Ariane et Barbe Bleue : partie 6
6) Un changement de vêtements mouvementé
Je sortis alors d'une armoire un paquet de haillons et le posai à côté de la cage. Puis je m'approchai d'Albert, lui détachai les mains et le laissai se débarrasser du reste de ses liens. Puis je lui lançai:
"A présent, noble seigneur, il est temps que tu portes un habit digne de toi. Ote tes vêtements tout de suite.
Dès qu'Albert put parler, il me rétorqua d'une voix furieuse:
"Maraude! Pendarde! Sors moi de là immédiatement, si tu veux espérer échapper à la potence qui t'attend lorsque mes gardes mettront la main sur toi! Et jamais je n'obéirai à un quelconque ordre venant d'une coquine comme toi!
- Silence! Crois tu que tu es en position de me faire des menaces? Allez, déshabille toi tout de suite.
- Jamais!"
J'allai alors à ma table de travail, tira d'un tiroir un pistolet et le pointai vers mon captif. A la vue de l'arme, Albert ne put retenir un mouvement de frayeur, Même si je l'avais averti que je lui réservais des surprises, je n'avais jamais fait mention que je ferai usage d'un pistolet. Bien entendu, celui-ci était déchargé, car je ne voulais prendre aucun risque. Néanmoins, je m'adressai à mon prisonnier d'une voix menaçante:
"Allons, ôte tes habits, et mets les hardes que je t'ai apportées ou je tire"
Albert obéit enfin, mais je perçus dans son regard une peur authentique tandis qu'il échangeait son magnifique habit pour les loques que je lui avais apportées. A cet instant, je compris que j'étais allée trop loin. Après qu'Albert eût terminé d'enfiler ses haillons, je lui enchaînai les chevilles ainsi que ses poignets derrière le dos. Ce n'est que lorsqu'il fut solidement entravé que je lui avouai que le pistolet n'était pas chargé. Je le lui prouvai en appuyant à plusieurs reprises sur la gâchette en pointant mon arme vers le plafond.
Albert me répondit:
- Pour te dire la vérité, je m'en doutais un peu.
- Alors, pourquoi as tu eu aussi peur quand je le brandissais vers toi?
- Parce que, malgré tout, j'ai eu pendant un moment un doute. Je savais bien que jamais tu ne me tirerais dessus, en tout cas intentionnellement. En revanche, j'ai craint que, débordée par ton enthousiasme à me tourmenter, tu aies pris le risque d'utiliser une arme chargée afin de rendre ta menace plus authentique.
- Albert, tu dois savoir que même avec des victimes bien moins consentantes que toi, je n'ai jamais fait usage d'un pistolet chargé. Je suis une voleuse et une coquine, mais je ne suis pas une meurtrière, et je tiens absolument à ne pas avoir de sang sur les mains. Pourquoi crois tu que je privilégie l'usage de soporifique pour capturer mes proies? Afin de ne pas avoir à me servir de ces instruments de mort. Il est vrai qu'au cours de ma carrière criminelle, j'ai à de très rares occasions fait usage d'un pistolet pour effrayer mes victimes, mais dans ce cas, il était toujours vide. Et si jamais l'une d'elles me défiait de me servir de mon arme, je le faisais ... en lui donnant un coup de crosse sur la tête. Et encore, cela n'a dû probablement arriver qu'une seule fois. Néanmoins, je regrette que tu aies pu penser un instant que j'aurais été capable de te faire du mal.
- N'en parlons plus. Ton pistolet était vide depuis le début et c'est le plus important. Et puis, je ne t'ai pas laissé m'enlever pour vivre une expérience qui me soit agréable. Ne te soucie pas de mon confort, ni de ma dignité, comporte toi avec moi comme la canaille que tu es. C'est ton grand jour, et tu dois en profiter pleinement. Je ne te demande qu'une seule chose : de veiller à ma sécurité. Mais je constate déjà que tu y es très attentive. A part cela, tu peux faire de moi ce qu'il te plait"
Je fut très profondément touchée par les propos d'Albert, car il me donnait à cet instant une authentique preuve d'amour. Alors que je craignais que ma maladresse ait tout gâché, il me rassurait et ainsi, toute la tension qui était brusquement montée au moment où j'avais sorti le pistolet se dissipa complètement. De plus, je voyais bien à quel point il acceptait de subir toutes ces humiliations dans le seul but de me faire plaisir, sans espérer en tirer lui-même un quelconque avantage personnel. J'étais tellement heureuse que je ne pus résister à l'envie de rejoindre mon bien aimé afin de le prendre dans mes bras et de l'embrasser. Et c'est le coeur apaisé que je lui remis son bâillon avant de verrouiller à nouveau la cage.
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