et d'aromates. La jeune femme appréciait d'autant plus son plat que le majordome lui avait servi comme boisson, un vin rouge qui l'accompagnait parfaitement.

Lorsqu'elle eût terminé de savourer le ragoût, Noémie s'adressa au majordome : 

"Henry, vous pourrez féliciter le chef cuisinier. Ce ragoût était absolument divin. 

- Je suis fort honoré par ces compliments, madame, d'autant que j'ai préparé moi-même ce plat."

Noémie fut fort surprise par les propos du domestique : 

"Je pensais que vous étiez le majordome du château. 

- En effet, madame, mais vous devez comprendre que notre cuisinier a une vision de la gastronomie qui ne peut être appréciée que par quelques initiés. Aussi, lorsque le Maître reçoit des invités, il me charge de préparer leurs repas, car si mes conceptions de la cuisine sont à l'opposé de celles du chef, elles sont néanmoins largement partagées par une grande majorité de gourmets. Aussi, je dispose d'une petite cuisine où je peux discrètement préparer mes plats, car je tiens à ménager la susceptibilité de mon éminent collègue"

Noémie se souvint alors de l'odeur nauséabonde qu'elle avait senti plus tôt, et elle devina qu'elle provenait certainement de plats préparés par cet étrange cuisinier. Elle plaignit ses amis qui avaient perdu l'occasion de prendre un si délicieux repas. 

Henry reprit la parole : 

"Est ce que madame souhaiterait prendre un dessert? 

- Oui, je vous prie."

Le majordome retira le couvert, puis quitta la salle à manger pendant quelques instants avant de revenir en apportant avec lui une tarte au citron meringuée. Après avoir déposé ce gâteau fort appétissant devant la jeune femme, il lui demanda : 

"Voulez vous que je vous prépare un café pour conclure votre repas?

- Oui, Henry, ce sera avec plaisir."

Et le majordome se retira pendant que Noémie commença à déguster sa tarte. Elle n'en avait jamais mangée d'aussi savoureuse, aussi se décida-t-elle à la manger très lentement afin de faire durer le plaisir le plus longtemps possible. Elle était tellement occupée à déguster son dessert qu'elle ne remarqua pas que le majordome s'approchait d'elle sans un bruit. A cet instant son visage était métamorphosé, avec un front très proéminent, des yeux jaunes et surtout, une bouche d'où sortaient de longs crocs pointus. Soudain, Henry plaqua ses mains sur les épaules de Noémie, et, avant qu'elle ait eu le temps de pousse un cri, enfonça ses crocs dans sa chair. Le vampire avait à peine dégusté quelques gouttes de sang de la jeune femme que celle-ci s'immobilisa avec une expression hébétée sur le visage. En effet, Noémie était à présent sous l'emprise du monstre, qui avait mêlé à la sauce du ragoût quelques gouttes de son propre sang. En effet, à l'instant où un vampire force un humain à effectuer un partage de sang avec lui, il parvient à lui imposer sa volonté par la possession vampirique. Ainsi, Noémie se laissa emporter sans résistance par le terrifiant majordome. 

Dans le donjon, Lucie et le sorcier commentaient la scène : 

"La gourmandise est un bien vilain défaut dit la scientifique. Cette femme a été punie par où elle a pêché, car je devine que Henry a trouvé son sang délicieux. 

- C'est tout de même la moindre des choses qu'il puisse s'offrir une petite dégustation, vu tous les efforts qu'il a fournis pour la régaler. 

- Cela dit, tu y es allé peut être un peu fort en demandant à Henry de lui faire subir la possession vampirique. 

- Henry sait mieux que personne qu'il a besoin que sa victime soit calme et détendue s'il ne veut pas la mettre en danger pendant la morsure. Et dans ce contexte, c'était le seul moyen pour qu'elle évite de se débattre, et risquer ainsi un accident. C'est ce qui l'a persuadé de procéder ainsi.

- Je le sais bien. C'est aussi pour cela qu'il préfère de loin se nourrir de victimes consentantes comme Mina et moi. 

- Et même dans ce cas, il a tenu à donner le plus de plaisir à cette jeune femme avant de l'attaquer. 

- Que veux tu? C'est un garçon tendre et sensible.

- A présent, l'équipe du marié est réduite de moitié. 

- En effet. Il me tarde de voir la suite de l'aventure de ces valeureux héros"

 

 

 

 


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 27

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 43

Les exploits héroïques du preux chevalier Roland : partie 42