La véritable histoire de Barbe Bleue : partie 8

8) Le choix d’une duchesse
La duchesse retourna dans ses appartements, et fit ordonner que personne ne la dérange jusqu’au retour de son époux. Elle s’allongea sur son lit afin de faire le point sur tous les évènements de la journée, et surtout, pour méditer sur son futur, comme Elsa le lui avait suggéré. Jusqu’à présent, toutes les décisions essentielles de sa vie avaient été prises par d’autres, en particulier son mariage qui avait décidé par sa famille. Elle croyait son avenir tout tracé, en tant qu’épouse dévouée à son mari, et à présent, de nouvelles possibilités s’ouvraient devant elle. Néanmoins, après avoir longuement réfléchi, Eva réalisa que si elle avait eu le choix, elle aurait pris les mêmes décisions. Elle était heureuse en tant que duchesse, et elle souhaitait assister son époux du mieux qu’elle pouvait. Mais elle prit aussi conscience qu’elle ne voulait pas se contenter d’assumer le rôle traditionnel d’épouse soumise : elle était convaincue qu’elle pouvait apporter bien plus à Albert. Eva resta ainsi plongée dans ses pensées jusqu’au retour de son époux.
Peu avant le coucher du soleil, le duc retourna au château, se rendit dans les appartements de sa femme, et lui demanda si elle avait passé une bonne journée :
« Oui, mon ami, tout s’est bien passé. Néanmoins, je dois vous faire un aveu : je vous ai désobéi, et je me suis rendu dans l’aile sud du château. »
Albert resta impassible:
« Je vois. Donc, tu as rencontré mes précédentes épouses. Je leur ai rendu visite avant de te retrouver, et elles m’ont tout raconté. Et je constate qu’elles t’ont bien conseillé, puisque tu m’as avoué spontanément ta faute. Tu sais aussi à présent ce qui t’attend.
- Oui, mon ami. Mais avant que vous me mettiez au cachot, je voudrais d’abord que nous fassions le point sur notre mariage.
- Je le souhaite également, Eva. Et tu peux m’appeler « Albert » et me tutoyer : inutile de rester aussi formelle avec moi. »
En voyant son époux l’autoriser à s’adresser à lui avec tant de familiarité, Eva se sentit plus rassurée. Elle lui parla en ces termes:
« Albert, tu dois savoir que même si je ne t’ai pas choisi comme époux, je n’ai pas regretté un instant d’être devenue ta femme. Depuis que nous nous sommes mariés, j’ai vécu dans la plus parfaite félicité et je n’aurais pas pu rêver un meilleur mari que toi. Mais je dois admettre que je me suis laissée aller à une vie d’oisiveté, tellement tu me comblais de tes bienfaits. Or, lorsque j’ai rencontré tes anciennes épouses, j’ai réalisé à quel point elles s’épanouissaient dans un travail qu’elles avaient choisi et dans lequel elles donnaient le meilleur d’elles-mêmes. Et je souhaiterais moi aussi suivre leur exemple. Pourtant, à la différence d’elles, je n’ai aucune réticence à tenir mon rang de duchesse auprès de toi. Mais je pense que je peux faire davantage pour t’aider. Je sais que tu possède un vaste domaine, Albert, et que sa gestion demande beaucoup de travail et d’effort. Aussi, je voudrais te prêter main forte dans l’administration de notre duché, de manière à le faire prospérer pour notre bonheur et celui de nos sujets ».
Albert ressentit une très profonde émotion en écoutant les propos d’Eva. De toutes ses épouses, elle était la première à lui proposer un projet dans lequel il était directement associé. Il n’avait pas trouvé en elle qu’une femme aimante, mais aussi la partenaire dont il avait besoin, celle qui tiendrait son rang de duchesse non pas sous la contrainte des conventions sociales, mais par authentique vocation. Le duc s’adressa à son épouse d’une voix emplie de tendresse :
« Ma chérie, pour un tel projet de vie, tu n’as nul besoin de te cacher. Tu pourras l’accomplir à mes côtés, en restant mon épouse légitime. Aussi, j’ai décidé que je ferais comme si tu n’étais jamais venue dans cette prison. Mais mes anciennes femmes seront tellement déçues lorsqu’elles apprendront que tu ne les rejoindras pas : elle se réjouissaient tellement à la perspective de t’accueillir.
- Et je ne veux pas les affliger. Après tout, de même que Perséphone se partageait entre sa mère Demeter sur terre et son époux Hadès aux Enfers, je pourrai aussi vivre une partie de ma vie à leur côtés. Aussi, je te prie de me préparer une cellule dans la tour. D’autant que je serais curieuse de découvrir ces plaisirs saphiques dont Ariane m’a parlé. »
Albert éclata de rire en entendant ces derniers propos:
« Sacrée Ariane. J’ai probablement pris l’une des meilleures décisions de ma vie en l’épousant, même si mes serviteurs ne cessent de se plaindre de son comportement et que je dois sans cesse la tirer des ennuis dans lesquels elle ne manque pas une occasion de s’empêtrer. Mais elle a apporté tant de joie dans ma maison qu’on ne peut que lui pardonner. Et puis, n’est elle pas parfaitement à sa place dans mes cachots? »
Eva approuva son mari en riant. Quelques minutes plus tard, le couple ducal annonça les bonnes nouvelles aux épouses de la tour. Toutes se réjouirent de la tournure qu’avaient prise les évènements. Eva choisit son cachot, situé entre celui d’Ariane et celui de Madeleine, et le soir même, Albert y fit installer le mobilier nécessaire. La nouvelle duchesse passa sa première nuit dans la cellule, où Ariane ne manqua pas de la combler par ses talents. Le lendemain soir, elle retrouva son mari dans le lit conjugal. Elle partagea ainsi ses nuits entre son époux et ses prédécesseures.
 

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